Tour de France - Pas de viande — ni de quartier — pour Contador

Alberto Contador lors d’une séance d’entraînement hier. Soupçonné de dopage, le coureur espagnol pourrait perdre au début du mois d’août tous les titres acquis depuis juillet 2010 — ce qui comprend déjà les tours de France, d’Italie, de Murcie et de Catalogne, et qui pourrait bien inclure aussi un autre triomphe à Paris le 24 juillet.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Pascal Pavani Alberto Contador lors d’une séance d’entraînement hier. Soupçonné de dopage, le coureur espagnol pourrait perdre au début du mois d’août tous les titres acquis depuis juillet 2010 — ce qui comprend déjà les tours de France, d’Italie, de Murcie et de Catalogne, et qui pourrait bien inclure aussi un autre triomphe à Paris le 24 juillet.

Non seulement il roule à l'eau claire, mais en plus, il mouline végétarien. Très fort, cet Alberto Contador. Et audacieux. Car le roi de la petite reine — la vraie, pas Kate — fait le pari de remporter cette année un quatrième Tour de France sans même savoir s'il a vraiment gagné le troisième...

Cela, parce que le coureur espagnol pourrait perdre au début du mois d'août tous les titres acquis depuis juillet 2010 — ce qui comprend déjà les tours de France, d'Italie, de Murcie et de Catalogne, et qui pourrait bien inclure aussi un autre triomphe à Paris le 24 juillet.

Il s'en trouve en effet très peu pour croire que le «Pistolero» puisse être battu par qui que ce soit à l'heure actuelle. Il y a bien Andy Schleck, plus sérieux prétendant au trône, deux fois deuxième et favori des foules, mais Contador part largement favori de cette 98e édition de la Grande Boucle, 21 étapes et 3439 kilomètres de grandeurs et de douleurs. Départ aujourd'hui.

S'il est devenu végétarien et qu'on ignore la valeur réelle de son palmarès, c'est qu'Alberto Contador a mangé de la viande avariée lors du Tour 2010. Ou voilà du moins l'explication qu'il a fournie aux autorités après un contrôle positif — fait durant le Tour mais dévoilé un mois plus tard — aux traces de clenbutérol, un produit anabolisant conçu pour traiter les bronchites des chevaux de course.

Selon Contador, il s'agit d'un «cas de contamination alimentaire». La faute à un steak frelaté, plus précisément. Le coureur aurait mangé aux soirs du 20 et du 21 juillet 2010 une pièce de viande rapportée d'Espagne par un proche, et qui n'était pas de la plus pure des compositions. D'où les quantités infimes de clenbutérol détectées dans ses urines.

Rappelons pour mémoire que Ben Johnson avait accusé une boisson au ginseng d'être responsable de son test positif au stanozolol en 1988, alors que Floyd Landis (vainqueur déchu du Tour en 2006) a initialement mis sur le compte de quatre verres de whisky l'explosion de son taux de testostérone. Conclusion: boire et manger peut être dangereux.

L'explication de Contador a néanmoins été jugée crédible par la Fédération cycliste espagnole, qui l'a d'abord suspendu pour un an avant de revenir sur sa décision. Sauf que l'Union cycliste internationale (UCI) et l'Agence mondiale antidopage ont fait appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS)... qui ne rendra verdict qu'après la conclusion de l'édition 2011 du Tour. Dans l'attente, Contador jure avoir coupé le problème à la source: il ne mange plus de viande.

Embarras


La situation actuelle est jugée embarrassante par la communauté cycliste. «On reste avec un point d'interrogation que l'on aurait naturellement souhaité ne pas avoir», indiquait cette semaine le directeur du Tour, Christian Prudhomme. «La participation de Contador est gênante, a renchéri la ministre française des Sports, Chantal Jouanno. On aurait aimé que le TAS se prononce dès juin [comme c'était prévu]. Le Tour n'aurait pas eu cette épée de Damoclès au-dessus de lui.»

Le public aussi est embêté. Lors de la présentation des 198 coureurs cette semaine, les 7000 spectateurs rassemblés au parc du Puy du Fou ont sifflé le triple vainqueur. «C'est dommage qu'il soit sifflé, a mentionné un de ses principaux adversaires, Cadel Evans. C'est un grand coureur, le meilleur en ce moment.» Avant d'ajouter: «Est-ce qu'il devrait être là? J'ai mon opinion, mais je la garde pour moi.»

Evans a poliment indiqué vouloir se concentrer «à le battre, ce qui ne sera pas facile». Parce que Contador est un formidable cycliste, ça oui. Impérial en montagne (six étapes de montagne cette année, et trois accidentées), très efficace dans les contre-la-montre (un seul individuel prévu, la veille de l'arrivée à Paris). Son surnom de «Pistolero», il le doit à ses démarrages foudroyants dans les pentes les plus abruptes, quand il scotche sur le bitume des adversaires incapables de prendre sa roue. Le genre de côte qui faisait dire à l'humoriste français Pierre Dac combien il est «idiot de monter une côte à bicyclette quand il suffit de se retourner pour la descendre»...

Contador aura toutefois un nouvel adversaire cette année: la fatigue. Celle accumulée sur le Giro, qu'il a remporté en mai pour la deuxième fois de sa prolifique carrière. «Le Tour d'Italie a été éprouvant, reconnaît celui qui pourrait réaliser le premier doublé Giro-Tour depuis Marco Pantani, en 1998. Ai-je totalement récupéré de mes efforts? Ma condition physique est-elle à la hauteur de mes ambitions?»

Andy Schleck ne sait pas, mais croit en ses chances. «Peut-être que Contador a le moteur pour doubler Giro-Tour, a-t-il dit cette semaine. Mais je ne pense pas que ses coéquipiers l'ont. On verra comment ils seront dans la montagne.»

Première grande discussion dans les Pyrénées le 14 juillet (étape 12), avec une arrivée à Luz-Ardiden. De gros dégâts sont aussi possibles aux étapes 17 et 18, alors que le peloton franchira deux fois le mythique et impitoyable col du Galibier, dans les Alpes. L'arrivée à Galibier Serre-Chevalier sera d'ailleurs la plus haute de l'histoire du Tour, à 2645 mètres d'altitude.

Ce sera l'occasion de célébrer le centenaire de la première ascension de ce col. En 1911, Émile Georget avait été le premier à franchir le Galibier. Et le fondateur du Tour, le journaliste Henri Desgrange, avait ainsi décrit l'événement: «Lorsque Georget passe près de nous, sale, la moustache pleine de morve et des nourritures du dernier contrôle, et le maillot souillé des pourritures du dernier ruisseau où, en nage, il s'est vautré, il nous jette un affreux, mais auguste: "Ça vous en bouche en coin!"»

L'histoire ne dit pas s'il avait mangé de la viande la veille...