Violent, le hockey? Oui, mais ça se soigne

Michael Haley, des Islanders de New York, affronte Jason Jaffray, des Flames de Calgary.
Photo: La Presse canadienne (photo) Michael Haley, des Islanders de New York, affronte Jason Jaffray, des Flames de Calgary.

Les images sont archiconnues. Le gardien de but Jonathan Roy traverse la patinoire jusqu'à son vis-à-vis Bobby Nadeau, sur qui il bondit, puis martèle sauvagement à grands coups. Et il y a cette autre histoire, celle d'un joueur, dont on doit taire le nom parce que mineur, qui assène un coup de bâton au visage d'un rival qui refusait de se battre...

Il y a de la violence dans tous les sports. Et c'est dans les sports collectifs que l'on retrouve le plus de violence, pas seulement entre les joueurs. Mais pourquoi y a-t-il plus de violence au hockey qu'ailleurs?

«Par sa nature, le hockey est peut-être plus propice, explique la sociologue du sport Suzanne Laberge. La vitesse est intense, les chocs sont plus violents. Dans sa pratique, indique-t-elle, le hockey est un terrain fertile pour la violence en raison des contacts fréquents et de l'intensité des joueurs.»

Si les joueurs sont aussi violents, c'est aussi qu'il y a eu, progressivement, une évolution «culturelle et locale» de ce sport, fait valoir la sociologue rattachée au département de kinésiologie de l'Université de Montréal.

«Les organisations ont l'impression que pour avoir du public, il faut avoir de la violence», affirme Suzanne Laberge. À ses yeux, les propriétaires d'équipes de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) tolèrent un niveau de violence élevé et les joueurs sont encouragés à l'accepter et à l'intérioriser. Et le public semble en redemander. D'ailleurs, il arrive encore d'entendre crier «tue-le, tue-le» pendant un match.

Faut-il alors changer de clientèle? «Il faut faire une rupture avec la culture antérieure», dit-elle. Il faut d'abord implanter une réglementation plus contraignante, ce qui finira par avoir un effet sur les moeurs.


De nouvelles règles

L'incident impliquant Jonathan Roy, diffusé en boucle sur tous les réseaux de télévision, a suscité une telle indignation en 2008 que la ministre du Sport, Michelle Courchesne, s'est sentie obligée d'intervenir. Elle a interpellé la LHJMQ ainsi que Hockey Québec, qui chapeaute les ligues mineures. Elle a obligé les deux organismes à lui soumettre au plus tôt des mesures efficaces pour éliminer les bagarres et favoriser un environnement sain et sécuritaire pour la pratique du hockey sur glace.

Dans les mois qui suivirent, soit avant le début de la saison 2008-09, la LHJMQ a adopté de nouveaux règlements pour prévenir les bagarres et Hockey Québec a produit un rapport sur la violence (voir autres textes en pages A 6 et A 7).

Aussi, la direction des poursuites criminelles et pénales a prêté main-forte en modifiant les critères nécessaires pour porter des accusations contre des participants à un match de hockey. Il est maintenant possible d'accuser un joueur impliqué dans une bagarre même si son rival a accepté de se battre et qu'il n'a pas été blessé.

Ces nouvelles directives ont d'ailleurs permis de porter des accusations contre Roy, le fils de Patrick, l'entraîneur des Remparts de Québec. En octobre, Jonathan a plaidé coupable à des accusations de voies de fait. Il a obtenu la clémence du juge. L'autre hockeyeur de la LHJMQ, qui avait donné un coup de bâton au visage, a aussi été traduit devant les tribunaux et vient d'obtenir, cette semaine, l'absolution complète.


Des règles ciblées

Pour d'autres, il faut d'abord et surtout changer les mentalités. Selon la coprésidente du comité formé par la LHJMQ, Danièle Sauvageau, l'interdiction des bagarres n'est pas la voie à suivre pour combattre la violence gratuite dans le hockey junior majeur. «Ce n'est pas en interdisant aux gens de faire quelque chose qu'ils vont arrêter», dit-elle. Il faut d'abord les sensibiliser aux conséquences et leur donner les moyens de changer.

«Si on veut changer un comportement, explique-t-elle, il faut changer le regard que l'on porte. D'ailleurs, dans les ligues où on a banni les bagarres, il y a une augmentation de la violence, des coups vicieux, des mises en échec par derrière...»

«Ce qu'il faut faire, précise-t-elle, c'est de s'attaquer au coeur du problème. En diminuant ces gestes-là, les bagarres vont diminuer.» Policière, ancienne entraîneuse de l'équipe canadienne de hockey féminin et aussi, depuis quelques mois, conférencière, Mme Sauvageau a constaté une nette diminution du nombre de bagarres dans la LHJMQ depuis trois ans. «On constate aussi qu'il y a une nette amélioration au niveau du regard porté par les joueurs sur la violence et l'application de la nouvelle réglementation. Il y a aussi un changement au niveau des entraîneurs. Ils n'ignorent plus qu'ils peuvent être pointés du doigt.»

«Il y a encore du travail à faire auprès des joueurs, des entraîneurs, des associations, de l'ensemble des intervenants, mais on est sur la bonne voie, estime-t-elle. Il faut continuer à travailler sur les valeurs, dans le sens où le hockey est un sport.»

Elle fait remarquer, d'ailleurs, que le problème de la violence gratuite ne se pose pas au hockey féminin. Les règlements sont pourtant les mêmes et la bagarre est permise. «Ça ne fait pas partie de la culture», explique Mme Sauvageau.

Certains avancent qu'il faudra reconnaître la violence gratuite au hockey comme un enjeu de société, au même titre que le tabac. Pourrait-on, se demandent-ils, légiférer pour mettre la LNH au pas?

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