La Formule 1 dans les terres de NASCAR

Austin — La Formule 1, le circuit de sport automobile le plus populaire au monde, essaie encore une fois de percer le dernier marché qui lui résiste : celui des États-Unis. Les Européens espèrent que cette fois sera la bonne.

Ce sport rutilant doté de voitures ultra-rapides et à saveur exotique s’est immiscé dans le coeur du Texas, avec une toute nouvelle piste, une course au championnat palpitante et l’espoir de pouvoir attirer l’attention d’amateurs de course automobile qui détournent rarement leur regard des classements de NASCAR.


Le Grand Prix des États-Unis fait son grand retour après une absence de cinq ans, ce week-end, sur le circuit des Amériques d’une valeur de 400 millions $US. Il s’agit d’une piste qui a été bâtie exprès pour la F1, à quelques kilomètres seulement du centre-ville d’Austin.


« C’est ce qu’il fallait », commente l’Américain Mario Andretti, qui a été champion du monde de F1 en 1978. « Maintenant, nous pouvons rivaliser avec le reste du monde et certaines des nouvelles installations qui ont été construites ces dernières années dans les pays arabes et l’Asie. C’est l’ingrédient qui manquait ici, aux États-Unis. »


Austin devient la 10e ville à accueillir une épreuve de F1 depuis que le premier GP des États-Unis a été disputé à Sebring, en Floride, en 1959. Watkins Glen, dans l’État de New York, a été l’hôte du grand cirque de 1961 à 1980, tandis que d’autres courses ont été disputées à Long Beach, Las Vegas, Detroit, Dallas, Phoenix et d’autres villes sur des circuits urbains.


Pendant que NASCAR devenait le circuit dominant aux États-Unis en matière de sport automobile, l’intérêt à l’endroit des monoplaces a diminué et la F1 n’a même pas tenu de course aux États-Unis de 1992 à 1999 avant de revenir à Indianapolis Motor Speedway, le berceau de la course automobile dans ce pays. Mais ça n’a pas duré là non plus.


Nouvelle piste


La F1 semblait s’être résignée à abandonner les États-Unis pour toujours quand Bernie Ecclestone a fait l’annonce-surprise, en mai 2010, qu’une entente de 10 ans avait été conclue pour la tenue d’une course à Austin, sur une piste qui n’avait pas encore été bâtie. Mais l’implication du milliardaire Red McCombs à titre d’un des investisseurs du projet a permis d’effectuer un sprint de construction.


Le GP des États-Unis a gagné son pari d’aménager la piste à temps, mais le véritable défi sera de continuer à attirer les amateurs au-delà de l’excitation suscitée par la présentation inaugurale de la course.


« On dirait bien qu’ils ont un beau circuit là-bas. Le défi sera de maintenir les acquis dans les années qui suivront, parce que c’est là que le bât blesse pour la F1 aux États-Unis », note Eddie Gossage, président du Texas Motor Speedway, qui accueille des étapes de NASCAR et IndyCar à trois heures de route d’Austin. « Ils ont eu de belles foules pour commencer à Indianapolis, mais ils n’ont pas pu maintenir le même rythme par la suite. »


Bruton Smith, président de Speedway Motorsports, qui est propriétaire de huit pistes de course, dit douter que la F1 réussira à percer le marché des amateurs de course qui suivent NASCAR.


« La Formule 1 n’a jamais été quelque chose d’important dans ce pays. Retournez en arrière pour voir, retournez aussi loin que vous le voulez, et la F1 n’a jamais fonctionné, déclare-t-il. Nous avons vérifié et il y a environ 10 personnes que nous connaissons qui vont y aller, alors nous ne sommes pas vraiment inquiets. »

 

Un Américain au volant


Zak Brown, fondateur et administrateur principal de l’entreprise Just Marketing International qui se spécialise en course automobile, voit les choses d’un autre oeil. Le retour de la F1 aux États-Unis, sur le circuit des Amériques, est le début d’un plan d’action dont le sport automobile a besoin pour s’établir sur la scène américaine.


« C’est extrêmement important, dit Brown. L’Amérique du Nord est un marché où ils ont vraiment connu des difficultés. »


Comme l’a fait remarquer Brown, la F1 a récemment signé une nouvelle entente de quatre ans avec NBC Sports Group. Le pacte exclusif donnera lieu à la diffusion de 100 heures de programmation sur le réseau NBC et la chaîne spécialisée NBC Sports Network.


« Il faut un bon endroit pour tenir la course, et ça ils l’ont. Il faut une bonne entente de télédiffusion, et ils ont une entente améliorée, poursuit Brown. Idéalement, tout ce qui leur manque maintenant est un pilote américain. »


Ce qui n’est pas encore près d’arriver. Le championnat des pilotes, cette saison, se résume maintenant à Sebastian Vettel, sur Red Bull, et Fernando Alonso, sur Ferrari. Il y a un écart de 10 points entre les deux avec deux courses à disputer.


Andretti dit espérer que le retour de la F1 aux États-Unis permettra de créer un contexte propice au développement d’un pilote américain qui percera les rangs un jour.


« Je dis toujours que la F1, c’est comme les Jeux olympiques. Il y a beaucoup de fierté nationale et avoir un Américain qui représente notre pays, ce serait fabuleux », conclut-il.