Un changement se dessine dans le monde du plongeon

Jennifer Abel
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Jennifer Abel

Jennifer Abel et ses coéquipières du «Fab Four» tentent tant bien que mal de se forger une réputation enviable sur la scène internationale du plongeon. Et pour cause, car cet élément revêt une importance capitale dans les notes attribuées aux athlètes dans les compétitions, estime l’entraîneur Arturo Miranda.

«Aujourd’hui, le processus d’octroi des médailles est un peu différent», explique-t-il dans un entretien avec La Presse canadienne. «Je crois que l’accent est davantage mis sur l’athlète que sur sa performance. Si Jennifer et les Chinoises effectuent des plongeons identiques, qui grimpera sur la plus haute marche du podium? Les résultats parlent d’eux-mêmes.»

Les Chinoises Tingmao Shi, Zi He et Han Wang ont dominé les six étapes des Séries mondiales de la Fédération internationale de natation au tremplin de 3 mètres cette saison, sauf à Kazan, en Russie, où Abel a pu se faufiler entre Shi et Wang sur la 2e marche du podium.

Abel confie avoir fait la même observation que son entraîneur au fil de la saison, mais elle soutient qu’un changement est en train de survenir dans l’attitude des juges depuis qu’elle exécute un double saut périlleux et demi avant avec deux vrilles, un plongeon dont elle est l’une des seules à avoir le secret.

«Les juges ont commencé à le voir, dit la Lavalloise âgée de 24 ans. Mes performances sont de plus en plus constantes, et ça se reflète dans mes scores. Disons que les Chinoises ont moins le bénéfice du doute qu’auparavant.»

Patience

Miranda est bien placé pour parler de l’évolution du plongeon féminin sur la scène internationale. Celui qui supervise la carrière d’Abel a été plongeur pendant l’âge d’or du sport au Canada. Il a notamment fini 5e au tremplin de 3 m synchro aux Jeux olympiques de Pékin en 2008 en compagnie d’un certain Alexandre Despatie.

«Quand ils [Despatie et Émilie Heymans] gagnaient l’or, personne ne se posait la question de savoir s’ils pouvaient le faire, mentionne le Cubain d’origine âgé de 44 ans. Lorsqu’on regarde le tableau d’ensemble, on réalise que les médailles d’or viennent de façon sporadique. Il faut être patient.»

Les efforts d’Abel et Miranda seront-ils donc récompensés? Une partie de la réponse viendra des juges présents au Centre aquatique et complexe sportif panaméricain de Toronto. Les épreuves de plongeon aux Jeux panaméricains commencent dès vendredi, jour de l’ouverture officielle de l’événement, avec les préliminaires au tremplin de 3 m chez les hommes et à la tour de 10 m chez les femmes. Abel entrera en scène dimanche au tremplin.

Une révolution

Miranda se montre enthousiaste avec l’avènement cette saison d’une épreuve synchro mixte au tremplin de 3 m. Celle-ci a été présentée en compétition pour la première fois lors des Séries mondiales de Pékin en mars. Abel et son partenaire François Imbeau-Dulac, de Saint-Lazare, se sont classés 2es derrière les Chinois Aisen Chen et Zi He et ils ont fait la même chose une semaine plus tard à Dubaï, aux Émirats arabes unis.

Selon Miranda, cette compétition aura éventuellement un impact positif sur les performances des plongeuses. «Le plongeon synchro mixte, à long terme, sera bénéfique pour les femmes parce qu’elles tenteront d’égaler les hommes, explique-t-il. Plus souvent qu’autrement, les femmes savent qu’elles peuvent réussir les mêmes plongeons que les hommes, mais elles manquent simplement de puissance. En se retrouvant côte à côte dans une compétition, elles s’amélioreront indubitablement. C’est déjà le cas pour Jennifer et Meaghan [Benfeito].»

Le plongeon synchro mixte, qui figurera au programme des Championnats du monde de plongeon à Kazan fin juillet, ne figure toutefois pas au programme des Jeux panaméricains cet été ni à celui des Jeux olympiques de Rio en 2016. Il pourrait cependant être intégré aux Jeux de Tokyo en 2020.