Après Jonathan Roy, la LHJMQ n'avait plus le choix

Quand le gardien de but Jonathan Roy a sauvagement attaqué son vis-à-vis Bobby Nadeau, en mars 2008, le commissaire de la ligue, Gilles Courteau, était à Rouyn-Noranda pour assister à un autre match. «Un spectateur est venu me voir. Il m'a dit: "M. Courteau, vous allez avoir du travail dans les prochains jours, avec votre chum Patrick Roy". Avant que je revienne à Montréal, à l'aéroport de Rouyn il y avait déjà des caméras de télé.»

Le tourbillon médiatique était lancé. «J'ai été surpris par la réaction des médias, avoue-t-il. On était devenu le centre d'intérêt. Rien d'autre ne comptait ailleurs. On ouvrait le bulletin de nouvelles. On était épié continuellement. On sentait la pression d'être épié.»

Mise au banc des accusés à la suite de ces incidents violents, la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) a voulu s'attaquer au problème de la violence gratuite. Elle a nommé Jacques Letellier et Danièle Sauvageau, ancienne entraîneuse de l'équipe canadienne de hockey féminin, gagnante de la médaille d'or aux Jeux olympiques d'hiver de Salt Lake City en 2002, à la tête d'un comité chargé de trouver des solutions.

Résultat? Trente et une recommandations, acceptées à 95 % sans modification, et des progrès réalisés en peu de temps dès la saison 2008-09. Les statistiques compilées par la LHJMQ révèlent que le nombre de bagarres a chuté de près de la moitié.

Il y a eu en moyenne 0,91 bagarre par match en 2007-08, comparativement à 0,5 par match en 2008-09, soit une à toutes les deux parties. «En mars [2008], on était considéré comme la ligue de goons no 1 en Amérique du Nord, rappelle le commissaire. En septembre, on était devenu une ligue de moumounes et en janvier, on était montré en exemple.»

Un agresseur, en particulier s'il commet un geste dangereux, est maintenant passible d'une suspension de 15 matchs et son entraîneur s'expose à un dossier disciplinaire, à une comparution devant le préfet de discipline et à une suspension automatique. Des amendes peuvent aussi être imposées à un entraîneur fautif et à son équipe.

«L'accent est mis sur la violence gratuite, plaide-t-il. Quand un geste n'est pas permis, les consignes sont là. Il fallait que les bottines suivent les babines, comme on dit parfois, et le préfet de discipline de la ligue, Raymond Bolduc, fait un travail formidable.»

À l'échelle canadienne, la LHJMQ, qui a travaillé en partenariat avec Hockey Québec, serait à l'avant-garde de la lutte contre la violence dans le hockey junior majeur. «L'Ontario a pris beaucoup de nos règlements, mais l'Ouest agit d'une façon différente. Ils sont plus portés vers l'application des règles de la Ligue nationale.»

Un changement de culture semble donc se produire un peu partout: il est maintenant possible de voir un jeu robuste sur la glace sans que les joueurs jettent les gants. Mais la prudence s'impose.

Cet automne, d'ailleurs, il y a eu une rechute. Au 31 octobre, le nombre de bagarres s'élevait déjà à 130 au Québec, soit une moyenne de 0,76 par match depuis le début de la saison. En hausse de 50 % par rapport à l'année précédente. Le naturel revient-il au galop?

Et puis le 7 octobre, Jonathan Roy a obtenu en cour une absolution inconditionnelle pour ses gestes, ce qui lui a évité un casier judiciaire.

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