100e Tour de France - La vraie course commence

Pour la 7e étape du Tour 2013, le peloton roulait vendredi entre Montpellier et Albi.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jeff Pachoud Pour la 7e étape du Tour 2013, le peloton roulait vendredi entre Montpellier et Albi.

Tandis que Peter Sagan s’assure de conserver le maillot vert pour un bon moment avec une victoire éclatante, le peloton entreprend les premières épreuves de montagne. C’est donc maintenant que le vrai Tour de France commence.


Vendredi, dans le col de la Croix de Mounis, l’équipe Cannondale a planté sa hache, scindant le peloton en deux. À l’avant, ceux qui avaient pu s’accrocher, dans le sillage d’une puissante accélération sur cette pente de seconde catégorie. À l’arrière, les grosses jambes, leurs escortes. Les malades et autres traînards enrubannés dans les pansements qui témoignent de récentes chutes venaient clore le défilé du jour des hommes forts en lycra.


Principalement composé des sprinters désignés et de leurs aréopages respectifs, le deuxième groupe a eu beau ramer dans cette 7e étape de 205,5 km entre Montpellier et Albi, il n’a jamais pu rejoindre celui tiré par l’escouade de Peter Sagan, qui a mené ce dernier à la victoire après avoir étouffé les tentatives d’évasion de quelques mutins, dont l’ex-maillot jaune Jan Bakelants.


Plutôt que de jouer au fanfaron, comme c’est son habitude lorsqu’il traverse la ligne le premier ou lorsqu’il feint de pincer les fesses d’une hôtesse sur le podium, Sagan a plutôt désigné du doigt le nom de son équipe sur le maillot vert qu’il porte (et qu’il s’assure de conserver en collectionnant aussi les points des sprints intermédiaires). Manière de souligner le travail soutenu de son équipage, qui a imposé un rythme infernal jusqu’à ce que les poursuivants lèvent enfin le pied. Sagan (première victoire d’étape cette année au Tour de France) pouvait ainsi sprinter sans avoir à affronter les dragsters Cavendish (OmgegaPharma-Quickstep) et Greipel (Lotto-Belisol), qui avaient remporté les deux étapes précédentes et dont on a pu voir qu’ils disposent des deux meilleurs trains du peloton. Un train ? C’est ainsi qu’on désigne le groupe de cyclistes d’une même équipe, qui, à la manière d’une fusée, entraîne son coureur étoile dans son aspiration, chaque morceau du véhicule se laissant déporter lorsqu’il a épuisé son carburant, jusqu’à l’effort final qui se fait aux alentours de 60-70 km dans le cas d’un sprint sur le plat.


Le train de Sagan n’est pas mal non plus, d’ailleurs (même si, dans un carrefour giratoire à quelques mètres de l’arrivée, il a failli s’échouer sur le trottoir en prenant la courbe un peu trop large). Après avoir trimé toute la journée à l’avant du peloton, les équipiers au service du Slovaque ont sacrifié leurs dernières forces et l’ont guidé dans les kilomètres finaux, lui évitant d’être pris au piège dans le chaos de cette masse grouillante et lui permettant d’économiser ses forces pour venir assommer John Degenkolb (Argos-Shimano) et Daniele Benatti (saxo-Tinkoff), tous deux incapables d’imiter l’accélération du « Terminator ».


Ça commence maintenant


Devenu le premier Africain à le porter, Daryl Impey (Orica Greenedge) a conservé le maillot jaune, prêté la veille par son coéquipier australien Simon Gerrans.


Il devra en profiter ce samedi, puisque c’est maintenant que le Tour de France prend les hauteurs et que le Sud-Africain devra vraisemblablement rendre le précieux bout de tissu aux couleurs du papier de L’Auto, défunt journal à l’origine de l’épreuve sportive.


La huitième étape de 195 km débute à Castres, à une altitude de 175 m, pour grimper, d’abord, au sommet du col de Pailhères, à 2000 m. Puis, le parcours replonge à 768 m avant de remonter, jusqu’à l’arrivée au sommet, à 1375 m, dans le centre de ski Ax 3 Domaines, dans une pente de 7,8 km à une moyenne de 8,2 %.


C’est là, et dimanche dans un véritable festival de cols de première et seconde catégorie (cinq !) entre Saint-Girons et Bagnères-de-Bigorre, que le vrai spectacle du Tour commence : celui de la montagne qui use, des décors d’une troublante beauté où le vertige des hauteurs répond à celui de l’effort parfois démentiel des grimpeurs, et à leur audace dans les descentes lorsqu’en plus de la force, ils possèdent aussi la technique et le courage.


Comme lundi c’est journée de repos, cela donnera une raison de plus à ceux qui ont perdu de précieuses secondes au contre-la-montre de mardi de tout donner pour les récupérer. C’est le cas de Cadel Evans (BMC). Gagnant plutôt terne du Tour 2011 qui a montré un bon niveau de forme au Giro ce printemps, l’Australien devra faire preuve d’un peu de panache s’il veut reprendre les 23 secondes qui le séparent du favori, Chris Froome (Sky).


Ce dernier va enfin croiser le fer avec ses autres rivaux, dont l’Espagnol Alberto Contador (Saxo-Tinkoff), qui a lui aussi perdu quelques secondes sur la promenade des Anglais (6). Idem pour les aspirants au podium final Alenjandro Valverde (Movistar, à 17 secondes), Ryder Hesjedal (Garmin-Sharp, à 14 secondes) et d’autres plus mal en point encore, dont Pierre Rolland (Europcar) qui pointe à 1 minute et 10 secondes derrière Froome.


Épreuve de force en même temps que joute tactique (longueur de laisse offerte aux échappées, maîtrise des attaques par les rivaux, coups de semonce qui minent la forme et le moral, etc.), cette première fin de semaine en montagne devrait normalement consacrer l’implacabilité de la machine Sky. Tandis que la plupart des cyclistes travaillent avec leur propre entraîneur, la Sky ne laisse aucune variable inconnue et supervise attentivement tous les membres de son escouade. Le même principe calculateur est appliqué aux tactiques de course, ce qui a rendu parfaitement ennuyeuse la victoire de Bradley Wiggins l’an dernier, ce dernier ayant le regard rivé aux chiffres que lui fournissait son ordinateur de bord (un SRM qui donne la vitesse, les pulsations cardiaques, mais surtout les données relatives à la puissance, qui se mesure en watts).


Froome est d’une autre race. Moins prudent, plus fougueux. Sa victoire en solitaire dans le col de l’Ospédale, en Corse, lors du dernier Critérium international, et sa prétendue mutinerie contre Wiggins dans la Toussuire au Tour 2012 laissent deviner qu’avec un peu de chance, ce 100e Tour devrait offrir le spectacle que son public mérite, c’est-à-dire autre chose que des affrontements pour les victoires d’étapes.


Hesjedal ? On verra ce qu’il peut faire avec une côte esquintée. Mais surtout sans le soutien de son lieutenant Christian Vande Velde, écarté de son dernier Tour en carrière pour cause de blessure. Quant à David Veilleux, il continue d’assurer sans faillir son travail de soutien. De quoi se forger une réputation de domestique de luxe, denrée prisée dans les escouades des grands tours.


 

Collaborateur

À voir en vidéo