Pat Burns obtient enfin réparation

Pat Burns au Temple de la renommée, « ça devait arriver, il était probablement en train de rire là-haut », dit sa femme Line.
Photo: Shaney Komulainen La Presse Canadienne Pat Burns au Temple de la renommée, « ça devait arriver, il était probablement en train de rire là-haut », dit sa femme Line.

Il y a quelques mois, Line Burns roulait pour aller voir une amie et elle a fait un arrêt à Gilmanton, au New Hampshire, où elle a déjà vécu avec son mari, Pat. Elle a fait le plein d’essence et était en train de manger quand son téléphone a sonné. À l’autre bout, Pat Quinn et John Davidson du Temple de la renommée du hockey voulaient l’informer que Pat Burns serait finalement intronisé quatre ans après son décès.

«Ça devait arriver, déclare Line. Il était probablement en train de rire là-haut.»

Avec la bague du Temple de la renommée de son mari, Line a parlé vendredi de l’habitude qu’ils avaient de plaisanter ensemble à la maison. Elle n’a pu s’empêcher de rire ce soir-là quand un montage vidéo des meilleurs moments de colère de Burns au temps où il était entraîneur-chef a été présenté sur les écrans du Centre Air Canada.

Il y avait cette scène lorsqu’il a remporté la Coupe Stanley avec les Devils du New Jersey, criant après les arbitres et pourchassant Barry Melrose. «Je suis certaine que ce n’était pas drôle à l’époque, explique Line, mais c’était hilarant.»

Les émotions sont vives pour la famille Burns et la communauté du hockey alors que Burns a fait son entrée au Temple de la renommée à titre posthume lundi en compagnie des anciens joueurs Dominik Hasek, Peter Forsberg, Mike Modano, Rob Blake et de l’ex-arbitre Bill McCreary.

Avant son décès, Pat avait confié à sa conjointe son espoir d’y être admis. «C’était quelque chose comme “j’espère que j’irai un jour et, si ça arrive, j’espère que tu seras là pour me représenter”», poursuit Line.

Colère

 

Il y a une certaine colère devant le fait que le comité de sélection du Temple n’a pas procédé à son élection avant que Burns perde son combat contre le cancer le 19 novembre 2010. Mais ce sentiment a fait place au soulagement et à la joie de voir que le triple lauréat du trophée Jack Adams, remis à l’entraîneur de l’année dans la Ligue nationale, a finalement obtenu cette récompense méritée.

«C’est différent à chaque année, vous avez différentes personnes qui votent pour des raisons différentes», a déclaré Davidson, membre du comité depuis de nombreuses années mais qui a agi pour la première fois en tant que président. «Je ne veux pas penser au passé et à ce qui est arrivé ou à ce qui ne s’est pas produit. Il y est maintenant, il mérite d’y être et sa femme et sa famille sont follement heureuses. C’est tout ce qui compte.»

Cliff Fletcher, un ancien membre de ce comité, à révélé à ESPN.com qu’il était dégoûté que Burns n’ait pas été intronisé de son vivant. Fletcher a ajouté que des gens ont gardé rancune envers lui.

Ce qui rend encore plus difficile à comprendre cette longue hésitation, c’est que Burns possède un palmarès qui le destinait au Temple de la renommée.

Après 17 ans comme policier à Gatineau, il a mené les Olympiques de Hull au champoinnat de la Ligue junior majeure du Québec et il a dirigé dans la Ligue américaine avant de faire ses débuts dans la LNH. En 14 saisons, il a gagné le trophée Jack Adams avec trois équipes différentes: le Canadien de Montréal, les Maple Leafs de Toronto et les Bruins de Boston.

«Pat Burns a été le meilleur entraîneur pour lequel j’ai joué pendant ma carrière dans la Ligue nationale», déclare l’ancien attaquant Mats Sundin, lui-même un membre du Temple de la renommée. «Il a été très bon pour moi quand je me suis joint aux Maple Leafs et quand je suis devenu capitaine. Il m’a vraiment tout appris.»

«Son grand rêve»

Burns a participé à la finale de la Coupe Stanley avec le Canadien en 1989 et il a mené les Leafs au 7e match de la finale de l’association Clarence Campbell en 1993, où ils se sont inclinés face aux Kings de Los Angeles. Son pourcentage de victoires en carrière s’élève à ,573, et il a atteint le sommet du sport avec les Devils en 2003.

Line Burns croit que ce dont son mari était le plus fier avait été de remporter la Coupe parce que «c’était son grand rêve». Cela signifiait tellement pour lui qu’il a dormi avec le trophée cette nuit-là du 9 juin.

La présence d’un trophée à la maison était plutôt rare, dit Line. Burns aimait les garder dans une grange derrière la maison et il préférait remplir leur résidence de photos de hockey, de Bobby Orr, Raymond Bourque ou Martin Brodeur.

Un jour, quand elle a rapporté un trophée à la maison, Pat lui a dit de ne pas l’apporter à l’intérieur. «Je lui ai dit: “bien, il est plutôt joli”, se rappelle Line. Le lendemain, il était de retour dans la grange.»

Burns a toutefois toujourspris soin de sa bague de la Coupe Stanley. C’est son fils Jason qui en a hérité. «Il la lui a donnée de son vivant, raconte Line. Il était tellement heureux de lui offrir.»

Avec la boîte contenant sa bague du Temple de la renommée dans ses mains, Line sourit et dit que «celle-là, c’est la mienne».

Le dernier week-end de célébrations lui a permis de s’imprégner de l’admiration que plusieurs dans la communauté du hockey vouent à Pat.

Line a reçu une chaleureuse ovation de la foule lors du match du Temple de la renommée vendredi entre les Leafs et les Penguins de Pittsburgh. Elle a répondu avec un sourire et en levant le pouce. En compagnie de Hasek, Forsberg, Blake et McCreary, elle a procédé à la mise au jeu protocolaire entre les capitaines Dion Phaneuf et Sidney Crosby.

«J’ai été submergée d’émotions», a expliqué Line lors d’une rencontre avec des amateurs samedi au Temple. «Pat aurait été tellement honoré. Il aurait sans doute reçu le tout avec une grande modestie. Peut-être que pour la première fois de sa vie, il aurait manqué de mots.»