Trente-deux appelés de partout sur la planète, qui sera l'élu?

GROUPE A

Le sélectionneur de l'Afrique du Sud, Carlos Alberto Parreira, a tenu des propos contradictoires ces derniers temps. «Nous n'avons pas peur», a-t-il dit, tout en indiquant que le fait de franchir le tour préliminaire, ce que tous les pays hôtes ont réussi dans l'histoire de la Coupe du monde, équivaudrait pour son équipe à «escalader le mont Everest».

Parmi les 32 nations participantes, les Bafana Bafana sont avant-derniers au classement de la FIFA et, s'ils ont l'avantage du terrain, ils doivent aussi endurer la pression qui vient avec lui. En tant que tête de série, ils auraient été en droit d'espérer un tirage au sort plus favorable, car ils font face à des adversaires aguerris, à commencer par la France, dont il faut cependant rappeler qu'elle s'est qualifiée in extremis par les bons soins de la désormais célèbre main gauche de Thierry Henry. Les Bleus sont capables du meilleur et du pire, et les tactiques de l'entraîneur Raymond Domenech essuient la critique plus souvent qu'à leur tour.

Comme toujours, le Mexique entretient de grandes aspirations, même s'il a l'habitude de faire ses valises tôt dans le tournoi. Les espoirs d'El Tri reposent sur l'avènement d'une jeune génération de joueurs extrêmement talentueuse, surtout en milieu de terrain, mais il reste à voir comment ceux-ci sauront marier leur jeu à celui de vétérans comme Cuauhtemoc Blanco, dont la forme pose problème, et comment on se débrouillera devant le filet.

Reste l'Uruguay, dont le style sans compromis offre une belle intensité, mais verse souvent dans l'indiscipline. Comme disait le gars de Sports Illustrated, les joueurs uruguayens voient dans le cours d'un match plus de jaune et de rouge qu'un chauffeur de taxi à Manhattan. Les qualifiés du groupe A risquent d'en sortir passablement essoufflés.

GROUPE B

L'Argentine possède le meilleur joueur au monde en l'attaquant Lionel Messi, et elle possède un ancien meilleur joueur au monde en l'entraîneur-chef Diego Maradona. Cette équipe déborde de talent malgré une qualification difficile, mais ce sont surtout les lubies, le comportement erratique et les déclarations à l'emporte-pièce du coach qui défraient la chronique. Saura-t-elle garder la concentration nécessaire sur la plus grande scène du monde?

En tout cas, les Albiceleste se retrouvent en pays connu. Ils étaient dans le même groupe que le Nigeria à la Coupe du monde de 1994, et ils l'ont vaincu en finale de l'U20 en 2005 et pour la médaille d'or aux Jeux olympiques de Pékin en 2008. Habituellement portés sur l'attaque, les Super Eagles se sont repliés ces derniers temps, ce qui ne fait pas l'affaire des fans qui veulent voir un soccer tous azimuts, même si ce n'est pas toujours efficace. Ils apparaissent comme l'une des puissances de l'Afrique, mais la perte du milieu de terrain John Obi Mikel sur blessure pourrait leur être dévastatrice.

Et donner une chance de se faufiler à la Corée du Sud, qui pratique toujours le soccer tout en rapidité qui lui a permis de décrocher une septième qualification consécutive, mais qui se révèle rarement suffisant dès qu'elle sort de la zone Asie ou qu'elle ne joue pas chez elle, comme ç'avait été le cas lors d'une percée jusqu'aux demi-finales en 2002.

Ou encore à la Grèce. Le sélectionneur allemand Otto Rehhagel est toujours là, lui qui avait conduit les siens à une très étonnante conquête de l'Euro en 2004. Rehhagel est un apôtre du verrou défensif et de l'attente des occasions pour la contre-attaque. En tout cas, les attentes ne paraissent pas énormes cette fois-ci. «Notre but était de nous qualifier et nous l'avons fait, a dit le défenseur Giourkas Seitaridis. Nous ne figurons pas parmi les favoris, il n'y a donc pas de stress.»


