Le rugby, un sport de voyous, pratiqué par des gentlemen

Des joueurs de rugby du XV de Montréal s’exercent à la remise de touche. De gauche à droite, Jean-Baptiste Grente, Pierre Villette, Clément Broca et Pierre Alborch.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Des joueurs de rugby du XV de Montréal s’exercent à la remise de touche. De gauche à droite, Jean-Baptiste Grente, Pierre Villette, Clément Broca et Pierre Alborch.

Le soleil qui descend donne à la scène un éclairage particulier. Au milieu du terrain, ils sont une bonne demi-douzaine, au sol, à se disputer avec âpreté la possession du ballon. La pelouse du parc Laurier ne paie pas de mine et fait place à la terre en de nombreux endroits. Dans le feu de l'action, des volutes de poussière montent. Les cris fusent: «À droite, à droite!», «Vas-y Ludo!», «Défonce-le!», «Ouvre, ouvre, ouvre!». De temps à autre, les joueurs en sueur, l'uniforme maculé, reviennent à la ligne de touche pour s'abreuver. Ou pour soigner un bobo, qui à l'épaule, qui au genou, qui à la cheville. Le rugby n'est pas une discipline pour ceux qui ont peur d'avoir mal.

Ils sourient, sans doute parce que c'est vrai, lorsqu'on leur rappelle la maxime: le rugby est un sport de voyous, joué par des gentlemen. Dans leur cas, pas de doute à y avoir. Autant ils se dépensent et ne s'épargnent pas sur l'herbe ou ce qui en tient lieu, autant ils fraternisent à l'extérieur. Ça se passe ainsi dans l'univers du XV de Montréal, club sportif certes, mais aussi réseau social.

L'idée a germé en 2009. Une trentaine de joueurs se sont réunis et ont voulu créer «quelque chose de nouveau», qui transcenderait les limites du sport, dit Ghislain Grégoire, président du XV de Montréal, qui compte maintenant 78 membres en règle, âgés de 18 à 50 ans, répartis en trois équipes selon le calibre de jeu. Ils s'entraînent deux fois par semaine au parc Laurier, sur le Plateau Mont-Royal, et jouent les week-ends un peu partout à travers le Québec et l'est de l'Ontario. Et ils ratent assez peu d'occasions de festoyer.

«L'idée, c'était de promouvoir les valeurs fondamentales du rugby», explique Grégoire, qui joue depuis plus de 20 ans, d'abord dans la région de Grenoble, en France, puis à Montréal où il est arrivé avec sa conjointe québécoise il y a six ans. «Le sacrifice, la solidarité, l'abnégation, le courage, la volonté, le respect des partenaires, des adversaires et des arbitres.» Sans oublier ce qu'au XV ils appellent «l'esprit folklo»: on offre la bière aux visiteurs après les joutes, puis on s'en va écluser quelques petits Ricard dans le cadre de la «troisième mi-temps».

L'esprit folklo, la camaraderie, «c'est de là que tout est parti», poursuit-il. Et de fait, on constate que quelques minutes après qu'on a mis toute la gomme sur le terrain, l'atmosphère sur le banc est relax. «On forme une entité, une grande famille», dit Ghislain Grégoire.

Une grande famille diversifiée, du reste. Si on retrouve plusieurs Français au sein du club, on y compte aussi des joueurs en provenance de l'Italie, de la Belgique, du Chili, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande... «Le sport peut être un important véhicule d'intégration. Quelqu'un qui vient d'arriver d'un autre pays peut se sentir perdu. S'il connaît déjà le rugby, on lui offre une porte d'entrée», ajoute le président. Et même s'il ne le connaît pas. «On ne refuse personne. On arrive toujours à trouver une place pour tout le monde. Il y en a pour les grands et les petits, les rapides et les plus lents.» Et on s'entraide: si un joueur se cherche un emploi, un appartement, on passe le mot.

Largement méconnu en nos contrées, le rugby connaît cependant un essor. Au cours des quatre dernières années, dit Pascal Foucault, président de la Fédération de rugby du Québec, le nombre de licenciés à la FRQ a pratiquement doublé pour passer à plus de 2200. La Fédération cherche à implanter un programme sport-études en rugby, et aussi à combattre «les stéréotypes et les clichés voulant que ce soit un sport réservé aux armoires à glace. Il y a des possibilités pour tous». Il espère que la diffusion par RDS et TSN de matchs de la Coupe du monde, qui s'amorcera en septembre en Nouvelle-Zélande, fera de nouveaux adeptes.

C'est d'ailleurs ce qui est arrivé à Nicolas Saint-Cyr, vice-président «social» du XV de Montréal. Il se trouvait en France lors du Mondial de 2007 et a regardé plusieurs matchs en compagnie d'un ami amateur de rugby. «J'ai eu la piqûre», raconte-t-il.

De nouveaux adeptes, le XV oeuvre à en développer. Il travaille de concert avec le club de rugby Les Gaulois, qui forme des jeunes de 6 à 16 ans, en lui fournissant des éducateurs et des bénévoles. Les samedis, on peut voir 70 d'entre eux pratiquer leur sport au parc Laurier (l'un des très rares endroits où l'on peut jouer au rugby à Montréal, au grand déplaisir de ceux qui en raffolent).

Demain, le XV de Montréal mettra le cap sur Louiseville pour un match contre l'équipe de Trois-Rivières. Après la rencontre, ce sera le party annuel au chalet de l'un des joueurs situé dans la région. Plus d'une centaine de personnes, y compris femmes et enfants. L'esprit folklo, toujours. Observé par des gentlemen.
2 commentaires
  • basque - Inscrit 31 juillet 2011 18 h 23

    Le rugby

    Bonjour
    L'article sur le Rugby de Jean DION m'a beaucoup plu.
    Je voudrais rappeler qu'une équipe de rugby a été montée en 1967/68 à Montréal et que les entrainements avaient lieu au Parc Laurier (si mes souvenirs sont exacts) C'était aussi le temps de l'équipe de Base-Ball de Montréal(les Expos) Heureux temps....

  • Jayltemps - Inscrit 5 août 2011 08 h 41

    Rugby féminin

    ...à ne pas oublier qu'au Québec le rugby universitaire est féminin. Je suis un fidele supporteur du Rouge et Or de l'université Laval et, oh comme je souhaiterait qu'une université francophone de Montréal ait une équipe de rugby féminin.
    Est-ce que l'université d'Ottawa est anglophone? Si oui, sur 6 équipes, 4 sont anglophones.
    Allez pour une équipe de rugby féminin à l'université de Montréal mais par contre, oublions de les dénommer les Carabines.