La chef de mission canadienne baisse pavillon

Nathalie Lambert (à droite) et la patineuse Clara Hugues, quelques jours avant les Jeux.
Photo: Agence Reuters Andy Clark Nathalie Lambert (à droite) et la patineuse Clara Hugues, quelques jours avant les Jeux.

N'en déplaise à Marcel Aubut, la chef de mission de l'équipe canadienne, Nathalie Lambert, a relégué aux oubliettes l'objectif de voir les Canadiens en tête du tableau des médailles des Jeux olympiques de Vancouver.

L'ancienne patineuse de vitesse a d'ores et déjà accordé la victoire aux États-Unis. «Est-ce qu'on va battre les Américains? Honnêtement, je ne pense pas. On a échappé plusieurs [médailles] au cours des derniers jours. [...] Les Américains ont de très, très bonnes chances de terminer premiers», a-t-elle indiqué à Radio-Canada ce week-end.

Mais, même si le Canada traîne la patte au classement des médailles à une semaine de la fin des Jeux de Vancouver, ne comptez pas sur Marcel Aubut pour revoir l'objectif de son équipe à la baisse ou encore revenir sur ses paroles.

Le président désigné du Comité olympique canadien (COC), qui entrera officiellement en fonction en avril prochain, n'avait quant à lui rien perdu de sa superbe, hier matin, alors que le COC tenait sa conférence de presse pour faire le bilan à mi-chemin des Jeux. Et ce, même si l'équipe canadienne a été largement éclipsée par les Américains lors de la première semaine des Jeux.

À la veille de la cérémonie d'ouverture, M. Aubut avait lancé sur un ton plein d'assurance: «Ces Jeux, ce sont les nôtres et on va gagner le podium.»

Avec le recul, il ne regrette pas du tout cet excès d'enthousiasme. «Au contraire, c'est fini le temps de la gêne et de dire qu'on ne vise pas la première place, qu'on ne veut pas gagner. Vous êtes mieux de vous y habituer, a-t-il répondu aux journalistes. Nous avons réuni la meilleure équipe et nous sommes mieux préparés que jamais. À mi-chemin, ne vous attendez pas à ce qu'on révise notre objectif même si nous savons que ce sera difficile à atteindre.»

Se voulant réaliste, Nathalie Lambert nourrit, elle, l'espoir de voir les athlètes canadiens récolter autant de médailles qu'aux Jeux olympiques de Turin, en 2006. «Il reste quand même la moitié des Jeux. Il reste de grands athlètes à venir, avec de grands espoirs. Je crois sincèrement que nous sommes capables de faire semblable ou même mieux que ce qu'on a fait à Turin, ce sera un pas avant pour le sport amateur canadien», a-t-elle affirmé. Le Canada a terminé les Jeux de Turin avec 24 médailles, un record aux Jeux d'hiver. L'Allemagne avait dominé avec un total de 29 médailles, dont 11 d'or.

Au terme des dix premiers jours des Jeux de Vancouver, les États-Unis ont fait un tabac avec une récolte de 24 médailles, dont 7 d'or. Le Canada se contente du quatrième rang avec neuf médailles, à égalité avec la Corée du Sud.

Quelque 117 millions de dollars ont été dépensés au cours des cinq dernières années, par l'entremise du programme À nous le podium, pour atteindre l'objectif de terminer au premier rang des médailles.

Nathalie Lambert a souligné que le Canada, que ce soit aux Jeux d'hiver ou d'été, se distingue traditionnellement pendant la deuxième semaine des Jeux. Ainsi, dans le camp canadien, on prévoit de 11 à 13 médailles lors des cinq derniers jours des Jeux.

Clara Hughes tentera de défendre avec succès son titre olympique au 5000 m, mercredi, tandis que l'on attend également des médailles en ski acrobatique (sauts, messieurs), patinage de vitesse courte piste, en surf des neiges (slalom géant parallèle), en curling et au hockey.