GROUPE C

Depuis sa mythique conquête du titre à domicile en 1966, l'Angleterre désespère d'assister à une nouvelle réussite. Son équipe figure toujours parmi les meilleures de la planète, mais elle semble toujours se heurter à un mur en quarts de finale, de préférence aux tirs de barrage. Cette fois, elle peut s'autoriser à voir gros, alors que l'attaquant Wayne Rooney est au sommet de son art après une saison phénoménale et que l'entraîneur italien Fabio Capello, embauché à fort prix, est aux commandes. Reste à voir si les péripéties hors terrain, comme la torride histoire de couchette qui a forcé John Terry à abandonner son titre de capitaine, affecteront son mental.

Les États-Unis attendent aussi une percée depuis quelque temps. Elle s'est peut-être amorcée l'an dernier avec une victoire-surprise contre l'Espagne en Coupe des confédérations. Mais l'équipe doit composer avec des blessures chez des joueurs clés.

Ces deux clubs sont favoris pour passer au tour suivant, mais ils devront se méfier de l'Algérie, une formation énigmatique qui a enchaîné d'énormes succès et de cuisantes défaites ces derniers mois. Le sélectionneur Rabah Saadane a résumé ainsi l'état d'esprit de ses troupes: «Nous espérons pour le mieux...»

De l'Algérie, mais aussi de la Slovénie, une équipe qui compte peu de joueurs connus sur la scène internationale mais dont le style de jeu compact, fondé sur une discipline de tous les instants et la cohésion en défense — ils n'ont accordé que quatre buts en dix matchs pendant les qualifications —, peut faire s'impatienter la plus aguerrie des unités offensives.


GROUPE D

La boutade qui veut que le soccer soit un sport qui se joue à onze contre onze et l'Allemagne qui gagne à la fin pourrait être malmenée en Afrique du Sud. Certes, la Mannschaft trouve souvent le moyen d'offrir un rendement qui dépasse les attentes, comme elle l'a fait en atteignant la finale de l'Euro 2008, mais les circonstances jouent cette fois contre elle. En novembre dernier, son gardien titulaire Robert Enke s'est suicidé, et elle a depuis appris que son capitaine, le milieu de terrain Michael Ballack, sera absent, blessé à une cheville.

C'est donc une sélection plus fragile qu'à l'accoutumée qui se produira dans ce qui apparaît comme le plus équilibré des groupes. La Serbie a rapatrié depuis l'Espagne l'entraîneur Radomir Antic, qui a inculqué un nouveau style de jeu à l'équipe nationale. Les Serbes pouvaient déjà compter sur celui que plusieurs considèrent comme le meilleur défenseur au monde en Nemanja Vidic, les voici désormais menaçants en attaque.

L'Australie n'a pas oublié la rebuffade de 2006, lorsqu'elle avait perdu sur un penalty controversé en fin de prolongation son match de la ronde des 16 contre l'Italie. Ayant rejoint la zone Asie où l'opposition est plus relevée qu'en Océanie, et ayant quand même terminé en tête des qualifications, les Socceroos se distinguent par leur cohésion et leur coeur à l'ouvrage.

En temps normal, le Ghana, probablement au deuxième ou au troisième rang des meilleures équipes d'Afrique, serait considéré comme un candidat parfait à la percée-surprise grâce à l'avantage du continent. Un club jeune, dont plusieurs membres faisaient partie de la formation championne de la Coupe du monde U20 en 2009. Mais la perte de son leader, le milieu Michael Essien, blessé à un genou, est considérable. Il ne sera pas facile aux Black Stars de s'imposer.


