Pour les Auriverde, le succès avant la manière

Le puissant attaquant et leader de l’Argentine, Lionel Messi, tentera d’amener les siens au sommet chez leur imposant voisin.
Photo: Associated Press Natacha Pisarenko Le puissant attaquant et leader de l’Argentine, Lionel Messi, tentera d’amener les siens au sommet chez leur imposant voisin.

Mardi, le sélectionneur de l’équipe nationale du Brésil, Luiz Felipe Scolari, a fait part de quelques soucis, avant d’apporter des nuances. Ses protégés venaient de servir en match dit amical une correction de 4-0 au Panama, qui était passé à un cheveu coupé en quatre de sortir le Mexique du portrait l’an dernier en qualifications de la zone CONCACAF, mais le vieux renard avait encore des réserves. « Je suis toujours préoccupé, mais pas autant qu’après l’entraînement de dimanche, a-t-il mentionné. Nous n’avons pas concédé de contre-attaque à l’adversaire et c’est ce que je recherche. Nous nous améliorons, mais nous savons qu’il nous reste encore pas mal de chemin. » Cela dit, « du calme, on va y arriver. On n’est plus très loin. »

 

« L’entraînement de dimanche » en question avait fait fulminer le patron : « Rien n’a fonctionné. » « Beaucoup d’erreurs. » « Une série de détails qui ne sont pas conformes aux standards de la sélection. »

 

Et Dieu lui-même sait à quel point ils sont élevés, les standards de la sélection. Le Brésil est le seul pays à avoir participé à chacune des présentations de la Coupe du monde depuis la naissance de celle-ci, en 1930. Il détient le record de championnats avec cinq. Au fil des décennies, les Auriverde sont devenus synonymes non seulement de puissance et de talent, mais aussi d’esthétique — le mythique « football samba ». Pour quantité d’observateurs, ils demeurent la référence, même si d’autres formations, comme l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne, ont prouvé qu’il était possible de décrocher les grands honneurs en pratiquant des styles de jeu bien différents.

 

Or qui dit modèle dit pression. Colossale pression. Surtout quand on joue à la maison, devant des partisans certes débordants d’enthousiasme, mais en même temps extraordinairement exigeants. La nation hôte dispose d’ordinaire d’un certain avantage, ainsi que le montre le tableau historique : 19 Mondiaux disputés, six remportés par l’équipe à domicile, le tiers ou presque. Mais les attentes peuvent étouffer. Et la situation, ici, se révèle on ne peut plus claire : n’importe quoi en deçà d’un parcours parfait prendra des allures de retentissant échec.

 

Rédemption

 

Car le Brésil accueillant le tournoi de foot d’entre les tournois de foot, c’est chargé. Ce n’est arrivé qu’une seule fois, en 1950, mais le dénouement provoque encore stupeur et tremblements dans la région : au match décisif, l’Uruguay devait cartonner deux fois contre les hôtes dans les 25 dernières minutes pour s’enfuir avec un gain de 2-1 et le titre. On raconte qu’il y avait jusqu’à 210 000 spectateurs dans les gradins du stade Maracanã, alors flambant neuf, à Rio de Janeiro. Les Brésiliens ont eu beau se poser en quintuples monarques depuis, le funeste épisode — « Maracanaço », le choc — s’est frayé un chemin dans toutes les mémoires et s’est transmis de génération en génération, et seul un triomphe en 2014 pourrait enfin assurer la rédemption.

 

Évidemment, il est toujours un peu difficile de jauger une équipe hôte, ne serait-ce que parce que, qualifiée d’office, elle ne prend pas part aux épreuves préliminaires et doit pour l’essentiel se contenter de matchs dits amicaux, dont la signification varie grandement en fonction de l’adversaire et des joueurs qu’on choisit de lancer dans la mêlée. Toutefois, si on cherche un indice de la solidité de l’effectif brésilien et de sa capacité à obtenir des résultats en présence de son public, il n’y a qu’à remonter à juin 2013 et à la dernière Coupe des Confédérations : cinq joutes, cinq victoires, avec en point d’orgue une rincée de 3-0 servie en finale aux Espagnols, qui s’adonnent à être seulement les champions du monde en titre.

 

En tout état de cause, les fans ne doivent toutefois pas s’attendre à ce que la dentelle figure en tête de liste des priorités de la sélection brésilienne : la manière, c’est bien, mais le succès, c’est mieux ; en fait, il n’y a au fond que ça de vrai. Cette semaine, Neymar, le prolifique jeune attaquant du FC Barcelone et l’un des meneurs des Auriverde, s’est fait l’écho de la philosophie qui guide la formation nationale. « Le beau jeu est la dernière chose dont on se soucie, a-t-il dit. On pense d’abord à gagner. La mentalité de notre équipe a toujours été la même. Toujours gagner, quel que soit l’adversaire, même s’il est peu huppé, nous voulons toujours jouer, marquer des buts, et, si on en a l’occasion, bien jouer. » Façon élégante de laisser entendre que le Brésil peut avoir le meilleur même s’il joue mal…

 

Mais, à compter de jeudi, ils seront 31 pays à batailler dans l’espoir de mettre eux-mêmes la main sur le trophée Jules-Rimet. L’Espagne est assise sur trois titres consécutifs, Euro 2008, Mondial 2010, Euro 2012. Les grosses pointures traditionnelles, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la France, sont du rendez-vous. Les voisins argentins, uruguayens, colombiens ou chiliens voudront briller sur leur continent. Les autres chercheront à surprendre, à se faire un nom, à aller au-delà de leurs propres espoirs. Pendant un mois, le monde entier sera accroché à leurs crampons.


À voir: le webdocumentaire Copa para quem? [Pour qui est cette Coupe du Monde?], réalisé par Maryse Williquet


 

1950
Seule année lors de laquelle le Brésil a été le pays hôte.

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