Jasey Jay Anderson, enfin!

 Jasey Jay Anderson aura eu besoin de 14 ans avant de connaître la consécration olympique. Mais à le voir rayonnant sur le podium, nul doute qu'il ne regrette pas d'avoir persévéré pendant toutes ces années.

Pour son dernier rendez-vous olympique, devant les siens en plus, le planchiste de Mont-Tremblant n'a pas raté son coup cette fois. Il a décroché, avec panache, la médaille d'or du slalom géant parallèle, la 12e du Canada depuis le début des Jeux, samedi, à Cypress Mountain.
 
«Je suis soulagé, s'est exclamé Anderson, quelques instants après la cérémonie des médailles. On ne peut pas baser sa vie, sa carrière sur une médaille. Ce n'aurait pas été la fin du monde si elle m'avait échappé une fois encore. Je commençais à y être habitué. Mais je suis heureux de l'avoir fait ici à la maison, que mes enfants _ Jora 4 ans et Jy 3 ans _ aient pu en être témoins de leurs propres yeux. J'espère qu'elles pourront se rappeler le jour où leur père a réalisé ses rêves.»

Retour extraordinaire
Sa conjointe, Manon Morin, ses deux filles et plusieurs autres membres de sa famille ont été le rejoindre pour la cérémonie des médailles.
 
Pour se hisser sur la plus haute marche du podium, Anderson a dû combler un déficit de 76 centièmes de seconde à l'issue de la première manche en finale. Il a finalement devancé le solide Autrichien Benjamin Karl par 35 centièmes de seconde.
 
«J'étais déjà content d'avoir une médaille. Je n'avais donc rien à perdre, a-t-il révélé. J'ai toujours aimé avoir un déficit à surmonter car c'est dans ces circonstances que ma concentration est la meilleure. Quand je n'ai pas un défi concret, c'est là que j'ai fait des erreurs.»
 
Karl n'est pourtant pas le dernier venu, lui qui domine le classement de la Coupe du monde avec six podiums, dont deux victoires, en sept épreuves cette saison.

«J'ai fait une petite erreur et c'est tout ce que Jasey Jay avait besoin, a commenté Karl. Cette médaille me procure une satisfaction incroyable. J'ai 24 ans seulement et j'ai déjà une médaille olympique. Jasey m'a dit, 'maintenant tu peux gagner les prochains Jeux olympiques'. Nous perdons un gros morceau. Il me manquera.»

Le Français Mathieu Bozzetto, médaillé de bronze, a également salué la victoire d'Anderson, qui est très apprécié de tous les concurrents.
 
«Je suis hyper content pour Jasey Jay, a dit Bozzetto, qui s'est souvent révélé la bête noire du Canadien sur le circuit de la Coupe du monde. C'est quelqu'un qui a beaucoup travaillé pour ça et il le mérite. Il a un vrai mental de vainqueur.»
 
Carrière exceptionnelle

Ce triomphe vient couronner une carrière exceptionnelle pour le planchiste de 34 ans. Au fil des ans, Anderson avait tout gagné... sauf une médaille olympique. Son meilleur résultat précédent aux Jeux demeurait une cinquième place en snowboard cross à Turin en 2006.
Il compte 26 victoires et 59 podiums sur le circuit de la Coupe du monde, quatre titres de champion du monde et quatre globes de cristal décernés au champion de la Coupe du monde (2001-2004).
 
Les Ontariens Matthew Morison et Michael Lambert ont franchi les qualifications avant de subir l'élimination en huitièmes de finale. Ils ont terminé 11e et 12e, respectivement.
Anderson avait pourtant donné la frousse à ses supporteurs dans les rondes de qualifications, en matinée. Il avait connu une mauvaise première manche qui l'a relégué au 19e rang.
 
Comme seuls les 16 premiers passaient aux rondes finales, il lui a fallu se ressaisir à sa deuxième descente, ce qu'il a fait avec le quatrième chrono. Il s'est finalement classé 10e de cette première étape.
 
«J'ai une mémoire de poisson, je ne m'en rappelle déjà plus», a-t-il répondu en riant quand on lui a demandé s'il s'était fait une frayeur.
 
«Oui, c'était épeurant, a-t-il ensuite reconnu. J'ai connu une bonne première descente jusqu'à ce je fasse une erreur. Ca fait cinq jours que je n'étais pas monté sur ma planche. Il fallait que je me réchauffe. L'erreur m'a appris beaucoup pour le reste de la journée.»
 
Météo exécrable

Il fallait vraiment être un passionné de surf des neiges pour assister à cette compétition. La pluie qui n'a presque jamais cessé pendant la journée n'a pas refroidi l'enthousiasme des amateurs, qui n'ont cessé d'encourager les planchistes. On notait dans les gradins plusieurs membres de l'équipe canadienne, dont les médaillés olympiques Maëlle Ricker et Mike Robertson.
 
Pendant les finales, le brouillard a parfois rendu la visibilité nulle tant pour les concurrents que pour les spectateurs. Le champion olympique a d'ailleurs eu une pensée pour les spectateurs.
 
«Ils ont été fantastiques. Une journée comme ça, ce n'est pas pour être dehors.»
 
Anderson a toutefois l'habitude de ces conditions extrêmes. En 2005, il avait remporté remporté deux titres de champions du monde sous une pluie glaciale à Whistler. La course de samedi n'était pas sans lui rappeler cet épisode.
 
«Il fallait être 'tough' dans sa tête et surmonter le défi.»