Un Super Bowl chargé d'histoire

Le Cowboys Stadium d’Arlington, où sera disputé demain le Super Bowl XLV, a été inauguré en 2009. Coût de la construction: 1,3 milliard. Un toit rétractable (duquel est tombée de la glace hier, blessant six personnes) et le plus gigantesque tableau indicateur de l’univers connu.<br />
Photo: Agence Reuters Brian Snyder Le Cowboys Stadium d’Arlington, où sera disputé demain le Super Bowl XLV, a été inauguré en 2009. Coût de la construction: 1,3 milliard. Un toit rétractable (duquel est tombée de la glace hier, blessant six personnes) et le plus gigantesque tableau indicateur de l’univers connu.

Si la Ligue nationale de football (NFL) avait voulu faire la démonstration de ses racines et de ses traditions, elle n'aurait pu choisir meilleure affiche que celle qu'elle proposera demain soir dans le cadre du Super Bowl XLV. En fait de charge historique, on ne pourrait guère imaginer plus emblématique qu'un choc au sommet entre les Packers de Green Bay et les Steelers de Pittsburgh.

Les Packers ont vu le jour en 1919, avant même la fondation de la NFL, qui ne surviendra que l'année suivante. L'idée venait notamment d'Earl «Curly» Lambeau, qui allait demeurer le patron de l'équipe pendant trois décennies et en l'honneur duquel le stade de Green Bay est nommé. À l'époque, Lambeau travaillait pour l'Indian Packing Company, une entreprise de distribution de viande en conserve, qui lui avait donné 500 $ pour acheter des uniformes et lui prêtait un terrain, en échange de quoi le club devait porter un nom associé à l'entreprise. Les Packers ont jadis connu des ennuis financiers, mais ils sont aujourd'hui la seule formation à but non lucratif dans tout le sport professionnel en Amérique du Nord, propriété de ses partisans-actionnaires qui ne perçoivent jamais de dividendes.

Les Steelers, eux, sont nés en 1933 à l'initiative de l'homme d'affaires Art «The Chief» Rooney (ils s'appelèrent d'abord «Pirates» puis changèrent d'appellation en 1940 en guise de reconnaissance de l'importance de l'industrie de l'acier pour la ville de Pittsburgh). Rooney a par la suite passé les commandes à son fils aîné Dan, qui a fait de même il y a quelques années au bénéfice de son propre fils aîné Art II. Quelques dissensions sont survenues récemment au sein de la famille, mais ce sont toujours les Rooney qui contrôlent l'équipe, et les Steelers ont la réputation d'être l'une des organisations qui traitent le mieux leurs entraîneurs et leurs joueurs.

Les Packers dominent la NFL avec 12 championnats dans leur histoire. Les Steelers comptent le plus de conquêtes du Super Bowl avec six.

Les deux équipes peuvent aussi se targuer de figurer parmi celles qui possèdent le plus grand nombre de supporters hors de leur région d'appartenance. Cela peut s'expliquer ainsi: les Packers avaient déjà connu beaucoup de succès dans les années 1930, mais ils sont revenus à l'avant-plan alors que le football professionnel enregistrait une croissance marquée, allant jusqu'à dépasser en popularité le baseball aux États-Unis, grâce notamment à une collaboration étroite avec la télévision. Green Bay a été couronné cinq fois dans les années 1960 sous les ordres du grand Vince Lombardi, et le trophée remis aux champions du Super Bowl porte son légendaire nom.

Les Steelers, pour leur part, ont mis 40 ans à s'imposer, mais quand ils l'ont fait, ce fut du sérieux. L'entraîneur-chef Chuck Noll, arrivé en 1969, avait décidé de bâtir l'équipe avec des choix au repêchage et il n'a pas raté son coup. Sa puissante formation, menée par les Terry Bradshaw, Franco Harris, Lynn Swann, «Mean» Joe Greene et Jack Lambert, devait survoler les années 1970 et remporter quatre matchs du Super Bowl en six ans. De quoi se faire des légions de fans.

Et les Packers ont une autre raison de se faire aimer. Représentant une ville d'à peine 100 000 habitants, ils constituent une aberration dans le paysage sportif nord-américain. S'ils ont pu survivre au fil du temps, ils peuvent remercier le système «socialiste» mis en place il y a une cinquantaine d'années par le commissaire de la NFL, Pete Rozelle, qui prévoit un partage intégral des revenus de la ligue. Plusieurs amateurs aiment bien appuyer un petit qui peut tenir tête aux grands...

Alors que le dernier titre des Packers remonte à 1997, les Steelers pourront prétendre au statut de «quasi-dynastie» s'ils gagnent demain. Il s'agirait de leur troisième championnat en six ans, étant sortis vainqueurs au terme des saisons 2005 et 2008.

Mais si le match a son poids historique — bien qu'âgés respectivement de 91 et 77 ans, les deux clubs, rappels que le football professionnel a grandi dans les villes industrielles du Midwest, ne se sont jamais rencontrés en éliminatoires — et s'il est vrai que Packers et Steelers pratiquent un style de jeu «à l'ancienne», axé sur la défensive, le cadre où il sera présenté est, lui, radicalement moderne. Le Cowboys Stadium d'Arlington, situé près de Dallas et dont les gradins pourraient accueillir tous les résidants de Green Bay (!), a été inauguré en 2009. Coût de la construction: 1,3 milliard. Un toit rétractable (duquel est tombée de la glace hier, blessant six personnes) et le plus gigantesque tableau indicateur de l'univers connu. Le propriétaire des Cowboys, le flamboyant Jerry Jones, espérait bien que son équipe deviendrait la première de l'histoire à disputer un Super Bowl à la maison, mais les Boys se sont lamentablement écroulés cette saison.

Contexte très moderne aussi. Ce match pourrait être le dernier avant un bon bout de temps, puisque la convention collective liant propriétaires et joueurs vient à échéance le mois prochain et qu'il n'y a aucun règlement en vue, loin de là. La perspective d'un lock-out menace sérieusement la campagne 2011.

Les Packers ont dû remporter trois matchs à l'étranger en éliminatoires pour accéder au Super Bowl XLV, les Steelers deux à domicile. Alors, Tomlin ou McCarthy? LeBeau ou Capers, les deux génies de la défense 3-4? Roethlisberger ou Rodgers? Harrison ou Matthews? On devrait avoir droit à une sacrée bataille sur le terrain. One for the ages, comme ils disent là-bas. Avant l'autre, à la table de négo...
1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 5 février 2011 12 h 25

    Pour les Packers !

    Je ne connais rien au football, ou si peu, mais j'ai déjà résidé au Wisconsin, l'État des Packers, au coeur du Mid-Ouest et j'ai attrapé la fièvre des Packers, qui ressemble à s'y méprendre à la fièvre pour le Canadien à Montréal.