Sepp Blatter démissionne

Au cours d'une conférence de presse organisée à la hâte, Sepp Blatter a annoncé qu'il quitterait son poste d'ici quelques mois.
Photo: Valeriano Di Domenico Agence France-Presse Au cours d'une conférence de presse organisée à la hâte, Sepp Blatter a annoncé qu'il quitterait son poste d'ici quelques mois.

La fin est venue abruptement pour Sepp Blatter, quelques jours seulement après qu’il eut semblé solidifier son emprise sur la Fédération internationale de football association.

Le Suisse âgé de 79 ans avait défié l’animosité mondiale en étant reporté pour la cinquième fois à la présidence de l’organisme encadrant le sport le plus populaire de la planète la semaine dernière. Mais sa réélection n’a fait qu’accroître la pression venant de ses collègues, des commanditaires, des athlètes et des amateurs pour que Blatter démissionne.

Au cours d’une conférence de presse organisée à la hâte mardi, Blatter a annoncé qu’il quitterait son poste d’ici quelques mois et il a promis de nouvelles élections pour lui choisir un successeur.

« La FIFA est ce que j’ai de plus précieux et tout ce que je veux, c’est de faire ce qui est le mieux pour elle et pour le football », a déclaré Blatter, qui pourrait toujours être la cible d’enquêteurs américains qui examinent actuellement des décennies de fraudes et de corruption alléguées de la part de dirigeants de la Fédération.

Après plusieurs générations passées sous Blatter et son mentor, Joao Havelange, cette annonce laisse la FIFA sans leader et sans direction claire. Elle annonce également une lutte à l’échelle mondiale pour le contrôle de l’organisation alors qu’elle fait toujours l’objet d’enquêtes criminelles.

Blatter, l’air fatigué et très sérieux, a lu une déclaration en français longue de six minutes avant de quitter les lieux sans répondre aux questions.

Changement d’humeur

Dans la même salle samedi, Blatter s’était montré défiant et combatif en répondant aux questions ayant trait à la réputation entachée de la FIFA et à la possibilité qu’il soit lui-même arrêté. Son humeur avait toutefois changé au cours des 24 dernières heures avant son allocution, a déclaré son attaché, Walter Gagg, à l’Associated Press.

« Nous savons qu’au cours des dernières 48 heures, il pensait à l’avenir. Peut-être que ce qui s’est passé dans les dernières heures l’a convaincu » de démissionner, a dit Gagg en référence aux allégations, publiées lundi par le quotidien New York Times, de malversations à l’endroit de Jérôme Valcke, le secrétaire général de la FIFA. « Nous avons dîné ensemble lundi. Il était calme. J’ai eu une rencontre avec lui en matinée, puis les informations en provenance des États-Unis sont arrivées. »

La saga sud-africaine — un pot-de-vin de 10 millions $US aurait été versé — risque de ternir toute la campagne, appuyée par Nelson Mandela qui était présent à Zurich, pour l’obtention de la Coupe du monde de soccer de 2010. L’octroi du tournoi à l’Afrique du Sud avait renforcé la réputation de Blatter en Afrique, continent qui a voté tout d’un bloc pour lui vendredi.

Toute la vigueur démontrée par Blatter à la suite de sa victoire de 133 voix contre 73 contre le prince jordanien Ali ben al-Hussein avait disparu mardi.

« Ce mandat ne semble pas être soutenu par tout le monde dans le monde du football, a souligné Blatter. Je vais assumer mes fonctions jusqu’à la prochaine élection. La FIFA a besoin d’une profonde restructuration. »

Réactions positives

L’élection aura lieu entre décembre 2015 et mars 2016. Al-Hussein pourrait être de nouveau en lice.

Au Canada, le président de l’Association canadienne de soccer, Victor Montagliani, a salué la décision de Blatter, ajoutant que le changement était devenu nécessaire. Il ne croit pas que ce scandale jettera ombrage à la Coupe du monde féminine qui sera lancée samedi au pays.

Michel Platini, président de l’Union des associations européennes de football, avait demandé la démission de Blatter avant l’élection, ce que ce dernier avait refusé de faire. Mardi, il a aussi applaudi la décision du Suisse de quitter ses fonctions.

« Il s’agit d’une décision difficile, courageuse et juste », a indiqué l’ancien protégé de Blatter, qui avait prévu une réunion de l’UEFA pour discuter de stratégies anti-Blatter plus tard cette semaine. Il pourrait maintenant songer à le remplacer.

Blatter s’est joint à la FIFA en 1975 à titre de directeur technique aux projets de développement avant d’être promu secrétaire général en 1981. Il a passé 17 ans à titre de bras droit de Havelange avant d’être élu à la présidence après le départ du Brésilien.

Autres arrestations

Les prochains mois pourraient donner lieu à de nouvelles arrestations dans le cadre des enquêtes pour corruption.

La semaine dernière, le département de la Justice des États-Unis a accusé 14 personnes, dont sept ont été arrêtées en Suisse. Mardi, le département a refusé de commenter la décision de Blatter. Le procureur général de la Suisse a quant à lui déclaré que Blatter ne faisait pas l’objet d’une enquête dans son pays. Les autorités ont cependant reconnu la semaine dernière avoir lancé une enquête criminelle sur l’attribution des Coupes du monde de 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar.

4 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 2 juin 2015 14 h 25

    Il a fallu une intervention américaine...

    ...pour que les choses bougent.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 2 juin 2015 17 h 47

    Même si j'en suis gêné, les USA nous montrent le chemin...

    Les interventions américaines, quoiqu'on en dise, montrent le chemin à nos gouvernements paresseux et protecteurs des mieux nantis. Elles sont généralement efficaces et novatrices pour les plus vulnérables d'entre nous, meilleure administration gouvernementale des taxes et impôts incluse. Exemples: pour des raisons sécuritaires, les rappels d'automobiles, de médicaments et d'aliments contaminés. Améliorations sécuritaires apportées aux wagons pétroliers. Exemples dits de protection environnementale: limitations apportées aux différents gaz polluants ou à effet de serre, protections environnementales accrues pour certaines zones fluviales et maritimes. Évasions fiscales et accords internationaux pour récupérer des sommes cachées etc...... Heureusement que nous avons les américains...

  • Denis Paquette - Abonné 3 juin 2015 02 h 32

    Des milliards et des milliards

    Il a enfin compris, qu'il est le dindon de la farce, est ce que l'on va arrêter de nommer des veillards respectables, pour permettre a des barons de planifier les pires larcins, le sport quel bel univers qu'a l'époque on appelait le jeu, du pain et des jeux ca vous dit quelque chose, ce n'est plus un univers de petits sous, c'est a coup de milliards que ca se passe et personne ne semble vouloir s'en rende compte

  • François Dugal - Inscrit 3 juin 2015 08 h 03

    IRS

    L'IRS (Internal Revenu Service) a eu raisons d'Al Capone, il aura raison de Sepp Blatter.