Pas assez de bruit en Formule E, selon Tagliani

Montréal tente d’obtenir une manche du championnat de Formule E (électrique) de course automobile pour l’automne 2016, et si l’expérimenté pilote québécois Alex Tagliani salue les efforts du maire Denis Coderre afin de présenter une nouvelle activité sportive en ville, sur le plan strictement sportif toutefois, il ne cache pas que ce championnat le laisse de glace. Pour lui, une course d’autos sans le vrombissement des moteurs revêt un cachet beaucoup moins intéressant.

« Tous les goûts sont dans la nature, réagit Tagliani en entrevue. Et les goûts, ça ne se discute pas. Pour moi qui ai toujours suivi le sport automobile, une course est synonyme de performance du véhicule et de bruit. Le bruit donne des frissons. »

Évidemment, le novateur championnat de Formule E est le plus silencieux qui existe, et Tagliani trouve qu’il s’agit d’une excellente chose qu’on veuille présenter la course de Montréal au centre-ville. Il s’imagine mal des gradins bondés de spectateurs au circuit Gilles-Villeneuve assistant à une course silencieuse.

« Pour une ville, c’est le meilleur scénario. Il n’y aura pas de problème de bruit. Les gens de Saint-Lambert ne chialeront pas, lance-t-il avec une pointe d’ironie. Ça connecte la ville à une activité sportive qui met en valeur l’écologie. »

Reconnaissant les avancés technologiques que le laboratoire de la Formule E permettra de faire en matière de recherche et de développement des énergies renouvelables, il dit cependant ne pas croire que le championnat soit voué à un avenir durable. « Une fois l’aspect curiosité passé, je doute qu’il y aura de l’intérêt chez les amateurs de course automobile pendant longtemps. Ça reste à voir, mais ça me surprendrait que les promoteurs signent des ententes de longue durée avec plusieurs villes », note-t-il.

La Formule E en est à sa deuxième année d’existence, et l’ancien champion de F1 Jacques Villeneuve fera cette saison partie de l’équipe Venturi.

Tagliani, âgé de 41 ans, pilote dans la série NASCAR Canadian Tire cette année. Dimanche, il prendra part à une course écologique sans bruit assourdissant de boîtes à savon, organisée par Red Bull.

« Plusieurs personnes de mon entourage, incluant mon père, travaillent sur le projet depuis plusieurs mois. Nous avons tout mis en oeuvre pour construire une boîte à savon ultra performante. Nous visons de battre le record de vitesse pour une course Red Bull », résume Tagliani, qui croit être en mesure d’atteindre les 80 kilomètres/heure dans la Côte du Beaver Hall.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 5 septembre 2015 09 h 34

    Le bruit, un stimulant

    Monsieur Tagliani a peut-être raison : une course de chars sans bruit pourrait bien être plutôt ennuyeuse – car pour une majorité de gens qui emplissent les gradins du circuit de Formule Un, le bruit est un stimulant de premier ordre. Il y a des bruits irritants, il y a des bruits excitants.

    Ce phénomène n'est pas réservé qu'aux courses de chars. Il y a quelques années par exemple, on organisait, tantôt à Mirabel, tantôt à Saint-Hubert, des spectacles aériens qui attiraient des milliers de personnes. Les profits étaient versés à une association humanitaire. Qu'est-ce qui était le plus populaire lors de cet événement ? La participation des forces armées, tant canadiennes qu'américaines, qui vous en mettaient plein la vue et surtout plein les oreilles. Les avions chasseurs ne sont pas très discrets et quand on y ajoute des bombes... fumigènes pour l'effet visuelle, ça crée une sorte d'euphorie dans la foule. Et si on proposait à la foule d'assister à une course de planeurs (oui, ça existe et bien peu de gens le savent) à la place, la foule serait bien petite. Des planeurs, ça ne fait pas vroummmm. C'est comme des vélos – les compétitions de vélo occupent la presse sportive en Europe occidentale, mais à Montréal, ça ne fait pas trop vroum vroum.

    Loin de moi l'idée de faire l'éloge du bruit, mais en voulant faire du bruit (celui des autres, pas le nôtre) une nouvelle sorcière contemporaine, on oublie cet aspect plaisir associé au bruit, dû au fait que le bruit est un stimulant. Le plaisir d'entendre des vroum-vroums, des avions chasseurs, des tam-tams, des guitares distordues et suramplifiées est-il vraiment pervers ? Est-il plus pervers que la mélodie des tondeuses de Saint-Lambert, des climatiseurs ou des piscines parties ?