Que rapporte la Coupe du monde ?

Des agents de sécurité lors d’un exercice dans le stade Maracanã de Rio de Janeiro, en juin 2013. Le stade Maracanã est l’un des douze amphithéâtres du Brésil qui accueilleront des matchs de la Coupe du monde.
Photo: Associated Press Vanderlei Almeida Des agents de sécurité lors d’un exercice dans le stade Maracanã de Rio de Janeiro, en juin 2013. Le stade Maracanã est l’un des douze amphithéâtres du Brésil qui accueilleront des matchs de la Coupe du monde.

Victor Matheson nous met en garde dès le départ. « L’impact économique de ces événements est petit ou absent. Et il y a une règle… », dit ce professeur de Holy Cross College et secrétaire de l’Association nord-américaine des économistes du sport. « On prend les estimations de retombées des organisateurs et on déplace la virgule d’un chiffre vers la gauche. »

 

Septième économie mondiale et deuxième marché émergent derrière la Chine, le Brésil a un pied dans les favelas et l’autre dans la cour des grands. Entre la pauvreté transgénérationnelle des bidonvilles et le sens du spectacle flamboyant, il y a maintenant cette facture de 11,5 milliards, dont 300 millions pour un stade de 39 000 places dans une ville où le club local — le Nacional de Manaus — attire généralement 1500 spectateurs.

 

Pendant ce temps, la FIFA s’attend à récolter des revenus de quatre milliards, notamment grâce aux droits de diffusion et aux commanditaires, et prévoit en dépenser la moitié pour l’organisation du tournoi.

  

Un pays au ralenti

 

Grâce à un taux de croissance annuel supérieur à 5 % et à un pic de 7,5 % en 2010, l’économie brésilienne a longtemps évolué sous les projecteurs. La fête est terminée : 2 % depuis trois ans. Cette semaine, la présidente, Dilma Rousseff, a avoué, lors d’un entretien avec les grands médias, qu’elle ne s’explique pas la situation. Elle l’impute à une « mauvaise humeur » des marchés envers le Brésil.

 

Il y a quatre ans, le gouvernement brésilien a prévu la création de 380 000 emplois temporaires et de 330 000 emplois permanents. Comment évaluer l’impact précis de la Coupe du monde ?

 

« Certains espèrent que la tenue de la Coupe du monde va aider le Brésil à sortir de son ralentissement, a mentionné en mars l’agence Moody’s. « Mais l’activité qui en découlera sera mince, comparativement à une économie qui se chiffre à 2200 milliards. »

 

Ce qui ne veut pas dire que l’événement n’engendrera pas de travail. Victor Matheson rappelle que les organisateurs des Jeux d’hiver de Salt Lake City avaient promis 35 000 emplois. « Il y en a eu 7000 pendant un an, dit-il. C’est moins de 1 % de variation sur le marché du travail local. C’est bien, mais c’est loin de justifier une facture de 1,5 milliard. »

 

Professeur d’économie urbaine à l’école d’urbanisme de l’Université McGill, Richard Shearmur croit que les événements offrent une occasion de réfléchir à l’avenir d’une ville ou d’un pays. « Personne ne nie que, au Brésil, il y a un réel besoin d’investissement dans les infrastructures. Il est dommage que la Coupe n’ait pas servi à mobiliser les efforts de construction autour de ça », dit-il.

  

Le cas de Los Angeles

 

Les spécialistes citent en exemple deux cas qui ne se sont pas soldés par des dépenses folles : les Jeux d’été de Los Angeles en 1984 et la Coupe du monde de 1994 organisée par les États-Unis. En gros, les infrastructures étaient déjà en place. De plus, la sélection de Los Angeles est survenue dans la foulée des Jeux de Montréal, déjà très coûteux. La tenue de l’événement a généré un profit de 200 millions.

 

« Parfois, c’est bien pensé et les grands événements s’intègrent au développement à long terme de la ville ou du pays, dit Richard Shearmur. Dans d’autres cas, comme le Brésil ou les Jeux de Sotchi, oui, il y a la folie des grandeurs, mais il y a des constructeurs, des hommes et des femmes politiques qui en profitent à court terme. Il ne faut pas se leurrer. »

 

Le prix de la visibilité

 

Il arrive que les astres s’alignent parfaitement, qu’un grand événement présente au monde une ville qui mérite d’être découverte. Les Jeux de Barcelone en 1992 ont coûté 11 milliards. Vingt ans plus tard, elle figure au quatrième rang des destinations européennes.

 

Ville visible par excellence et mégapole aux poches profondes, New York a récemment déterminé que l’idée d’accueillir les Jeux olympiques en 2024 « n’a aucun sens ». « Notre pressentiment, c’est qu’on pourrait en fait décourager le tourisme avec des Jeux olympiques », a dit au Wall Street Journal la responsable du développement économique, Alicia Glen. La ville accueille chaque année 54 millions de visiteurs.

 

Munich a tenu l’an dernier un référendum en vue d’une candidature pour les Jeux d’hiver de 2022. La population a refusé. Même sort pour une candidature Davos–Saint-Moritz. « Depuis combien de temps on vous dit que ça va devenir compliqué, les Jeux d’hiver ? », a demandé, la semaine dernière, le maire de Québec, Régis Labeaume, cité par Le Soleil.

  

Les dépenses touristiques

 

Tous les événements ne sont pas d’ordre olympique. Cette année et l’an prochain, par exemple, le Canada accueille la Coupe du monde féminine U-20 (pour les moins de 20 ans) et la Coupe du monde féminine. Parmi les villes choisies figurent Montréal, Toronto, Vancouver, Winnipeg et Moncton.

 

Selon le comité organisateur, les retombées économiques seront de 70 millions en 2014 et de 267 millions en 2015, ce qui comprend les dépenses touristiques, les revenus fiscaux, etc.

 

« Quand on reçoit 2000 personnes pour un événement pendant trois jours, qu’il y a 50 % d’Américains, 30 % d’ailleurs au Canada et 20 % d’ailleurs dans le monde, on est capable d’analyser le niveau des dépenses touristiques. Ça, c’est de l’argent neuf », dit Denis Paquet, conseiller aux événements sportifs de Québec et membre du conseil de l’Alliance canadienne du tourisme sportif.

 

La Coupe du monde débute le 12 juin. Personne ne dit que les matchs ne seront pas enlevants. « On a des preuves selon lesquelles ces grands événements sportifs rendent les gens heureux, reconnaît Victor Matheson. Mais pas beaucoup de preuves selon lesquelles ils créent de la richesse. »

   
 
À voir aussi: le webdocumentaire Copa para quem? [Pour qui est cette Coupe du Monde?], réalisé par Maryse Williquet


Le Mondial en chiffres

Plus de 500 000 : nombre de visiteurs étrangers attendus par le gouvernement brésilien

4 milliards : revenus de la FIFA

3 milliards : usage estimé des fonds publics pour l’édition 2010 en Afrique du Sud, dont 1,1 milliard pour les stades

309 000 : nombre de visiteurs étrangers en Afrique du Sud pour l’édition 2010, en regard des prévisions de 450 000


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