Une première médaille gagnée à la maison

Alexandre Bilodeau, champion en titre de la Coupe du monde, a semé la frénésie parmi la foule massée à Cypress Mountain après avoir obtenu un score de 26,75 points.
Photo: Agence Reuters Alexandre Bilodeau, champion en titre de la Coupe du monde, a semé la frénésie parmi la foule massée à Cypress Mountain après avoir obtenu un score de 26,75 points.

West Vancouver — Alexandre Bilodeau est officiellement entré dans l'histoire, hier soir, quand il a procuré la toute première médaille d'or en tant que pays hôte au Canada en remportant de brillante façon l'épreuve des bosses du ski acrobatique, au cours de laquelle trois Canadiens ont terminé parmi les cinq premiers.

Bilodeau a survolé le parcours en 23,17 secondes et reçu 26,75 points de la part des juges pour devancer l'Australien Dale Begg-Smith, champion en titre de la discipline, par 17 centièmes de point et mettre fin à une disette de 35 ans. L'Américain Bryon Wilson a pris le troisième rang avec 26,08 points, 20 centièmes de plus que Vincent Marquis, qui termine au pied du podium. Pierre-Alexandre Rousseau (25,83) est venu compléter ce top-5.

Maxime Gingras, le quatrième Canadien qualifié pour cette finale, s'est classé 11e avec 24,13 points. Guilbaut Colas, l'un des favoris pour l'emporter et premier de la qualification, a commis des fautes sur ses deux sauts et n'a pu faire mieux que la sixième place.

La vitesse tout en souplesse

Bilodeau, champion en titre de la Coupe du monde, a amorcé sa descente en force, exécutant à la perfection un périlleux arrière désaxé avec double vrille. Il a ensuite ouvert les valves dans la portion centrale, prenant énormément de vitesse.

«La plupart des athlètes se seraient retrouvés hors piste à cette vitesse, a indiqué son entraîneur, Dominick Gauthier. Mais Alexandre est demeuré tout en souplesse. Ça a été son mantra de la journée: souplesse, souplesse, souplesse.»

Le Rosemèrois de 22 ans est entré dans le second saut à vive allure, réussissant à la perfection une croix de fer — les skis se retrouvent alors perpendiculaires — dans un périlleux arrière atterrit en fléchissant à peine les genoux. En croisant le fil d'arrivée, sa gestuelle en disait long sur son degré de satisfaction.

«Je suis tellement content de ma descente, il n'y a pas de "feeling" pour décrire ça.»

Bilodeau ne réalise pas encore la place qu'il prend maintenant dans l'histoire, tentant même de minimiser son exploit.

«J'ai été chanceux. Si les bosses avaient eu lieu la deuxième semaine, je n'aurais pas été le premier. Mais c'est le début du "party": il y aura d'autres Canadiens qui remporteront l'or et j'espère que les Canadiens seront inspirés par cette médaille.»

«Je suis tellement bien entouré, avec la fédération, le programme 'A nous le podium' et B2Dix. On nous met en position de remporter des compétitions. Je suis très fier.»

Son inspiration
Il a également parlé de son frère aîné, Frédéric, atteint de paralysie cérébrale, qui est une inspiration pour lui. «Il aurait toutes les raisons de se plaindre, mais il ne le fait jamais, il a toujours un sourire sur ses lèvres, du matin au soir. Moi, j'ai la chance de m'entraîner et de devenir champion olympique, alors les matins où ça me tentait moins, je pensais à lui et peu importe les conditions, j'allais à l'entraînement.»
 

Un peu comme à Turin, en 2006, après la victoire de Jennifer Heil, Gauthier s'est retrouvé en état de choc en haut de la piste. «C'est un peu fou comme sensation, a-t-il dit. J'ai même appelé mes parents du haut de la piste pour m'assurer que c'était bien un '1' que je voyais, s'ils voyaient la même chose à la télévision.»
 
L'ampleur de l'exploit l'a également frappé.
«C'est gros. C'est tellement génial pour le Canada. On le dit depuis le début: ces Jeux-là sont les Jeux du Canada. On veut que ça devienne une inspiration pour les autres Canadiens. Maintenant que cette première médaille d'or est gagnée, ils peuvent tous se concentrer sur leurs performances et arrêter d'en entendre parler par les médias.»
 
Présent à la compétition, le premier ministre du Québec, Jean Charest, et son épouse étaient également ravis de la performance du Québécois.

«C'est fantastique, nous sommes très heureux, a déclaré M. Charest. Ça été merveilleux de regarder la course et de voir les Canadiens et les Québécois si bien faire. C'est une page d'histoire qui vient d'être écrite. Je suis très, très fier.»
 
Marquis et Rousseau contents

Extrêmement fier de sa performance, Vincent Marquis était également très ému dans la zone mixte. Il a longuement enlacé son frère Philippe, ouvreur de piste pour la compétition, et les deux pleuraient à chaudes larmes.
 
«Le but, en venant aux Jeux, c'était de faire la performance de ma vie. Quand j'ai franchi le fil d'arrivée, je me suis dit que je ne pouvais offrir plus, a-t-il difficilement raconté aux journalistes. Malheureusement, je me suis mis des bâtons dans les roues en me qualifiant 13e.»
 
