Hors-Jeux - Le savoir ou pas

Erik Guay a fini le super-G au 5e rang, à seulement trois centièmes de seconde du podium.
Photo: Agence Reuters Ruben Sprich Erik Guay a fini le super-G au 5e rang, à seulement trois centièmes de seconde du podium.

Comme à tous les Jeux que le Comité international olympique nous fait la faveur de nous amener, le réseau NBC fait l'objet de nombreuses critiques en raison de sa propension à montrer plusieurs épreuves en différé, le soir, aux heures de grande écoute. À l'ère des internets et de la communication globale qui fait de l'humanité une grande famille unie, il est en effet considérablement difficile d'arriver devant son appareil sans connaître déjà les résultats. On ne peut quand même pas passer toute la journée à l'ouvrage les mains sur les oreilles en criant qu'on n'entend rien.

Mais il appert qu'une bonne partie du public américain apprécie le réchauffé: selon des sources, mercredi, alors qu'on présentait Lindsey Vonn en ski alpin, Shaun White en demi-lune et Shani Davis en patinage de vitesse longue piste, 30,1 millions de personnes se sont branchées sur NBC, soit 12 millions de plus que l'excellente émission American Idol, qui n'avait jamais cédé la tête dans sa case horaire depuis 2004.
 
Et on sait pourquoi: parce que tout le monde savait que Vonn avait gagné l'or et que White allait le gagner.
 
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Déjà que le Canada ne s'était pas montré particulièrement hospitalier en avertissant les autres nations du monde de ne pas brailler si elles repartaient bredouilles parce que le podium est à nous et qu'on allait gagner toutes les médailles, si vous voulez l'avis d'un seul homme, il n'est pas très poli de faire retentir cette damnée corne de brume chaque fois que le Canada compte un but de hockey sur glace. Surtout quand le score est rendu 15 à 0.
Et pourquoi la fait-on aussi entendre lorsque les États-Unis marquent? Dimanche, lorsque les deux équipes masculines s'affronteront, serons-nous ensevelis sous le tonnerre, façon de parler?
 
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Question de savoir et de médailles, une tendance lourde se dégage: chaque jour que la vie nous procure, notre Canada grimpe sur le podium. On peut donc avoir raisonnable confiance qu'on n'ira jamais se coucher dans la mélancolie nationale. Et de fait. Samedi, Jennifer Heil. Dimanche, Alexandre Bilodeau et Kristina Groves. Lundi, Mike Robertson. Mardi, Maëlle Ricker. Mercredi, Marianne St-Gelais. Jeudi, Christine Nesbitt. Vendredi: Jon Montgomery, au skeleton.
 
Et on peut dire que ç'a passé proche en ciboulette ailleurs. Mellisa Hollingsworth, aussi au skeleton, aussi 2e après trois descentes aussi, a commis une erreur de pilotage dans sa quatrième descente qui l'a reléguée à la 5e place. Et Erik Guay, aussi 5e, a raté le podium par 0,03 seconde en Super-G de ski alpin, lui qui avait terminé 0,1 seconde derrière le médaillé de bronze à Turin, en 2006.
 
«Le résultat d'aujourd'hui est particulièrement dur à avaler», a dit Guay. On le comprend. Trois centièmes de seconde. Même pas le temps de dire «incroyable».
 
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Suis-je le seul à avoir remarqué que le podium du 1000 mètres féminin de patinage de vitesse longue piste était formé d'une Nesbitt et de deux Néerlandaises dont l'uniforme est orange?
 
Peut-être regardé-je trop de Jeux olympiques dedans ma TV basse définition?
 
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Les nouvelles olympiques sont passées au deuxième rang de l'actualité dans le merveilleux monde du sport™ vendredi, pour des raisons générales de Tiger Woods.
 
Ce qui permet de souligner au passage que le golf fera son entrée dans le programme olympique aux Jeux de Rio de Janeiro, en 2016. Ou plutôt son retour, puisqu'on en a présenté, vous vous en souvenez certainement, à Paris, en 1900, et à St. Louis en 1904. Le golf et le tennis furent d'ailleurs les premières disciplines olympiques à accueillir des femmes.
 
Évidemment, on peut se concocter toutes sortes de blagues sur ce que pourrait avoir le Tigre comme activités hors-links dans une ville aussi trépidante que Rio. Mais il ne se passera rien, parce que le monsieur est profondément désolé. Il a présenté ses excuses à la Terre entière, cela même si la Terre entière, ce n'est pas de ses maudites affaires ce que Woods a fait.
Ceci pour dire qu'avant d'amorcer ma journée de La-Z-Boy capitonné à double fond en compagnie d'un muffin britannique et de Jean Pagé — mais non, Jean Pagé il est là le soir, ne croyez pas tout ce qui est écrit dans les journaux —, je me suis écouté un peu de radio question de changer le mal de place.
 
Or qu'est-ce qu'ils ont dit à la radio rapport à Tiger Woods?
 
Que Tiger Woods est incroyable.
 
Vrai de vrai.
 
Et pour revenir aux Jeux d'hiver puisque ce sont ceux-là qui nous préoccupent en l'occurrence, la gagnante jeudi du super-combiné — à ne confondre sous aucun prétexte avec un énorme téléphone — de ski alpin, l'Allemande Maria Riesch a déclaré: «Cette médaille d'or est incroyable.»
 
Il est par ailleurs hautement paradoxal que sur la ligne de produits du Canada, écharpes, tuques, etc., en vente sur le site de Vancouver 2010, on retrouve l'inscription «Believe» (il n'y en a pas en français). Ai-je bien compris qu'on nous demande de croire alors que tout est tellement incroyable?
2 commentaires
  • pierre-yves boucher - Inscrit 20 février 2010 02 h 07

    encore

    s'il n.était pas si tard et que je ne me retenais pas je qualifierais la fin de votre article de tout à fait incroyable.

  • Marc Perron - Inscrit 20 février 2010 12 h 45

    Vous souvient-il de Tintin et les oranges bleues ?

    Moi, oui, et il me semble que dire qu'une Nesbitt et deux Néerlandaises, ça fait trois oranges, c'est un peu FANTAsque, non ?