Tour de France - En attendant la double Alpe d’Huez

Le gagnant Rui Costa a fait les 17 kilomètres finaux en solitaire.
Photo: Agence France-Presse (photo) Pascal Guyot Le gagnant Rui Costa a fait les 17 kilomètres finaux en solitaire.

Ils étaient 26. Assez pour que les coéquipiers, derrière, soient nombreux à ne pas faire trop d’effort dans la chasse. Et suffisamment insignifiants au classement général pour que les autres s’en moquent et les laissent filer.

 

Vingt-six, quand même. On a tellement dit qu’il s’agissait d’une étape pour baroudeurs, qu’une échappée entre Vaison-la-Romaine et Gap avait de bonnes chances d’arriver au bout sans être reprise, qu’un septième du peloton y a cru. Sans parler de tous ceux qui s’y sont essayés plus tôt, mais ont été repris.

 

Le gagnant de cette 16e étape, le Portugais Rui Costa (Movistar), a cependant fait les 17 kilomètres finaux en solitaire. Dans la dernière difficulté de jour, le col de Manse (catégorie 2), il est parti devant, larguant tous ses poursuivants pour entrer dans Gap au ralenti, prenant le temps de déguster sa victoire. 40 secondes séparaient de ses plus proches poursuivants le gagnant du Grand Prix de Montréal 2011. Les Français, toujours en quête d’une victoire, ont dû se contenter d’un sprint pour les autres marches du podium, avec Christophe Riblon (AG2R La Mondiale) second, et Arnold Jeannesson (FDJ.fr) troisième.

 

Après, les coureurs sont entrés par grappes. Le col de Manse avait attaché des boulets aux roues de certains qui semblaient collés au sol : l’étape très accidentée de 168 km en avait lessivé toute une brassée.

 

Dans le groupe du maillot jaune, Chris Froome, ça s’est aussi transformé en laverie. Dans l’ultime col, avec plus de 10 minutes de retard sur la tête, les Katusha de Joaquim Rodrigez se sont mis à l’avant, écrémant le groupe, les Sky dans leurs roues. Puis Alberto Contador (Saxo-Tinkoff) a donné les premiers coups d’éperon, toujours debout sur sa monture, faisant un petit trou, aussitôt refermé par Richie Porte. Roman Kreuziger (Saxo-Tinkoff) a ensuite tenté, lui aussi, de faire mal au meneur du classement général, mais cette fois, c’est Froome (Sky) lui-même qui a joué au shérif.

 

La loi et l’ordre n’ont pas été respectés bien longtemps, puisque ça s’est mis à attaquer dans la descente, celle-là même rendue célèbre par la chute de Jesoba Beloki en 2003 et la manoeuvre de « vélo de montagne » de Lance Armstrong, qui avait pris le décor pour l’éviter. Cette fois, c’est Alberto Contador qui a glissé dans un virage, les pneus de Froome mordant la poussière sur le bord de la route qu’il venait de quitter en contournant l’Espagnol. Tout le monde s’est secoué, a fixé les pieds aux pédales automatiques, et c’était reparti. Au final, quelques petits déplacements au top 10 du classement général, Laurens Ted Dam (Belkin), Joakob Fuglsang (Astana) et Christophe Peraud ayant terminé une minute plus tard que Joaquim Rodrigez et le maillot blanc du meilleur jeune, Nairo Quintana (Movistar).

 

Reste à voir, aujourd’hui, dans l’épreuve de vérité assez « côteuse » entre Embrun et Chorges (32 km), si les choses bougeront beaucoup. Le lendemain, jeudi, tout ce beau monde s’en va grimper l’Alpe d’Huez. Deux fois plutôt qu’une.

 

Lanterne rouge

 

On dit du dernier coureur au classement général que c’est la lanterne rouge. L’expression provient de la couleur des lanternes placées sur le dernier wagon des trains qui marquaient la fin du convoi.

 

Si on en parle, c’est parce que la lanterne, en ce moment, n’est nul autre que le Canadien Svein Tuft. Sauf que c’est loin d’être déshonorant : ce qui est une des choses les plus difficiles à expliquer aux néophytes du cyclisme.

 

En bref, si Tuft est dernier, c’est qu’il a fait son travail de domestique. Et ce rôle, c’est de se mettre le nez dans le vent et de souffrir afin que les leaders de l’équipe, eux, gaspillent le moins d’énergie possible et soient placés aux bons endroits dans le peloton afin de pouvoir répondre aux attaques, par exemple. Ou alors, on envoie le domestique chasser l’échappée (rouler très fort à l’avant pour que le peloton rejoigne les mutins). Ou alors, il se laisse glisser à l’auto pour aller quérir le ravitaillement pour le reste de l’équipe. C’est aussi le genre de rôle qu’a David Veilleux chez Europcar, avec l’avantage, pour ce dernier, de posséder de meilleures capacités comme grimpeur et d’ainsi multiplier ses chances de joindre des échappées victorieuses.

 

Mais le plus souvent, les domestiques restent dans l’ombre.

 

Leur gloire à eux vient par procuration. Car la victoire à vélo est solitaire, mais elle est l’affaire d’une équipe sans laquelle les exploits sont impossibles. Le domestique est donc un redoutable cycliste, cependant condamné à l’anonymat du peloton. La lanterne rouge est une manière de leur rendre hommage, parce qu’ils se font petits pour que d’autres soient grands.

À voir en vidéo