Pour sa part, Pierre-Alexandre Rousseau, qui prenait part à ses premiers Jeux après 13 ans sur le circuit de la Coupe du monde, savourait pleinement le moment.
 
«J'ai fait la performance la plus extraordinaire que je pouvais faire. Je suis super satisfait de mon ski. J'ai fait des descentes bien pires que celle-là qui m'ont valu des médailles d'or. C'était le meilleur de moi. Je suis super content.»
14 commentaires
  • Jean-Pierre Contant - Abonné 15 février 2010 09 h 33

    Bravo Alexandre

    Félicitations Alexandre, tu nous as fais vivre des moments palpitants. Je profite de l'occasion pour signifier comment je trouve touchant, émouvant et plein de sens la capsule présentée à la télévision sur ton lien avec ton frère. Quelle fraicheur. En tant que parent adoptif d'un enfant handicapé devenu maintenant un jeune adulte , je peux confirmer ta grande sincérité. En effet, ces personnes différentes, vivant de grandes valeurs de cœurs nous apportent réconfort et goût à la vie. Il est intéressant que les médias donnent de la place à de tels beaux témoignages.
    Salut à toi, à ta famille et particulièrement à Frédéric

  • Jean-Pierre Contant - Abonné 15 février 2010 09 h 39

    signature jepece

    Je n'ai pas signé mon commentaire sur la capsule de Alexandre et son frère. Voici donc si vous pouvez l'ajouter:

    Jean-Pierre Contant
    Sainte Sophie

    Merci

  • Geoffroi - Inscrit 15 février 2010 09 h 40

    Merci les gars

    Bravo les merveilleux gars de la province qui n'existe pas. Belle revanche. Quel formidable pied de nez rochant pacifique !

    J'espère qu'il va y avoir de la neige pour de vrai en Russie. Vous serez encore meilleurs.

  • Benjamin Berman - Inscrit 15 février 2010 10 h 13

    BRAVO Alexandre Blondeau!... ET Merci beaucoup!

    Moi, je ne suis pas un souverainiste, mais c’est normal, je suis un anglophone de Vancouver. Je suis en fait un confédéraliste qui veux refaire notre constitution pour respecter clairement les pouvoirs provinciaux. Or, je respecte la position des souverainistes/indépendantistes et je comprends de plus en plus leurs arguments, mais j’aime fortement mon pays qui perdra son cœur et son caractère sans le Québec.

    Alors, j’avais énormément d’espoir que ces Jeux-Olympiques pourraient aider à établir une compréhension et un respect entre les régions du Canada et surtout entre le Québec et l’Ouest. Cependant, après l’ouverture des J-O, j’avais honte. Je me demandais comment c’était possible que COVAN n’a guère reconnu l’importance des canadiens français pour l’identité canadienne pendant l’ouverture.

    Puis, notre nouveau héro québécois, Alexandre Bilodeau, a gagné la médiale d’or et j’ai vu deux choses qui remontaient mon espoir en ces J-O: premièrement, juste après Alexandre a gagné l’or, j’ai jeté un coup d’œil sur le site de CBC et là, beaucoup d’anglophones ont fait un effort en français de féliciter Alex.

    Deuxièmement, j’ai vu un commentaire sur le site de Radoi-Canada de SylvainMTL disant que :

    « Je suis indépendantiste et je ne m'en suis jamais caché. Mais je ne vois pas en quoi cela doit entacher cette célébration de fraternité, de paix et de joie de vivre que sont les olympiques… On aura d'autres occasions de discuter constitution avec nos voisins canadiens ».

    C’est vraiment une question de respect. Un respect des autres régions canadiennes pour la place tellement important du Québec en tant que le bastion de la langue française, la culture québécoise et le cœur du Canada, et un respect des québécois pour les autres régions du Canada. Quand on parle de ce qui est hors Québec comme le ROC, on vole mon identité en tant qu’un brito-colombien qui partage pas la même culture politique et sociale comme les Albertains autant que les Québécois.

    Alors, il faut qu’on se parle, qu'on se comprend et surtout, qu'on se respecte.

    C’est clair qu’on a un pays à refaire. On n’a pas encore une belle confédération; la vision de George-Étienne Cartier d’un partenariat entre les égaux n’est pas encore réalisée. Mais en attendant…

    Vive le Canada… Vive le Québec! Et surtout, BRAVO Alexandre Blondeau!

  • Guy-Michel Lanthier - Inscrit 15 février 2010 10 h 31

    À nous le podium

    Félicitations à Alexandre Bilodeau. C’est vraiment inspirant de voir l’un des nôtres se dépasser de la sorte. Je ne suis pas un partisan fédéraliste/indépendantiste, mais je dois avouer que c’est grisant de voir le succès de quelqu’un à qui on peut s’identifier.

    Le succès est grisant tout comme peut être décevant l’échec. J’aurais bien aimé que Jennifer Heil grimpe également sur la première marche. Sa médaille d’argent est également un résultat qui doit nous rendre fiers.

    Le sentiment d’appartenance est un curieux phénomène psychologique. Le programme À nous le podium est en ce sens une excellente façon de rehausser la fierté des Canadiens. Sur mon blogue, je suggère une approche similaire à toutes organisations qui désirent développer le leadership de son personnel.

    http://g-m-l.blogspot.com/2010/02/nous-le-podium.h

    Guy-Michel Lanthier, ing.
    Conférencier et consultant en leadership