Blatter réélu à la tête de la FIFA

Sepp Blatter a été reconduit vendredi à la présidence de la Fédération internationale de football association à la suite de l’abandon de son seul concurrent, le prince Ali ben al-Hussein de Jordanie, et malgré les enquêtes menées par les États-Unis et la Suisse concernant des allégations de corruption au sein de l’organisme.

Le Suisse de 79 ans se voit ainsi confier un cinquième mandat à la tête de la FIFA, frappée par le plus important scandale de ses 111 ans d’histoire, alors qu’al-Hussein avait pourtant promis de «faire le ménage».

«Je vous aime, j’aime mon travail, a déclaré Blatter. Je ne suis pas parfait, personne ne l’est, mais je suis certain que nous ferons du bon travail ensemble.»

Blatter a aisément remporté le premier tour du scrutin avec une priorité de 60 voix (133-73, trois bulletins invalidés) sur le Jordanien de 39 ans, mais il devait obtenir les deux tiers des voix, soit 140, pour l’emporter directement.

Avant que le deuxième tour de scrutin — à l’issue duquel une majorité simple aurait été suffisante pour couronner le gagnant — ne s’amorce, Ali a consulté son entourage puis annoncé qu’il concédait la victoire à son adversaire.

L’élection a eu lieu même si les enquêtes américaine et suisse ont frappé au coeur de la «famille football» de Blatter cette semaine. Deux vice-présidents et un membre récemment élu au comité exécutif de la FIFA font partie des sept personnes interpellées mercredi. Ils étaient toujours emprisonnés vendredi au moment de compter les votes.

Malgré cela, les leaders mondiaux du football ont décidé de faire confiance à leur président des 17 dernières années. «Je veux remercier tous ceux qui ont été suffisamment braves pour m’appuyer, a-t-il déclaré. Ç’a été une aventure fantastique que d’apprendre à vous connaître et de travailler avec vous.»

Blâmes

Blatter a blâmé un peu tout le monde pour la honte et l’humiliation que ressent le sport. En s’adressant aux représentants des 209 nations membres avant l’élection, il a indiqué qu’il était impossible pour la FIFA et lui de superviser tout le monde et d’être tenus responsable de tout ce qui se passait dans le monde du football.

Blatter a remporté l’élection après avoir refusé d’accéder à la demande de Michel Platini, président de l’Union européenne des associations de football, qui lui a demandé jeudi de remettre sa démission. Ce dernier avait même laissé entendre que l’UEFA pourrait se retirer de la FIFA et ne pas prendre part à la Coupe du monde tant que Blatter serait en poste.

Les commanditaires principaux de la FIFA ont aussi demandé à l’organisme d’apporter d’importants changements à ses façons de faire. Visa a notamment menacé de rompre son contrat, d’une valeur de 25 millions $US d’ici 2022.

Dans une réponse qui semble directement liée aux demandes de l’UEFA, Blatter a plutôt promis de changer son très influent comité exécutif, où huit des 25 sièges sont actuellement détenus par des Européens.

Platini n’a pas applaudi pendant le discours de la victoire de Blatter.

Al-Hussein a été un vice-président de la FIFA au cours des quatre dernières années. Il a été un témoin privilégié du dernier mandat de Blatter, frappé par les scandales.

Blatter avait été réélu sans opposition en 2011 après avoir promis de combattre la corruption et d’appuyer des enquêtes sur l’octroi des Coupes du monde de 2018 et 2022 et un scandale de pots-de-vin qui a forcé le retrait de son opposant qatari d’alors. Des enquêtes ont été menées par la FIFA elle-même.

Les plus récentes investigations, effectuées par les autorités fédérales américaines et suisses, promettent d’être plus problématiques pour la FIFA. Sept de ses hauts dirigeants ont été arrêtés mercredi et ses quartiers généraux de Zurich ont été perquisitionnés par la police suisse. L’octroi des Mondiaux de 2018 et 2022 fait l’objet d’une enquête séparée en Suisse.

Russie et Qatar

En matinée, Blatter avait déclaré que le pire scandale de corruption de l’histoire du football trouvait son origine dans la décision de la FIFA d’octroyer les deux prochaines Coupes du monde à la Russie et au Qatar.

En 2010, la Russie a été choisie pour accueillir la Coupe du monde de 2018 et le Qatar s’est vu confier l’organisation du tournoi de 2022 dans la tourmente alors que plusieurs estimaient que des actes répréhensibles avaient été commis pour truquer les deux scrutins.

«Si les noms de deux autres pays étaient sortis de l’enveloppe, je pense que nous n’aurions pas tous ces problèmes aujourd’hui, a déclaré Blatter. Mais nous ne pouvons pas revenir en arrière. Nous ne sommes pas des prophètes. Nous ne pouvons dire ce qui serait arrivé.»

Les États-Unis cherchaient à obtenir la Coupe du monde de 2022. Mercredi, le FBI a accusé 14 personnes de corruption, de fraude et de blanchiment d’argent pour des événements qui remontent aux années 1990. Sept de ces personnes, dont deux vice-présidents de la FIFA, ont été arrêtées à Zurich mercredi.

«Je ne vais pas utiliser le mot “coïncidence”, mais je me pose la question», a remarqué Blatter au sujet du moment choisi pour mener ce raid.

3 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 29 mai 2015 18 h 31

    Un Président qui ignore tout ?

    Ces roitelets du sport de la Fifa se croient tout permis. Comment expliquer qu'un président puisse ignorer tant de magouilles et tant de corruption sans être lui même profiter de ces enveloppes brunes. Les enquêteurs n'auront qu'à suivre l'argent pour identifier à qui profite le crime.

    Une odeur de corruption souffle depuis longtemps sur la Fifa de même que dans le monde fermé de la course automobile.

  • François Dugal - Inscrit 30 mai 2015 08 h 35

    Les commanditaires

    Il ne reste plus aux multinationales, qui sont les gros commanditaires planétaires, de se retirer de cette gabegie; espérons qu'elles auront assez de jugement pour le faire.

  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 31 mai 2015 15 h 31

    Les commanditaires, vous dites?

    Tant et aussi longtemps que le football sera suivi par des milliers et des milliers de spectateurs, les commanditaires s'en ficheront, hélas!
    Seul l'argent compte! La visibilité, grâce à la publicité, nous permet de vendre; donc, de l'avoir.