Quoi qu'il en soit, la chef de mission de l'équipe canadienne estime que ces Jeux ont déjà réservé quelques moments magiques aux Canadiens. «Qu'on pense à la médaille d'or de Christine Nesbitt en patinage longue piste, à la performance de nos fondeurs samedi [alors que trois Canadiens se sont hissés dans le Top-10]. Certes, certains athlètes ont connu des déceptions personnelles. Nous avons eu droit à des moments magiques chaque jour et nous en aurons d'autres d'ici la fin des Jeux. À la fin, peu importe le nombre de médailles, ce sont ces moments qui font la différence.»

Aucun changement à la cérémonie de clôture

D'autre part, le producteur des cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux de Vancouver, David Atkins, a fait savoir ce week-end qu'il ne prévoit pas apporter de changement à la soirée de clôture pour faire taire les critiques qui ont déploré la faible place du français dans la cérémonie d'ouverture, en soulignant qu'il n'a jamais eu comme objectif d'apaiser les vieilles tensions entre francophones et anglophones.

«Mon travail est de présenter un bon spectacle, et si l'on parle de représentation politique et d'équité culturelle, ce n'est pas l'objectif d'un spectacle, a-t-il affirmé à La Presse canadienne. Le spectacle d'ouverture n'a pas été créé par des comités, et ce sont des comités et des politiciens qui font ces critiques. J'imagine que s'ils avaient contrôlé le programme, on aurait eu un spectacle bien différent.»

Des politiciens québécois, et même le ministre fédéral du Patrimoine, James Moore, ont déclaré que le français aurait dû être mieux représenté lors de la soirée du 12 février. M. Atkins croit cependant que la cérémonie a été vue avec un regard politique et non artistique, et souligne que le spectacle comptait un bon nombre de francophones parmi ses artistes et ses travailleurs derrière la scène. «On n'arrivera pas à satisfaire chaque groupe de personnes, a-t-il admis. Nous avons fait de notre mieux, et si ce n'est pas suffisant, tout ce que nous pouvons dire c'est que nous avons fait de notre mieux.»

David Atkins souligne que l'idée du spectacle était de présenter le Canada dans son ensemble et non pas de tourner les projecteurs sur un groupe plus qu'un autre. «Plutôt que de faire une présentation multinationale où chaque culture a son moment pour être représentée, on a voulu représenter le Canada, et le Canada est un amalgame de plusieurs cultures», a-t-il ajouté.

David Atkins a par ailleurs révélé que la cérémonie de clôture ferait plus de place au français, mais a précisé que c'était prévu depuis longtemps.

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D'après La Presse canadienne
1 commentaire
  • Eric Allard - Inscrit 22 février 2010 12 h 33

    L'Esprit olympique

    Premiers ou rien "pantoute", voilà l'esprit moderne des jeux. Un certain M. de Coubertin doit bien se retourner dans sa tombe en voyant où en est sa création.

    Où sont passés les idéaux de participation, de camaraderie et de compétition amateur? Aujourd'hui, on parle plus de performances, de médailles, de gros sous et de dopage.

    Les olympiques modernes sont devenus rapidement une façon pour les états de faire étalage de leur supériorité sur les autres, allant jusqu'à étatiser le dopage comme on l'a vu dans le passé.

    Mais le plaisir, le plaisir de participer à un sport, de s'y adonner sans avoir à abandonner tout le reste, n'est plus représenté aux olympiques. On ne parle que de médailles, et ceux qui les attrapent ont droit aux gros sous, il ne reste que des miettes pour les autres qui ont autant sacrifié, autant souffert pour se rendre à Vancouver.

    Franchement, je verrais bien plus les sous que les gouvernements investissent dans les athlètes "de haut niveau" investis dans le véritable sport amateur, celui qu'on pratique entre les autres activités, pour se garder en forme et surtout pour s'amuser.