Thomas Bach avance en terrain miné

Sotchi — Pour ses premiers Jeux en tant que président du Comité international olympique, Thomas Bach avance en terrain miné à Sotchi, entre les rêves de grandeur du président russe Vladimir Poutine et les polémiques en tout genre. Comme son prédécesseur, le Belge Jacques Rogge, qui avait fait ses grands débuts à Salt Lake City en 2002, des Jeux d’hiver teintés par un scandale de corruption qui avait secoué profondément l’instance olympique, Thomas Bach n’a pas la partie facile.

Car le CIO a beau se faire le chantre des « valeurs olympiques », les organisations de défense des droits de la personne ne voient toujours pas comment elles peuvent cadrer avec ce qu’elles ont observé et observent sur les bords de la mer Noire.

Plusieurs ont dénoncé les expropriations, les dégâts environnementaux et l’exploitation des travailleurs immigrés qui ont accompagné la transformation de Sotchi en haut lieu des sports d’hiver en sept ans.

Au final, ces Jeux d’hiver ont la médaille d’or des plus chers de l’histoire olympique, avec une facture totale de plus de 50 millions de dollars. Un tiers est soupçonné d’avoir profité aux amis du régime.

Le CIO n’a pas la même calculette. Thomas Bach répète à l’envi que le budget opérationnel des Jeux, de l’ordre de 3 milliards, est similaire aux précédentes éditions alors que la construction de routes, d’une ligne ferroviaire ou l’aménagement d’un aéroport doivent être vus comme des investissements à long terme pour une région, et donc non directement imputables à la quinzaine olympique.

L’Allemand n’est pas champion olympique de fleuret par équipes (à Montréal en 1976) pour rien. De son passé d’escrimeur, il a gardé cette capacité à savoir rester sur ses gardes et attendre le meilleur moment pour porter la touche.

Sport et politique

En avocat d’affaires, Thomas Bach sait retourner habilement les questions qui peuvent déranger sans donner trop l’impression de les esquiver. Si Jacques Rogge évitait soigneusement de mêler la politique aux affaires olympiques, Thomas Bach arrive à faire passer ses messages tout en circonvolutions. « Le CIO ne peut pas être complètement apolitique. Nous devons bien comprendre que nos décisions telles que celle de donner les Jeux olympiques ont des implications politiques et ces implications, nous devons les prendre en compte », soulignait-il après son élection le 10 septembre.

La loi russe interdisant la « propagande » homosexuelle devant mineurs, promulguée en juin par Vladimir Poutine, est l’autre grande polémique à laquelle le CIO a dû faire face à son corps défendant.

« Nous avons obtenu les assurances du président russe que tous les visiteurs seraient les bienvenus aux Jeux », a répété en boucle l’instance olympique.

« Le CIO n’est pas un gouvernement mondial qui peut imposer des mesures à un État souverain et qui peut outrepasser des lois votées par un parlement souverain », insistait lundi Bach. Autrement dit, « nous n’avons pas le pouvoir de régler les problèmes du monde ».

Au-delà des divergences politiques, la menace terroriste est le plus gros risque qui pèse sur ces Jeux. Le CIO sait trop bien que la moindre explosion sur le territoire russe pendant la prochaine quinzaine, fût-elle à des centaines de kilomètres des sites olympiques, ferait en sorte que le sport soit relégué à l’arrière-plan.


Par Stéphanie Pertuiset
1 commentaire
  • Josette Allard - Inscrite 5 février 2014 07 h 56

    Coût des jeux

    50milliards et non millions.