Tour de France - Contador au sommet

Les frères Franck (à droite) et Andy Schleck ont terminé aux deux premiers rangs de la 17e étape du Tour de France, courue hier entre Bourg-Saint-Maurice et Le Grand-Bornand. Alberto Contadore, le maillot jaune, a fini troisième.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les frères Franck (à droite) et Andy Schleck ont terminé aux deux premiers rangs de la 17e étape du Tour de France, courue hier entre Bourg-Saint-Maurice et Le Grand-Bornand. Alberto Contadore, le maillot jaune, a fini troisième.

C'est pratiquement joué: l'Espagnol Alberto Contador va remporter le Tour de France. Son deuxième. Les frères Schleck, Franck et Andy, ont assuré hier le spectacle en montagne tandis que l'Américain Lance Armstrong, septuple vainqueur de l'épreuve, s'est résolu derrière à jouer le coéquipier de très grand luxe au profit du champion espagnol.

D'ici au fil d'arrivée à Paris dimanche, reste la difficile étape de montagne samedi et un contre-la-montre individuel aujourd'hui. Mais dans ces deux spécialités, Contador règne en maître. Pour que l'issue de la course change, reste donc la possibilité d'un bris mécanique, la chute, ou une défaillance physique aussi soudaine que majeure. Rien en somme de très probable.

Sur son site Internet, Lance Armstrong, désormais quatrième à 3 min 55 du meneur, derrière les deux frères Schleck, affirme que, s'il «ne gagne pas, ce n'est pas la fin du monde». Vraiment? Armstrong est en orbite perpétuelle autour de ce seul événement depuis qu'il fait carrière. Depuis dix ans, il mange tous les lions qui se trouvent sur son passage pour être certain de mieux dévorer ensuite ses nouveaux adversaires. Mais ça n'aurait soudain plus d'importance... Allons donc!

Depuis une semaine, la ritournelle de l'âge a pris le dessus partout pour expliquer le rôle de second violon dont doit soudain se contenter Armstrong. Un homme de 37 ans est trop vieux pour gagner le tour. Il «n'a plus tous ces automatismes», affirme son directeur sportif Johan Bruyneel. Qu'il y ait tout de même 150 gars derrière lui au classement, personne n'en parle trop.

On ne peut gagner à vélo à l'approche de la quarantaine? Le Néerlandais Joop Zoetemelk avait presque 39 ans lorsqu'il est devenu champion du monde en 1985. Et il ne s'était même pas fait prendre pour dopage. Pas cette fois-là du moins. La Française Jeannie Longo a presque tout gagné jusqu'à l'âge de 50 ans. Mais Longo n'est pas un homme, bien sûr.

Aux États-Unis, le Daily News a choisi une autre explication que l'âge. Armstrong aurait tout simplement «choisi» de ne pas remporter le Tour de France cette année! Pourquoi? Tout simplement parce que le code culturel non écrit de cette épreuve centenaire veut que le plus fort de l'équipe — ici Contador — s'impose d'office à ses coéquipiers. Ce serait donc pour une raison culturelle, à la fois française et sportive, qu'Armstrong renoncerait cette année au tour.

Cette thèse culturelle est presque aussi brillante que celle soutenue par les journalistes français il y a 20 ans au sujet de Greg Lemond. Cet autre champion américain ne remporterait pas le Tour, disaient-ils, parce qu'il mangeait de la crème glacée à l'occasion. Dans un tour cycliste, voyez-vous, un autre code non écrit veut qu'on ne mange pas de crème glacée. Dans le sport des journalistes, tout est peut-être dans la culture. Mais dans le vélo, tout est surtout dans les jambes: celles de Contador sont désormais meilleures, tout simplement.

Les frères lumières

Hier, dans ce qui a peut-être été la plus belle étape depuis le début de l'épreuve, on trouvait une suite de quatre cols à franchir. Quatre montées de «première catégorie». Près de 1000 mètres de dénivelé chaque fois. Comment expliquer pareilles ascensions qui conduisent souvent les coureurs aux tréfonds de l'enfer?

Pour faire simple, peut-être même pour faire simplet, prenez le mont Royal. Il fait en gros 200 mètres de dénivelé. La journée de montagne du Tour hier était constituée d'au moins une vingtaine d'ascensions du mont Royal à la queue leu leu, sans compter les cols intermédiaires et les descentes casse-cou. Puis, il y a dans les montées les supporters un peu dingues dont l'enthousiasme menace des coureurs qui en ont déjà bien assez de mordre leur guidon sans devoir en plus mordre des mains importunes. Sur la grande piste de la montagne, ces supporters électrisés se comportent sans cesse comme des clowns qui ajoutent malgré eux au tragique.

Les deux frères Schleck ont eu de la superbe hier, comme ils en ont souvent. Pour cette dix-septième étape, ils se sont envolés vers le sommet avec Contador, qui a fait exploser malgré lui son coéquipier Andreas Klöden dans la dernière ascension. Frank, le plus vieux, était aux anges, tandis que son frère Andy, paraît-il encore plus doué, semblait pénétré de lumière en prenant la troisième place derrière Contador. Reste à savoir qui prendra la deuxième et la troisième place sur le podium à Paris.

La brebis

Pas de cas de dopage semble-t-il au Tour 2009. Les organisateurs en jubilent. Que l'équipe Astana, commanditaire kazakh d'Armstrong et de Contator, ait compté jusqu'à 25 % de ses coureurs parmi les 20 premiers au classement général n'est sans doute que le fruit du hasard. En 2006 et en 2008, les organisateurs du Tour avaient refusé l'équipe, trop inquiets de l'effet de certains hasards, justement. Mais dans le fruit de cette année, plus de vers. Les vers ont-ils donc tous été traités?

Le groupe Amaury, propriétaire du Tour de France, édite aussi le journal L'Équipe. Ce journal de référence dans le domaine sportif carbure depuis quelques années à la dénonciation de cas de dopage, égratignant même au passage très volontiers Lance Armstrong. La patronne du groupe, Marie-Odile Amaury, a cependant rencontré récemment la rédaction de L'Équipe pour lui suggérer de mettre désormais la pédale douce sur les affaires de dopage. Après tout, ce n'est pas ce qui intéresse les lecteurs, du moins selon elle.

Dans les affaires très lucratives du groupe Amaury, c'est le Tour de France qui rapporte le plus: 70 % de ses revenus viennent de là. Le groupe ne publie pas ses chiffres, mais on estime à 150 millions d'euros de recette les seules affaires liées aux Tour.

Finie l'époque du dopage, espère Luc Leblanc, un ancien champion français. Ce serait une grande victoire que l'épreuve se termine sans un cas de dopage, dit-il.

Et si on finit encore par attraper quelqu'un? Pas grave. On dira, comme d'habitude, que ce n'est qu'une brebis galeuse au sein du troupeau. Et les brebis abîmées peuvent encore servir à faire de la saucisse pour les nouvelles.

En attendant, avalez tout ce que vous voulez comme saucisses et allez ensuite monter deux ou trois fois le mont Royal, rien que pour sentir vos jambes se transformer en jambons. Ça change vite les idées sur le cyclisme, vous verrez. Et comme le propre du Tour de France a toujours été de faire en sorte de divertir plutôt que de faire réfléchir à l'à-propos de rouler 3500 kilomètres en 21 jours à une vitesse moyenne de plus de 40 km/h juste avec de l'eau claire, tout reprendra de la même façon l'an prochain.