La candidature de Québec pour les Jeux d'hiver - Sur une pente dangereuse

La FIFA estime qu’il n’est pas possible de tenir les compétitions de ski des Jeux olympiques sur le Massif.<br />
Photo: Source Le Massif La FIFA estime qu’il n’est pas possible de tenir les compétitions de ski des Jeux olympiques sur le Massif.

Québec — On a tendance à l'oublier, mais le maire de Québec n'est pas le seul politicien à s'être commis dans le dossier olympique. Dès le départ, le gouvernement Charest s'est saisi du dossier et en a fait son cheval de bataille.

«Il n'y a pas une ville au monde qui est mieux placée pour recevoir les Jeux olympiques d'hiver que la ville de Québec.» La citation n'est pas du maire Labeaume, mais du premier ministre Charest pendant la campagne électorale de novembre 2008.

Il y a un an presque jour pour jour, l'homme d'affaires Claude Rousseau dévoilait au complexe G la composition d'Équipe Québec, un regroupement d'une quinzaine de leaders du milieu des sports, du spectacle et des affaires qui allaient l'assister dans le dossier olympique.

La salle était pleine d'athlètes et de politiciens. De l'homme d'affaires Jacques Tanguay à Daniel Gélinas, du Festival d'été, en passant par la présidente de la Chambre de commerce, on avait fait en sorte de n'oublier personne au comité.

Retenu par une réunion dite importante, le maire de Québec brillait par son absence et c'est le ministre responsable de la région, Sam Hamad, qui répondait aux questions. Dans ce dossier, ce serait lui, le patron. «M. Hamad a fait un travail extraordinaire pour que l'ensemble du gouvernement soit mobilisé derrière l'équipe s'occupant du projet», a souligné M. Rousseau avant de dire que le maire Labeaume avait «aussi» posé un geste concret en réservant des sommes pour le projet dans son programme triennal d'immobilisations.

Dans un texte publié la fin de semaine suivante, le chroniqueur Gilbert Lavoie avançait que les libéraux avaient voulu tasser le maire pour pousser leur homme, Claude Rousseau. «En lançant Équipe Québec, les libéraux se sont approprié le projet», écrivait-il.

Depuis, les journalistes qui veulent des informations sur le dossier olympique se font presque toujours répondre par le maire «d'appeler Claude Rousseau». Régis Labeaume n'a jamais caché que sa priorité était l'amphithéâtre. Si une candidature olympique peut faciliter le financement du nouveau Colisée, tant mieux.

Ces derniers mois, les politiciens des trois ordres de gouvernement ont cherché à imposer l'idée que l'amphithéâtre était une priorité en soi, indépendamment du hockey et des Jeux. Mais la fameuse photo des élus conservateurs vêtus du chandail des Nordiques a changé la donne.

Retenu en mission alors que la polémique faisait le tour du Canada, le maire s'est senti obligé d'être franc à son retour quant aux véritables objectifs du Colisée. «Quand on est revenus à la rentrée en août, on a parlé plus de hockey parce que, à un moment donné, il fallait être transparents. Ça ne donne rien de se mentir à nous autres. On parlait des Olympiques et on ne parlait jamais de hockey. C'était aussi malhonnête quelque part; il fallait parler de hockey.»

Très déterminé sur la question du hockey, le maire s'est souvent montré beaucoup plus prudent dans le dossier olympique. Lors d'une mission en Suisse en octobre, il n'a pas caché son scepticisme à propos des Jeux. «Si on n'est pas sûrs qu'on est crédibles, on n'ira pas», disait-il.

À propos de la pente de ski du Massif de Petite-Rivière-Saint-François, il avait été formel. Sans la montagne, pas de projet. Pas question non plus d'envisager une candidature avec les Chics-Chocs ou la ville américaine de Lake Placid. «Je ne m'en irai pas au CIO [Comité international olympique] en disant que la compétition principale se fera dans un autre pays.» La population de Québec avait déjà été rebutée deux fois en vue de 2002 et de 2010, on ne lui ferait pas subir un troisième affront.

