Quand les athlètes contournent les médias

Patrick Patterson lisait des articles de presse à son sujet bien avant qu’il décide d’en écrire lui-même. De manière générale, l’attaquant polyvalent des Raptors de Toronto cherchait principalement les portraits positifs. Mais il semble qu’il se souvienne surtout des reportages négatifs.

« Il y en avait un qui disait que je ne durerais pas dans la NBA en raison de mon mauvais rendement sur les rebonds et du fait que, d’un point de vue statistique, je ne faisais pas grand-chose pour l’équipe », a mentionné récemment Patterson à l’issue d’une séance d’entraînement.

Le basketteur a donné quelques autres exemples de traitement jugé injuste de la part des médias à propos de lui-même ou de son club.

Les relations entre les athlètes et les représentants des médias sont de plus en plus compliquées, et c’est peut-être la raison pour laquelle des sportifs se transforment en nombre croissant en journalistes.

Les « pros de la prose »

D’où la multiplication de contributeurs, dont Patterson, au site Web qu’a créé l’ancien arrêt-court des Yankees de New York Derek Jeter, The Players’ Tribune, une plateforme pour les « pros de la prose » qui se sentent à l’aise d’exprimer publiquement leur pensée.

Steve Nash a annoncé sa retraite du basketball sur ce site. Le puissant cogneur des Blue Jays de Toronto Jose Bautista y a expliqué combien la barrière de la langue peut se révéler problématique pour ses compatriotes latino-américains. Le dur à cuire Brandon Prust, du Canadien de Montréal, y a prêché pour sa paroisse en faisant état de sa position sur les bagarres au hockey qui suscitent de vifs débats chez les amateurs.

Aucun représentant de l’entreprise en ligne n’a répondu à une demande d’entrevue, mais le directeur éditorial de The Players’ Tribune a confié au quotidien New York Times que Jeter est engagé dans le projet sur une base régulière, lui qui lit « tous les textes ».

La marche à suivre pour chacun des articles est différente — il y a des joueurs qui racontent leur histoire à un reporter, d’autres échangent des textes avec des éditeurs. Mais dans tous les cas, les sportifs ont le dernier mot et, finalement libérés de tout filtre, ils ont généralement le sentiment qu’ils peuvent s’ouvrir davantage.

« C’est la différence : ce sont vos propres mots », a mentionné Prust dernièrement dans le vestiaire du Canadien. « Vous pouvez dire ce que vous voulez. Personne n’écrit sa propre version de vos propos en n’utilisant que quelques citations. Tout sort tout droit de votre bouche. Il n’y aucun ajout. C’est ce qui en fait un véhicule unique. »

Règlements de comptes

 

Si The Players’Tribune représente pour les athlètes un nouveau lieu leur permettant de ventiler, plusieurs l’utilisent afin de régler des comptes avec les journalistes. Le talentueux joueur des Stars de Dallas Tyler Seguin, par exemple, s’en est pris aux médias de Boston — il a joué avec les Bruins avant d’être échangé — parce que, dit-il, ils lui ont forgé une réputation de « jeune immature plus intéressé à faire la fête » qu’à se concentrer sur le hockey.

L’ancien garde des 76ers de Philadelphie Michael Carter-Williams s’est pour sa part plaint que les médias se soient acharnés sur le manque d’effort supposé de son équipe.

Et dans un article cinglant, le joueur vedette des Red Sox de Boston David Ortiz, a répliqué à un journaliste du Boston Globe qui lui avait laissé entendre qu’il possédait le profil d’un utilisateur de stéroïdes. « Je voulais le tuer, a écrit Ortiz. Mais vous ne pouvez pas réagir. C’est ce qu’ils veulent. »

Avec des modèles comme Russell Westbrook, du Thunder d’Oklahoma City (NBA), et Marshawn Lynch, des Seahawks de Seattle, plusieurs joueurs commencent à mépriser les médias en les considérant comme des intrus et des parasites.

Jeter s’est lui-même prononcé sur les bienfaits qu’il y a à ne pas répondre aux questions des journalistes et, conséquemment, à éviter toute distraction.

Même les joueurs qui entretiennent des relations harmonieuses avec les journalistes ressentent une forme de vulnérabilité, craignant qu’on ne dénature leurs propos.

Et le canal de communication que constitue The Players’ Tribune permet aux athlètes d’acquérir un peu d’expérience dans un domaine qui en intéressera plusieurs après leur carrière sportive : les médias…

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