Lewis Hamilton, digne successeur d’Ayrton Senna

Impérial au Grand Prix de Belgique dimanche, Lewis Hamilton se rapproche inexorablement d’un troisième titre mondial qui lui permettrait de rejoindre Ayrton Senna dans la légende de la Formule 1 tout en perpétuant un style de vie qui fait penser à celui du regretté James Hunt, grand fêtard devant l’Éternel.

« Je n’ai pas changé de style de vie, c’est juste vous qui passez plus de temps à regarder ce que je fais », a répondu le Britannique jeudi à un journaliste qui l’interrogeait sur ses vacances à la Barbades et aux États-Unis. Il y a eu la rumeur d’une liaison express avec la chanteuse Rihanna et une rencontre avec l’acteur Jack Nicholson, alors que Hamilton était habillé en Gatsby le Magnifique.

Il y a eu des photos sur les réseaux sociaux, des commentaires plus ou moins positifs, surtout après une séance de tir au pigeon d’argile au fusil d’assaut, mais Hamilton n’a pas à se justifier. Il est libre, n’a plus d’agent, beaucoup d’argent, il fait ce qu’il veut, surtout au mois d’août. Et quand il reprend son travail, il est encore devant.

« Je viens de passer les meilleures vacances de ma vie. Ca m’a fait beaucoup de bien et je suis heureux comme jamais », a-t-il ajouté dimanche après sa 39e victoire en F1. Il n’est plus qu’à deux succès de Senna avec deux GP de moins au compteur (159 contre 161), et il l’a égalé à Spa pour le nombre des podiums : 80, soit une course sur deux comme son idole de jeunesse.

La foi en bandoulière

Les points communs sont nombreux entre les deux champions. Le Brésilien trop tôt disparu en 1994 était une figure carrément mystique ; le petit gars de Stevenage, lui, porte sa foi en bandoulière, surtout sur les podiums où il remercie souvent le Très-Haut de la chance qu’il a de faire ce métier de pilote de F1 et de gagner autant de courses.

Sur la piste, l’enchaînement position de tête du samedi-victoire du dimanche, sans trop de suspense, rappelle la manière de Senna à la grande époque de McLaren, dans cette écurie avec laquelle Senna a remporté trois titres mondiaux, la même qui a repéré Hamilton très tôt puis l’a fait débuter en F1 en 2007. Dès 2008, le premier titre mondial tombait dans l’escarcelle, suivi en 2014 du sacre chez Mercedes.

Hamilton est un phénomène et Nico Rosberg est en train de s’en rendre compte à ses dépens. Il semble de moins en moins déçu de ses défaites. Il sera bientôt père de famille, comme Sebastian Vettel, Kimi Räikkönen, Felipe Massa et Romain Grosjean. « Ça aide à relativiser, à prendre du recul, à penser à autre chose », disait ce dernier dimanche après son 10e podium en 75 Grands Prix.

Presque la synthèse parfaite

Lewis soigne son image et cela plaît à Mercedes, qui l’a aussi embauché pour faire baisser la moyenne d’âge de sa clientèle. Et il y a un autre parallèle avec un grand champion du passé, James Hunt, qu’il est en train de cultiver. Pour Hunt, le sexe était « le petit-déjeuner des champions ».

Ce Hunt fêtard, aux cheveux blonds, est quand même devenu champion du monde en 1976. Petite coïncidence, c’était face à Niki Lauda, qui est désormais l’un des deux patrons… de Hamilton chez Mercedes. Ce même Lauda qui l’a débauché de chez McLaren pour le faire gagner dans une Flèche d’Argent.

Hamilton est obéissant, il respecte à la lettre son contrat et fait exploser les statistiques. Il n’y a eu qu’une seule saison de rodage, marquée par une seule victoire en 2013 (Hongrie). Depuis, il pleut des victoires : 11 l’an dernier en 19 GP, et déjà 6 en 11 courses cette saison.

Cela fait plus d’une fois sur deux, comme Michael Schumacher chez Ferrari à l’époque « Baron rouge » et Sebastian Vettel chez Red Bull. Cela montre bien que faire la fête comme James Hunt n’empêche pas de rouler vite et bien comme Ayrton Senna. Ce n’est pas encore la synthèse parfaite entre le plaisir et la performance, mais cela y ressemble de plus en plus.

Ayrton Senna en 1991