Lorsque la Fédération internationale de ski a annoncé cette semaine que la montagne n'était pas à la hauteur, le maire de Québec s'est emmuré dans un rare silence dont il est finalement sorti pour vanter les mérites de la «sobriété». «Je vais laisser Claude [Rousseau] faire son travail et la sobriété, en ce moment, c'est la meilleure attitude, a-t-il dit. Il y a tellement de choses là-dedans qui tombent dans l'irrationnel, dont on met le bouton émotion à "off" [sic].» Lorsqu'on lui a demandé si le dossier olympique n'était pas, de toute façon, le dossier du ministre Hamad et du gouvernement Charest, il a répondu que ce n'était pas le cas et a ajouté ceci: «Quand le premier ministre décide qu'il veut les Olympiques, c'est tout à notre avantage. Bravo! C'est bien mieux, d'ailleurs, d'avoir une Équipe Québec formée par le gouvernement que par la Ville. Le premier ministre veut continuer, Mme Marois veut continuer; alors, parfait. Moi, j'emmagasine ça et, à un moment donné, on prendra nos décisions.»

La veille, le placide Sam Hamad s'était montré moins sobre. «Moi, personnellement, je ne lâcherai pas le morceau comme ça», a-t-il dit aux journalistes, qu'il a laissés quelques minutes plus tard en disant: «On ne lâche pas.»

À défaut de savoir si le projet olympique aboutira un jour, le moins qu'on puisse dire, c'est que ces politiciens ont fait preuve d'un rare esprit d'équipe jusqu'à présent dans ce dossier. Reste à savoir comment cela évoluera au fil des bonnes ou mauvaises nouvelles à venir.

La prochaine étape? Claude Rousseau doit remettre au ministre Hamad son rapport sur la montagne, lequel inclut les conclusions de la FIS (qui n'avait remis cette semaine qu'une évaluation de la piste... en allemand). Même si M. Rousseau a promis de remettre le document d'ici Noël, MM. Hamad et Labeaume se sont entendus pour faire le point sur les Olympiques en janvier. Une précaution qui pourrait permettre au maire de Québec d'obtenir les fonds pour l'amphithéâtre avant. Jeudi, il a de nouveau demandé à Stephen Harper de lui livrer un beau cadeau de fin d'année. «J'espère toujours pour le 31 [décembre] et c'est encore possible, honnêtement, a-t-il dit. Moi, si j'étais une entreprise, j'aimerais annoncer ça avant le jour de l'An.»
8 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 18 décembre 2010 07 h 16

    A quand l'arrivée du PQ dans le dossier?

    Le plus gros handicap de Québec 2022 ce n'est pas la montagne mais Vancouver 2010. Le Canada ne va pas obtenir les JO deux fois en 12 ans, 3 fois en 34 ans.
    L'indépendance du Québec tasserait le Canada du décor et permettrait de commencer à zéro.Est-ce que quelqu'un pourrait expliquer ça à Pauline? Surtout que c'est dans son comté!

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 18 décembre 2010 08 h 19

    A-t-on vraiment besoin d'une nouvelle source d'endettement?

    Le ministre des finances du Québec nous rappelle sans cesse que, individuellement et collectivement, nous nous endettons beaucoup trop.
    Le ministre des finances du Canada juge que l'endettement individuel et collectif a atteint un niveau très critique.
    Pourtant, à Québec, M. Charest est fin prêt à ignorer les exhortations de ces deux ministres pour nous lancer dans une entreprise déficitaire assurée comme un amphithéâtre pour le hockey et les jeux olympiques.
    Alors qui croire? M. Bachand ou M. Charest ? À la réflexion, j'aime mieux croire M. Charest et je vais continuer allègrement à m'endetter.

  • jpz - Abonné 18 décembre 2010 10 h 02

    Il faut bien ëtre réaliste.

