Coupe Rogers - Les Canadiens imposent leur loi

Milos Raonic a dû trimer dur, mais la 11e tête de série de la Coupe Rogers est finalement venue à bout du coriace Jérémy Chardy en trois manches de 6-3, 4-6, 7-5 au bout de deux heures et 10 minutes de jeu, mardi à Montréal.
Photo: François Pesant Le Devoir Milos Raonic a dû trimer dur, mais la 11e tête de série de la Coupe Rogers est finalement venue à bout du coriace Jérémy Chardy en trois manches de 6-3, 4-6, 7-5 au bout de deux heures et 10 minutes de jeu, mardi à Montréal.

Milos Raonic n’allait quand même pas louper une si belle occasion de clore dans une certaine apothéose l’une des journées de tennis les plus fastes de l’histoire de son pays. Lui, le 13e joueur au monde et le meilleur Canadien, venait de voir trois de ses compatriotes s’imposer en ce mardi à la Coupe Rogers lorsqu’il s’est amené sur le court central du stade Uniprix en début de soirée.

 

Et si ce ne fut pas précisément une balade d’agrément, s’il a laissé filer plusieurs chances de placer son adversaire dans les câbles, si, à l’image de sa saison, il a éprouvé des problèmes de constance, s’il a fréquemment donné des signes de frustration et de dépit, le grand Ontarien a fini par trouver le moyen d’achever le Français Jérémy Chardy, 28e au monde, dans un petit marathon de 6-3, 4-6 et 7-5. Alors qu’on pensait bien se diriger vers un bris d’égalité dans la manche décisive, Raonic a réalisé un bris de service sans coup férir pour faire en sorte que s’agitent une dernière fois les mouchoirs blancs qui avaient été remis aux spectateurs, auxquels le principal intéressé a attribué une bonne partie de ses succès.

 

Ce faisant, Raonic, qui a rendez-vous mercredi avec le Russe Mikhail Youzhny, 25e, a ajouté son nom à une impressionnante collection de représentants du pays hôte à se qualifier pour le deuxième tour du tournoi 2013. Ils sont en fait cinq à avoir gagné au premier tour, ce qui n’était jamais arrivé auparavant aux Internationaux du Canada.

 

Car avant lui, les astres avaient déjà commencé à s’aligner.

 

Il y avait Vasek Pospisil, le dauphin de Raonic au classement canadien. Pospisil connaît une bonne saison. À la mi-juillet au Claro Open Colombia, le jeune homme natif de Vancouver a atteint pour la première fois de sa carrière, à 23 ans, les demi-finales d’un tournoi ATP, et sa victoire le week-end dernier au Challenger de sa ville d’origine lui a permis de grimper de 18 rangs au classement mondial et de pointer en 71e place. Et s’il n’écarte pas de monter encore, peut-être dans le top 50, d’ici la fin de l’année, il demeure philosophe et tient des propos empreints de sagesse. « Tout est possible, disait-il lundi. Je pourrais ne pas gagner un seul autre match, on ne sait jamais. Je pourrais aussi connaître une bonne période. Le sport est comme ça : très imprévisible. »

 

Mardi après-midi, Pospisil, détenteur d’un laissez-passer à la Coupe Rogers, avait devant lui un adversaire de taille, dans toutes les acceptions du terme : 20e au monde et meilleur Américain au moment où le tennis masculin se cherche aux États-Unis, John Isner fait 6 pieds 10 pouces. Il a assuré sa place dans la postérité à Wimbledon en 2010 lorsqu’il a remporté le plus invraisemblable des matchs, un marathon de 11 heures et 5 minutes sur trois jours contre le Français Nicolas Mahut, qui s’est soldé par la marque de 6-4, 3-6, 6-7, 7-6 et 70-68.

 

Ça n’a pas été aussi long cette fois, et on dit merci à l’existence du bris d’égalité au set décisif, mais on a quand même bu la coupe jusqu’à la proverbiale lie dans une bataille de tranchées qui s’est étalée sur 2 heures et 31 minutes. Il ne fallait pas échapper son service en début d’affrontement, mais c’est ce qu’a fait Pospisil au 11e jeu de la manche initiale, qu’il a perdue 7-5. Aucun bris de service dans l’engagement suivant, ce qui a forcé un bris d’égalité au terme duquel le Canadien est sorti vainqueur 7-5.

 

Au troisième set, Isner a semblé prendre le contrôle de la situation pour de bon, alors qu’il s’est emparé des devants 3-0. Mais Pospisil ne l’entendait pas de cette oreille. Revenu à 4-4, il a provoqué un nouveau bris d’égalité et a cette fois surmonté un déficit de 0-2 avant de l’emporter 7-4. Score final : 5-7, 7-6 (5) et 7-6 (4), la foule du stade Uniprix a explosé et le gagnant a manifesté sa joie comme un gamin au milieu du court.

 

Pospisil, qui affrontera mercredi le Tchèque Radek Stepanek (51e) donnait ainsi un élan additionnel à la journée, puisqu’un peu plus tôt, Filip Peliwo et Frank Dancevic l’avaient tous deux emporté.

 

Peliwo, un autre Vancouvérois âgé de 19 ans, a fait la pluie et le beau temps chez les juniors l’an dernier, mais son passage chez les grands ne s’est pas déroulé à son entière satisfaction, ainsi qu’il l’a expliqué mardi. Classé 355e au monde, il n’a dû qu’à un forfait du Français Gaël Monfils d’accéder directement au tableau principal de la Coupe Rogers en vertu d’un laissez-passer, sans avoir à traverser les qualifications. D’entrée de jeu, il devait s’expliquer avec le Finlandais Jarkko Nieminen, et il est sorti vainqueur au compte de 3-6, 7-5 et 3-1, après que ce dernier eut été contraint d’abandonner en raison d’une blessure à l’ischiojambier.

 

À l’issue du match, Peliwo a raconté qu’il était plutôt crispé en début d’affrontement et qu’il croyait que l’affaire était réglée après qu’il se fut retrouvé en déficit, mais il a trouvé le moyen de faire le ménage dans sa tête et cela a porté ses fruits. Au prochain tour, il retrouvera Denis Istomin, d’Ouzbékistan, 66e au classement ATP.

 

Pour sa part, Frank Dancevic, 28 ans de Niagara Falls et 169e raquette mondiale, a eu raison du Taïwanais Lu Yen-hsun, 60e, par 5-7, 7-6 (6) et 6-1. Ainsi, avant même que Raonic n’entre en action, quatre Canadiens, y compris Jesse Levine vainqueur lundi soir, avaient déjà obtenu leur ticket pour le deuxième tour, du jamais vu aux Internationaux du Canada depuis 1992. « C’est phénoménal, a dit Dancevic, dont le prochain match le mettra aux prises avec le Polonais Jerzy Janowicz, 18e. C’est un tournoi de la série Masters, où pas mal tous les joueurs que vous affrontez font partie du top 50 mondial. Cela montre combien le tennis canadien s’est amélioré. C’est agréable à voir. C’est très agréable à voir. »

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