La Corse, les montagnes et Paris la nuit: le Tour de France 2013 promet des batailles originales

Il y aura de l’originalité dans ce Tour de France, avec un premier passage de trois étapes en Corse et une arrivée de nuit dans Paris. Puis, quantité d’épreuves de montagne, pour la plupart des classiques des Alpes, du Massif central et des Pyrénées, dont quatre arrivées au sommet. Dans le lot, on compte une double ascension de l’Alpe d’Huez à la 18e étape et, le 14 juillet (à la 15e étape), un mont Ventoux qu’il faudra gravir jusqu’à 1900 mètres d’altitude, sur une pente de 20 km à 7,5 % de moyenne, et ce, après avoir parcouru 222 km de petites bosses. Ce qui fait dire à plusieurs analystes que l’équipe de Christian Prudhomme s’est au moins assurée de procurer les conditions idéales pour que les affrontements épiques se multiplient.

À elle seule, l’étape du Ventoux pourrait faire des dommages considérables chez les favoris. Il suffirait d’une échappée au long cours qui se rend au pied de la montagne avec assez d’avance pour persister jusqu’au sommet, ou d’une défaillance d’un favori dans l’ascension du géant provençal, pour que se creusent des écarts infranchissables.


Celui qui, au nombre des 22 équipes de 9 coureurs chacune, pourrait remporter le Tour dès le Ventoux, c’est Christopher Froome, de la Sky. Gagnant du tour d’Oman, du Critérium international, du Tour de Romandie et du Critérium du Dauphiné cette année, le Britannico-Kényan succéderait alors à Bradley Wiggins, capitaine de la même équipe et premier Anglais en jaune à Paris de l’histoire du Tour (absent de l’épreuve pour cause de blessure). Froome a d’ailleurs bien failli le devancer, l’an dernier, en s’échappant vers la Toussuire à la 11e étape avant d’être rappelé à l’ordre par leur directeur sportif. Wiggins était le leader désigné et le resterait. Froome allait attendre son tour. Et son tour, c’est maintenant.


Même si la configuration de l’épreuve et les forces en présence annoncent une course moins scriptée que celle de l’an dernier, on peut s’attendre à ce que l’équipe de ce coureur aux manières plus fougueuses que son capitaine contrôle la course afin d’étouffer la plupart des attaques menaçantes pour le classement général. L’adage veut que rien ni personne ne parvienne à faire dérailler le train Sky : une équipe disciplinée, aussi costaude que studieuse, qui ne laisse rien au hasard.


Quelques-uns pourraient cependant y parvenir. Avec le soutien de Michael Rogers (un ex-Sky, justement), Alberto Contador (Saxo-Tinkoff) pourrait faire très mal à Froome en s’envolant vers le sommet d’un des nombreux cols au programme. Mais le Madrilène ne semble pas à son meilleur niveau de forme et n’est pas tout à fait aussi performant au contre-la-montre. L’Australien Cadel Evans (BMC), maillot jaune en 2011, semble quant à lui de retour après une année décevante en 2012, et il peut compter sur l’Américain Teejay Van Garderen, maillot blanc du meilleur jeune l’an dernier et récent vainqueur du Tour de Californie.


Bien qu’il peine à attaquer avec la même fougue que l’an dernier, l’Espagnol Joaquim Rodrigez (Katusha) est l’une des puissances avec lesquelles il faudra négocier. Surtout sur les pentes très abruptes, où il excelle. Aussi, il faudra surveiller les coureurs de la Movistar, dont Alenjandro Valverde et son lieutenant Rui Costa, qui vient de remporter le Tour de Suisse. Sans oublier, parmi les favoris du champ gauche, le Belge Jurgen Van den Broeck (Lotto-Belisol), quatrième du Tour l’an dernier.


Des Canadiens aussi


Enfin, ce Tour comptera un nombre record de Canadiens, et son premier participant natif du Québec. Svein Tuft complète l’escouade australienne Orica-Greenedge. David Veilleux fait son entrée dans la grande ligue en jouant les domestiques pour Pierre Rolland (gagnant d’étape en 2013) et Thomas Voeckler (maillot à pois 2013) dans l’équipe vendéenne Europcar. Et surtout, Ryder Hesjedal (Garmin), devenu le premier Canadien à remporter un Grand Tour au Giro d’Italie l’an dernier, tient à prendre sa revanche, puisqu’une infection pulmonaire l’a privé de la défense de son titre cette année, et les blessures subies lors d’une chute catastrophique l’ont chassé du Tour de France l’an dernier, alors qu’il était au meilleur de sa forme.


Difficile de prévoir qui sera le détenteur du maillot à pois (du roi de la montagne) au terme de la 21e et dernière étape, mais le vert (des points, acquis aux sprints intermédiaires et aux arrivées) devrait échoir au Britannique Mark Cavendish (Omega-Pharma-Quickstep) ou au jeune prodige slovaque Peter Sagan (Cannondale), qui l’a ravi en 2012.


Évidemment, lors d’une course de presque 3400 kilomètres qui s’étale sur 23 jours (dont deux de repos), tout peut se produire. C’est la beauté de ce sport qui, malgré ses fêlures, parvient encore à émerveiller ceux qui peuvent faire fi de son versant plus sombre pour se laisser porter par ses magnifiques histoires. Elles sont racontées par des hommes forts en collants qui vont si loin au bout d’eux-mêmes qu’on en a fait des superhéros. Leur drame étant que, parfois, ils se mettent à y croire.

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