    Je suis skieur expert, j'ai skié les pistes de descentes approuvées FIS, comme la Bellevarde à Val d'Isère, la piste de "downhill" de Whistler et celle de Whiteface.
    Toutes ces pistes ont 900 m de dénivelé et surtout des pentes extrêmes pouvant fournir un défi aux champions de tous les pays inscrits.
    Ceux qui ont skier "non stop" la Charlevoix, au Massif, quand elle ouverte aux public savent que ça prend des genoux, des jambes et du courage pour affronter le mur... à pleine vitesse. Mais il manque 123 mètres à ce cap Maillard. Cette piste est homologuée FIS pour le slalom géant des hommes et des femmes et bien reconnue pour la qualité de ses défis dès la pyramide du départ.
    Tenter de demander d'accepter la montagne à Ligori comme montagne de descente FIS des hommes sur le simple motif que cette colline à plus de 800 m de dénivelé c'est demander un nivellement vers la facilité comme diminuer les normes d'un DES. Plus de la moitié de la longueur n'est même pas une piste losange noire est ouverte au skieurs intermédiaires.

    Et même si le Mont Albert, où on monte à pieds, a les qualifications requises je ne pense pas que l'on doive dépenser plusieurs dizaines de M$ pour construire des installations qui risquent d'être inutilisées dès le lendemain des jeux faute de skieurs pour assurés l'opération rentable.

    Pas avant 2034, et probablement avec lake Placid serait plus réaliste !

  • BernardP - Inscrit 18 décembre 2010 17 h 11

    Toujours la même histoire

    jpz a bien raison. Pour la petite histoire, Tout le projet du Massif a démarré dans les années soixante-dix avec l'idée d'une piste de descente sur la Montagne à Liguori. Même à cette époque, la FIS tenait le discours qu'elle tient aujourd'hui: oui, avec un léger rehaussement, la Montagne à Liguori permet l'aménagement d'une piste de descente qui rencontre les conditions minimales. mais elle n'est pas de niveau olympique.

    C'était la même réponse en 1994, pour Québec 2002, et c'est évidemment la même réponse aujourd'hui. La topographie demeure la même, alors que le niveau technique des compétiteurs augmente sans cesse.

    Ce n'est pas une question de volonté, d'attitude positive ou d'avoir un promoteur dynamique. Le Mont à Liguori ne convient pas, peu importe le nombre de fois qu'on le regarde.

    Il n'y a pas non plus de solution avec le Cap Maillard. Le rehaussement virtuel de 123 mètres du Cap Maillard, qui faisait partie de la candidature de Québec 2002, a contribué à la déconfiture alors vécue. 123 mètres, c'est l'Édifice Marie-Guyart (Complexe G) à Québec.

    Pour Québec, c'est une association avec Lake Placid, ou rien. En plus de la descente masculine, on pourrait également confier à cette ville les compétitions de bobsleigh, luge et saut nordique, qui nécessitent des installations de type "éléphant blanc" que Lake Placid possède déjà.

    De plus, une entente avec Lake Placid mettrait les États-Unis de notre côté.

  • Pierre-E. Paradis - Inscrit 18 décembre 2010 18 h 33

    Pour Lake Placid

    Je ne vois pas pourquoi ce serait si compliqué de faire un partenariat avec Lake Placid. Je trouve que le maire Labeaume a écarté l'option assez vite.

    Quelques compétitions de ski, quelques joutes de hockey pour l'équipe américaine... On aurait effectivement beaucoup d'appuis au sud de la frontière. Le tout à 30 minutes d'avion, 4 heures de route du site principal. Pas de quoi manquer les cérémonies.

    Ceux qui sont assez vieux pour se souvenir des performances éclatantes de Gaétan Boucher sur un anneau de glace extérieur, ainsi que du «Miracle on Ice» éprouvent un sentiment d'attachement pour ces JO de 1980, très réussis malgré des moyens modestes.