GROUPE E

Le «football total» qui avait naguère fait la gloire des Pays-Bas est-il de retour? En tout cas, si l'on se fie à leur récent parcours — victoires convaincantes face à l'Italie et à la France à l'Euro 2008 avant de trébucher contre la Russie, survol des dernières qualifications avec aucune défaite ni match nul —, les Oranje traversent une période faste. Mais une attaque innovatrice et explosive, menée par Robin van Persie, cache peut-être une défense et un gardien suspects, ce qui pourrait être coûteux à long terme. Et la participation du milieu de terrain vedette Arjen Robben demeure incertaine.

Le Danemark affectionne aussi l'aspect offensif des choses, et s'il est moins rapide collectivement que les Néerlandais, il possède davantage d'expérience. Personne ne le voyait en Afrique du Sud après qu'il eut raté les rendez-vous de 2006 et 2008, mais grâce à un jeu serré et discipliné, il a su tirer les marrons du feu en qualifs devant le Portugal et la Suède, en principe supérieurs. Question de discipline, il sera intéressant de surveiller le bouillant milieu Christian Poulsen, réputé pour ses frasques sur le terrain.

Le surveiller, surtout, contre le Cameroun, dont les milieux de terrain constituent la force et jouent avec abandon. Le succès des Lions indomptables dépendra d'ailleurs largement de leur capacité à alimenter le capitaine et attaquant étoile Samuel Eto'o. Les Camerounais ont encore en mémoire leur folle poussée jusqu'aux quarts de finale de la Coupe du monde de 1990, mais ils n'ont rien fait qui vaille depuis.

L'entraîneur du Japon Takeshi Okada a frappé fort en prédisant que son équipe accédera au carré d'as, mais il y a loin de la coupe, sans jeu de mots, aux lèvres. Les Samouraïs bleus pratiquent un style tout en vitesse et en finesse, mais ils devront composer avec des adversaires plus imposants qu'eux.


GROUPE F

L'Italie est la tenante du titre, et l'entraîneur Marcello Lippi a choisi de ne pas modifier outre mesure une formule gagnante. Cela donne une tonne d'expérience, mais en même temps une brigade vieillissante, dont plusieurs des visages connus ont atteint la trentaine. La Squadra Azzurra a l'habitude d'arriver là où on ne l'attend pas — les deux dernières Coupes du monde en ont fourni la preuve chacune à leur manière —, mais elle devrait se plaire, elle qui compte sur le meilleur gardien de but au monde en Gianluigi Buffon, dans un groupe aux accents défensifs.

Le Paraguay s'est fort bien comporté dans les qualifications sud-américaines, s'offrant même le luxe de vaincre le Brésil et l'Argentine en cours de route et terminant à un petit point de la tête. L'Albirroja préconise un jeu serré, mais elle conserve du potentiel en attaque du côté de Roque Santa Cruz. Les joueurs ont dédié leur tournoi à l'un de leurs coéquipiers, l'attaquant Salvador Cabanas, blessé d'un coup de feu à la tête dans une boîte de nuit de Mexico en janvier dernier.

À sa première apparition au Mondial, la Slovaquie peut aussi se montrer explosive, bien qu'elle montre une tendance au repli, surtout lorsqu'elle arrive à prendre les devants. À surveiller, notamment, le milieu de terrain Vladimir Weiss, qui est le fils du sélectionneur national du même nom et dont la rapidité fait tourner bien des têtes.

Nombreux sont ceux qui soutiennent que la Nouvelle-Zélande n'a pas d'affaire là. Les All Whites (clin d'oeil aux All Blacks de rugby) se sont qualifiés en affrontant dans la zone Océanie ces puissances de soccer que sont la Nouvelle-Calédonie, les îles Fidji et Vanuatu, puis le Bahreïn en barrage. Les mauvaises langues disent que l'objectif des Néo-Zélandais en Afrique du Sud ne sera pas de gagner un match, ni même de livrer une nulle, mais de marquer un but.


