L'alarme sonne

Les problèmes de santé liés à la brutalité de certains sports sont de plus en plus mis en lumière grâce aux avancées de la science médicale, et le débat sur les mesures à prendre pour mieux protéger les athlètes qui pratiquent des disciplines à risque s'intensifie de jour en jour. Et en tête de liste des motifs d'inquiétude quant à la suite des choses se trouvent les dommages au cerveau.

Le 28 octobre dernier, le Comité de la justice de la Chambre des représentants du Congrès américain tenait des audiences sur les blessures à la tête dans la Ligue nationale de football. Y ont notamment comparu le commissaire de la NFL, Roger Goodell, le directeur de l'Association des joueurs, DeMaurice Smith, et les spécialistes Robert Cantu et Ann McKee, rattachés à la Boston University School of Medicine (BUSM).

Sans doute est-ce l'effet du hasard, mais trois semaines plus tard, le grand circuit, qui a longtemps nié jusqu'à l'existence d'un problème, mettait en place une nouvelle politique de gestion des commotions cérébrales. Auparavant, il fallait qu'un joueur ait perdu connaissance pendant un certain moment pour qu'il lui soit interdit de réintégrer un match. Dorénavant, des troubles de mémoire, des étourdissements ou des maux de tête persistants suffiront.

Et après un diagnostic de commotion cérébrale, on devra obtenir le feu vert d'un neurologue indépendant pour faire un retour au jeu. Plus question de se satisfaire de l'avis du médecin de l'équipe, payé par l'équipe.

Dans la Ligue nationale de hockey, un protocole d'entente entre propriétaires et joueurs sur la marche à suivre en cas de commotion cérébrale est en vigueur depuis 1997. La LNH fut une pionnière en la matière, mais avec l'avènement du «nouveau hockey» après le lock-out de 2004-05, les coups à la tête n'ont pas pour autant diminué; même que, l'accrochage faisant dorénavant l'objet de restrictions, les collisions se font de plus en plus à la vitesse très grand V.

La LNH a jusqu'à maintenant refusé de modifier ses règlements pour punir plus sévèrement les coups à la tête. Un comité a toutefois été créé le mois dernier pour se pencher sur la question, et des recommandations devraient être émises à la fin de la présente saison.

Au même moment, on découvre de nouvelles choses. La BUSM a publié hier les résultats, répercutés dans le New York Times et le Globe and Mail, d'une analyse menée par la Dre McKee sur le cerveau de Reggie Fleming, qui a joué pour six équipes de la LNH de 1959 à 1971. Fleming, qui était reconnu pour son style de jeu robuste, est décédé en juillet dernier à 73 ans.

Selon la Dre McKee, celui qui a amorcé sa carrière avec le Canadien souffrait d'encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une maladie dégénérative du cerveau qui aurait résulté des nombreuses — une vingtaine environ — commotions cérébrales subies par Fleming pendant sa carrière. Fait à noter: on avait déjà diagnostiqué l'ETC chez des joueurs de football et des boxeurs, mais c'est la première fois qu'on la constate chez un joueur de hockey. (La maladie ne peut être diagnostiquée qu'après la mort.)

Les conséquences de l'ETC sont diverses: pertes de mémoire, instabilité émotionnelle, comportement erratique, dépression, incapacité de contrôler ses impulsions, jusqu'à la démence complète. Les symptômes peuvent mettre des années à apparaître, si bien qu'on peut parfois erronément les attribuer à d'autres problèmes.

«Le cas de Reggie Fleming montre que les personnes qui souffrent de l'ETC peuvent parfois faire l'objet d'un mauvais diagnostic et se faire dire qu'ils ont des troubles psychiatriques, des troubles bipolaires par exemple, ou, plus tard dans la vie, qu'ils sont atteints de la maladie d'Alzheimer», a dit la Dre McKee.

Le Dr Cantu, lui, a fait valoir que le fait qu'on ait constaté l'ETC chez un hockeyeur «devrait jouer un rôle prépondérant dans la discussion actuelle sur les coups portés à la tête au hockey. De plus, certains traumatismes cérébraux subis par M. Fleming ont été provoqués par des bagarres, et cette découverte devrait alimenter le débat» sur le maintien ou l'abolition de celles-ci.

Certains organismes, comme le Sports Legacy Institute présidé par l'ancien lutteur Chris Nowinski, continuent de travailler pour une meilleure conscientisation à un problème dont on sait de plus en plus à quel point il est répandu. Lentement mais sûrement, le bruit de l'alarme croît et on ne peut qu'espérer qu'il devienne bientôt insupportable.

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