Les maillots du sexisme?

Cette photo de l’équipe colombienne a circulé sur les réseaux sociaux.
Photo: Source Twitter Cette photo de l’équipe colombienne a circulé sur les réseaux sociaux.

Au Tour de Toscane, en Italie, l’équipe féminine colombienne Bogotá Humana a saisi les esprits avec son maillot une pièce qui donne l’impression, par l’usage d’un tissu de couleur chair et le rebond du chamois des cuissards, que les filles montrent en fait des sexes épilés, selon les canons de beauté actuels imposés par la pornographie.

L’équipe Bogotá Humana a même suscité l’ire de Brian Cookson, le président de l’Union cycliste internationale (l’UCI). Cette tenue, a-t-il affirmé sur Twitter, « est inacceptable devant tous les standards de décence ».

Selon les prises de vue, les différentes images qui circulaient hier à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux offrent l’impression plus ou moins prononcée d’une nudité suggérée.

La sexologue québécoise Jocelyne Robert se demande « qui a affublé les cyclistes colombiennes de ce maillot sexiste, odieux et grotesque ». En fait, le design de ce maillot rouge et jaune pour le moins original serait l’oeuvre d’une des membres de l’équipe. « Ce qui ne change rien ! Ce n’est pas parce que c’est une fille qui est en cause qu’on est à l’abri du sexisme ! »

N’est-ce pas s’inquiéter seulement pour du tissu ? « Bien sûr qu’on le sait qu’il s’agit de tissu. Mais cela ne change rien sur le symbole, qui exprime une constance : les femmes sont moins bien traitées que les hommes à peu près partout, y compris dans le sport. »

Imagine-t-on les mêmes conditions faites aux hommes ? Les maillots singuliers du champion italien Mario Cipollini offraient sa nudité sur le mode d’une planche anatomique dont le thème principal était celui de la seule puissance.

En cyclisme, les athlètes féminines engagées dans la compétition sont largement moins payées que leurs homologues masculins. Est-ce ce rapport d’infériorité économique qui encourage le cyclisme féminin à se faire voir comme de la chair à consommer ? L’UCI a déjà promis d’étudier la condition faite aux femmes dans le cyclisme. Mais elle ne semble pas avoir vu de lien entre cette promotion de l’équipe colombienne et le statut économique réservé jusqu’ici aux coureuses.

Le Tour de Toscane auquel prenait part l’équipe colombienne en cause s’est terminé le 14 septembre. Les conditions climatiques déplorables de la dernière étape ont encouragé 59 athlètes à mettre pied à terre et à abandonner. À une semaine des championnats du monde, les risques d’encourir des blessures étaient trop grands. C’est l’Américaine Shelley Olds, du Massachusetts, qui a été créditée de la victoire finale.

L’UCI enquêtera

Le cas des maillots de l’équipe colombienne va faire l’objet d’une enquête de l’Union cycliste internationale. « L’UCI transmettra une lettre à la fédération colombienne pour lui rappeler sa responsabilité… dans le contrôle des uniformes des clubs qui participent aux événements internationaux », est-il précisé dans un communiqué. On ignore si l’équipe de six membres avait l’intention de revêtir les mêmes maillots la semaine prochaine lors des championnats du monde sur route à Ponferrada, en Espagne.


À voir en vidéo