Jacques Rogge - L’affaire Armstrong doit marquer un tournant

Lausanne — Le président du Comité international olympique Jacques Rogge a estimé, lors d’un entretien exclusif avec l’Agence France-Presse jeudi, que l’affaire Lance Armstrong était «une triste histoire» qui doit constituer un «tournant» dans la lutte antidopage.


«C’est une triste histoire. Mais on doit la prendre comme une opportunité, un point tournant pour qu’un nouvel esprit arrive dans le cyclisme, que la lutte antidopage continue de s’intensifier, et que plus particulièrement on puisse voir quel rôle joue l’entourage car c’est quelque chose d’important», a déclaré Rogge.


«Espérons que cela sera le moment à partir duquel la lutte antidopage va s’intensifier. Armstrong s’est engagé à participer à une commission vérité et réconciliation. S’il montre des remords et de la contrition, ce qu’il semble avoir fait dans son interview [avec Oprah Winfrey], je pense que cela pourrait envoyer un signal pour les jeunes coureurs», estime le président du CIO.


Alors que certains ont demandé la tête du président de l’Union cycliste internationale, Pat McQuaid, et surtout celle de son prédécesseur Hein Verbruggen, tous deux membres du CIO, Jacques Rogge se garde bien de toute critique et recommande d’attendre les conclusions de l’enquête de la commission indépendante chargée de faire la lumière sur le rôle joué par l’UCI au temps de la domination de l’Américain au Tour de France.


«Les appels à la démission ne sont valables qu’à partir du moment où il y a des preuves patentes. Ce sera le travail de la commission indépendante de l’UCI de déterminer s’il y a une culpabilité ou pas, a insisté l’ancien chirurgien orthopédiste. D’abord investiguer et juger, puis punir, mais pas dans l’ordre inverse.»


Comme l’histoire de Marion Jones, l’ex-reine du sprint déchue pour dopage, celle de Lance Armstrong montre «les failles» dans la lutte antidopage du début des années 2000, selon lui. Et de rappeler que les autorités antidopage ne disposaient pas d’un test de détection de l’érythropoïétine aussi solide que maintenant, ni de méthodes de détection de l’hormone de croissance ou d’autotransfusions sanguines.


La lutte se faisait alors de manière moins stratégique, peu de contrôles survenant hors compétition. Les progrès scientifiques, mais aussi le soutien des autorités policières et judiciaires et l’avènement du passeport sanguin sont autant d’éléments qui ont permis, selon le président du CIO, de faire avancer la lutte antidopage.


Jacques Rogge, qui s’apprête à quitter son poste en septembre après 12 ans à la tête du CIO, regrette égale,ent de voir l’UCI et l’Agence mondiale antidopage, deux instances censées faire front commun contre les tricheurs, s’entredéchirer à nouveau. «Je plaide pour une collaboration honnête et sincère entre l’UCI et l’AMA. Il est dommage que les gens s’affrontent car seule une synergie peut apporter un résultat favorable», dit-il.


L’ancien président de l’AMA Dick Pound a même avancé que le CIO, dont il est aussi membre, devrait être plus «dur» avec le cyclisme, en utilisant son pouvoir de l’exclure du programme olympique pour non conformité aux règles du Code mondial antidopage. «Le CIO a très bien fait en amendant sa charte pour dire: “Vous devez vous conformer ou vous ne pouvez pas participer, mais ils sont réticents à utiliser ce pouvoir”», avait-il ainsi déclaré en novembre à l’AFP.


Si le CIO a déjà estimé la semaine dernière «peu probable» une exclusion du cyclisme du programme olympique, Jacques Rogge s’est refusé à toute remarque. «J’ai l’habitude de ne pas commenter les déclarations de mes collègues», a avancé le Belge, qui avait remporté l’élection à la présidence du CIO en 2001 face à ce même Dick Pound.

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 25 janvier 2013 13 h 52

    Ponce-Pilate

    Jacques Rogge, président du comité olympique, se lave les mains: ben coudonc! ...