GROUPE G

Les experts se sont entendus pour désigner le G comme le groupe de la mort, et ceux qui en sortiront vivants pourraient le faire amochés.

Sous la férule de son ancien capitaine devenu entraîneur-chef Dunga, l'équipe du Brésil a embrassé un nouveau style, plus défensif, plus discipliné, moins samba. Cela n'a pas plu à tout le monde dans un pays où la victoire importe moins que la façon dont on tente de l'obtenir. Mais quelle que soit la manière, la Seleçao doit toujours être considérée comme le club à battre avec son réservoir presque ridicule de talent. Kaka, Robinho, Julio Cesar...

Demi-finaliste en 2006, le Portugal ne se satisferait sans doute pas de moins qu'une nouvelle accession au carré d'as. L'équipe a connu des qualifications difficiles pendant lesquelles elle a marqué trop peu de buts, mais elle occupe quand même toujours le troisième rang mondial. Ennuyé par une blessure à la cheville, l'attaquant étoile Cristiano Ronaldo, le joueur le mieux payé de la planète, a connu une saison ordinaire, et il devra rebondir.

Réputée meilleure équipe de son continent, la Côte d'Ivoire compte plusieurs joueurs de premier plan dans des ligues d'élite en Europe, et elle représente la candidate idéale pour ceux qui, comme le grand Pelé, rêvent de voir la Coupe du monde aboutir en Afrique. Le sélectionneur Sven-Gören Eriksson, qui n'a rien cassé à la tête de l'Angleterre, est-il l'homme de la situation? Chose certaine, la perte de l'attaquant Didier Drogba, si elle s'avère, aurait des conséquences épouvantables.

Et qui peut vraiment prétendre connaître la Corée du Nord? À ce qu'en rapportent ceux qui l'ont vue en qualifs, elle pratique un style plutôt défensif et favorise la contre-attaque. Et ses joueurs seront motivés à offrir un bon rendement à la seule perspective d'avoir à rendre des comptes à Kim Jong-il...


GROUPE H

À l'exception du Brésil, s'il y a un pays qui dispose de tous les éléments nécessaires pour aller jusqu'au bout, c'est l'Espagne. La Furia Roja regorge de talent à toutes les positions, de l'attaquant Fernando Torres au gardien Iker Casillas en passant par les milieux Xavi et Xabi Alonso, mais surtout, en remportant l'Euro 2008, elle a enfin fait taire les critiques qui la disaient incapable de gagner les gros matchs. Elle a survolé les qualifications avec une fiche de 10-0-0, et il lui appartient maintenant de passer à la prochaine étape, l'ultime. Tout dénouement autre qu'un championnat du monde sera considéré comme un échec.

Après que de sérieux problèmes internes eurent secoué l'équipe du Chili en 2007, on a embauché l'entraîneur argentin Marcelo Bielsa, qui, bien que surnommé «El Loco» pour son comportement excentrique, a remis de l'ordre dans la baraque. Résultat: la Roja s'est superbement redressée, et a terminé un point seulement derrière le Brésil dans les qualifications. Elle s'amène en Afrique du Sud avec une attaque redoutable, mais des lacunes en défense.

Tout le contraire de la Suisse, qui fait dans le jeu tactique et a coutume de présenter un verrou défensif fort efficace, alors qu'il lui arrive de traverser de longues séquences sans atteindre le fond du filet. Une bonne part du succès reposera sur les épaules du grand attaquant et capitaine Alexander Frei, qui se remet d'une fracture à un bras, et de milieux de terrain prometteurs.

Le Honduras s'est qualifié à la toute dernière minute, gracieuseté d'un but marqué dans les arrêts de jeu par les États-Unis contre le Costa Rica. Ses joueurs savent qu'ils font partie des négligés de la compétition et que ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose puisque l'adversaire peut être porté à baisser la garde. Los Catrachos préconisent du soccer rapide fondé sur l'attaque, et ils n'ont rien à perdre dans ce tournoi.