100e Tour de France - Le pari corse gagné

Vue aérienne du peloton des coureurs dans la dernière étape corse du Tour de France, entre Ajaccio et Calvi, lundi.
Photo: Agence France-Presse (photo) Pascal Pochard-Casabianca Vue aérienne du peloton des coureurs dans la dernière étape corse du Tour de France, entre Ajaccio et Calvi, lundi.

En haut du col de la Serra, dimanche, David Veilleux dérivait vers la barrière à gauche de la route quand il s’est levé sur ses pédales et a tourné la tête pour constater que son aventure du jour prenait fin. L’échappée qu’il avait lancée et qui avait survécu jusqu’à la moitié du parcours de cette deuxième étape du Tour de France entre Bastia et Ajaccio était désormais condamnée par un peloton qui ne voulait plus jouer et montrait les dents.


À peine quelques mètres plus loin, la meute avait avalé le Carougeois.


Toutefois, s’il faut désigner quelques lauréats de ce début d’épreuve en Corse, Veilleux et son équipe, Europcar, viennent immédiatement en tête. L’escouade vendéenne, parce qu’elle a réussi à se faire voir à chacune de ces trois étapes en prenant part à presque toutes les échappées, son grimpeur Pierre Rolland raflant le maillot à pois du meilleur grimpeur au jour 2, le conservant le lendemain en passant en tête la dernière difficulté - la côte de Salario - avant l’arrivée à Calvi. Quant à lui, Veilleux s’est fait un nom dans le peloton et chez les fans de cyclisme en animant la course, en plus de bien servir son équipe (cédant son vélo à Rolland, victime d’un problème mécanique, à quelques kilomètres à peine de la ligne d’arrivée de la seconde étape).


Outre le sprinter Marcel Kittel (Argos-Shimano) et le Belge Jan Bakelants (RadioShack-Leopard), qui ont revêtu le maillot jaune du meneur au classement général, l’autre grand gagnant de ce début du centième Tour, c’est la Corse elle-même. Pas immédiatement, puisque de nombreux touristes ont retardé leur arrivée d’une semaine, de peur d’être victimes de la paralysie routière provoquée par l’événement (ou peut-être aussi en raison de la menace de grève de la Société des transports maritimes qui planait jusqu’à vendredi). Mais l’île de Beauté, qui souhaitait faire connaître ses splendeurs en accueillant le Tour, s’est offert une superbe carte postale en forme de triptyque, affirmant son statut de station balnéaire exceptionnelle à la première étape, détaillant le relief de ses montagnes à la seconde, révélant enfin son versant sauvage lors d’une troisième et dernière journée, tandis que le peloton remontait sa côte occidentale pour faire voir un bord de mer prodigieusement épargné par le développement immobilier.

 

Le plein de surprises


Dimanche, à Ghisoni, petit hameau près du col de la Serra, où nous nous étions arrêtés pour voir la fin de la seconde étape dans un café, l’église du village sonnait l’heure. Il était pourtant 17 h 15.


Le peloton aussi avait du retard. Ou du moins, il avait sous-estimé la force de caractère du Belge Jan Bakelants qui, après avoir bien travaillé au sein d’une échappée tardive, a créé la surprise, se sauvant de ses compagnons de route pour passer la ligne seulement quelques mètres devant le peloton qui rugissait derrière lui. Il privait ainsi de la victoire le Slovaque Peter Sagan, un des rares sprinteurs à avoir évité la casse lors d’une épreuve où la plupart d’entre eux ont été relégués au gruppetto (le peloton de queue), dont un Mark Cavendish complètement largué.


La veille, si ce n’était de l’autobus de l’équipe Orica Greenedge qui s’est coincé sous la bannière de la ligne d’arrivée à Bastia, on aurait eu droit à une étape sans histoire, le peloton contrôlant l’échappée comme son jouet. L’annonce d’une arrivée possiblement devancée en raison de ce problème technique a cependant excité les cyclistes qui avaient ouvert la machine à plein régime en prévision du sprint, provoquant une importante chute, évitée par la plupart des favoris, sauf Alberto Contador, blessé à l’épaule. Sans trop de heurts, cependant, puisqu’il a su répondre avec fermeté aux élans de son rival Chris Froome, rassurant ceux qui s’attendent à un duel sans merci entre ces deux-là dans la montagne. Cavendish, pris derrière la chute, a quant à lui été privé du jaune qu’il convoitait, si rarement attribué aux sprinteurs.


Nouvelle surprise, lundi : l’Australien Simon Gerrans doublait Peter Sagan à la ligne d’arrivée sur Calvi, lors de la dernière étape corse. On a alors cru qu’il s’agirait là d’une anecdote qui ferait aussi oublier la mésaventure de l’autobus de son équipe au premier jour.


Mais mardi, tiré par le véhicule que conduisait l’expert du chrono canadien Svein Tuft lors du contre-la-montre par équipes à Nice, le coureur de l’Orica Greenedge s’est fait offrir le maillot jaune sur la promenade des Anglais, dans une victoire-surprise contre les équipes Garmin et Sky, désignées favorites de l’épreuve.


Maillot qui ne tient qu’à une seconde, et qu’il faudra protéger mercredi dans une épreuve houleuse entre Cagnes-sur-Mer et Marseille. Bien qu’elle ne comprenne aucune difficulté majeure, cette cinquième étape affiche une configuration en dents de scie qui pourrait profiter aux baroudeurs et autres amateurs d’attaques-suicides. Reste à voir si l’équipe de Gerrans (gagnante du Grand Prix de Québec en 2012) pourra montrer autant de cohésion dans la protection du maillot jaune de l’Australien que dans sa manière de le lui offrir.


 

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