Sven Andrighetto, un coup fumant du Canadien

Partout où il est passé, Sven Andrighetto a fait tourner les têtes. Et même s’il a été sélectionné au 3e tour, 86e au total, lors du repêchage amateur de la Ligue nationale de hockey en 2013, il ne fait aucun doute, selon le directeur général et entraîneur-chef des Screaming Eagles du Cap-Breton, Marc-André Dumont, que le Canadien de Montréal a réussi un coup fumant en lui mettant le grappin dessus.

Dumont était l’entraîneur-chef des Foreurs de Val-d’Or lorsqu’il a été témoin des premiers coups de patin d’Andrighetto en Amérique du Nord avec leur équipe rivale de l’Abitibi, les Huskies de Rouyn-Noranda, dans la Ligue junior majeure du Québec. Ce qu’il avait vu à l’époque l’avait grandement impressionné.

«Andrighetto est arrivé à 17 ans, et on voyait déjà qu’il était un joueur mature dans son jeu, indique Dumont. Il était en mesure de bien gérer la situation qui se présentait à lui. De plus, il n’avait pas peur d’aller dans la circulation lourde malgré sa petite taille. Il est un joueur qui a des aptitudes techniques et du caractère.»

«Souvent, poursuit-il, les joueurs européens ont besoin d’une période d’adaptation aux patinoires et au style nord-américain — le temps et l’espace sont réduits considérablement par rapport aux patinoires olympiques et au style européen. De plus, les patinoires en Abitibi [Val-d’Or et Rouyn-Noranda, notamment] sont légèrement plus petites, et Sven s’était très bien adapté à ça. On voyait qu’il était un joueur appelé à connaître un bel avenir.»

La tentation de l’Amérique

Même s’il n’a toujours pas vu un seul match du Canadien depuis le rappel d’Andrighetto la semaine dernière, Dumont considère que le jeune homme bénéficie des conditions optimales pour connaître du succès dans le circuit Bettman. L’attaquant de 21 ans, qui joue au sein d’un trio à caractère offensif en compagnie de Tomas Plekanec et Jiri Sekac, en a d’ailleurs profité pour devenir le premier joueur du Canadien à obtenir au moins un point à ses trois premiers matchs dans la LNH depuis Pierre Mondou en 1977-1978.

«Je pense qu’il a toujours été un joueur à caractère offensif, note Dumont. Mais pour jouer dans la LNH aujourd’hui, on ne peut être un joueur unidimensionnel. Il y en a de moins en moins en tout cas. Je pense qu’il est devenu un joueur responsable dans sa zone. C’est vraiment son adaptation qui a été phénoménale. Il est arrivé à 17 ans, et quatre ans plus tard il jouait son premier match dans la LNH. C’est un bel exemple de persévérance.»

Le Suisse originaire de Zurich a choisi de s’amener très tôt dans sa carrière en Amérique du Nord dans l’espoir d’accéder rapidement à la LNH, et cette tendance tend à s’accentuer, surtout chez les joueurs russes qui visent le circuit Bettman plutôt que la Ligue continentale.

«On sait que plus les Européens viennent tôt en Amérique du Nord, plus leurs chances sont bonnes de monter en grade dans la LNH, souligne Dumont. C’est l’une des raisons pour lesquelles le nombre de Russes est en augmentation dans la LHJMQ depuis trois ou quatre ans. Par exemple, ici au Cap-Breton, on en a deux [Maxim Lazarev et Evgeny Svechnikov]. Et ç’a aussi été le cas pour Sven, qui s’est développé au sein d’un laboratoire nord-américain.»

Svechnikov, qu’on compare à Evgeni Malkin, sera vraisemblablement sélectionné dès le 1er tour lors du prochain repêchage de la LNH. Mais pour y parvenir, un joueur européen doit démontrer sa volonté de jouer de ce côté-ci de l’océan Atlantique, surtout en raison du spectre de la KHL qui flotte à l’horizon.

Svechnikov «a appris l’anglais très rapidement. Il a visité le Cap-Breton au mois de mai et il ne parlait pas un mot d’anglais, et aujourd’hui il accorde des entrevues à la télé dans un anglais très fonctionnel, explique Dumont. Il fait tous les efforts pour jouer dans la LNH. Et l’été dernier, il s’est entraîné avec le préparateur physique du Lightning de Tampa Bay, Marc Lambert, à Châteauguay, en compagnie de Nikita Kucherov. Il a vraiment “nord-américanisé” sa préparation, et ç’a facilité son adaptation.»

Les Screaming Eagles battent de l’aile

Dumont compte d’ailleurs sur ses piliers à l’attaque pour remettre les Screaming Eagles sur la bonne voie. La formation de la Nouvelle-Écosse croupit dans les bas-fonds du classement général du circuit Courteau, au 17e et avant-dernier rang, seul le Titan d’Acadie-Bathurst ayant fait pire jusqu’à maintenant. Une situation qui ne semble cependant pas inquiéter l’entraîneur outre mesure.

«Notre première moitié de saison a été très frustrante, reconnaît-il sans détour. On est entièrement insatisfaits, du premier au dernier joueur. Mais on n’a aucun contrôle sur ce qui s’est passé lors des 33 ou 34 premiers matchs. On a eu beaucoup de blessures, ce qui fait qu’en première moitié de saison, on n’a jamais disputé un match avec notre alignement régulier. Seuls sept joueurs ont disputé tous les matchs jusqu’ici cette saison. Et pour ajouter à la frustration, on a subi 14 défaites par l’écart d’un seul but.»

Néanmoins, Dumont jure que les Screaming Eagles ne sont pas en reconstruction et qu’ils visent toujours les séries éliminatoires. De plus, il affirme ne pas ressentir de pression particulière en dépit des contre-performances de son club, puisque sa seule pression, dit-il, est celle d’«assurer le développement de [ses] joueurs».