Achat du Canadien - Le portrait se précise

Au dernier jour fixé pour la soumission d'offres d'achat du Canadien de Montréal, le dossier de candidatures s'est précisé hier alors que Quebecor a dévoilé la nature de son groupe d'investisseurs et que la famille Molson a confirmé qu'elle était de la course.

Le patron de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, avait déjà fait connaître son intérêt pour le Canadien il y a deux semaines, et il a dévoilé en soirée hier par voie de communiqué que le Fonds de solidarité FTQ et les Productions Feeling, la société de gestion de René Angélil, étaient ses alliés dans sa proposition. D'autre part, les trois frères Molson ont aussi fait savoir qu'ils avaient constitué un groupe et déposé une offre formelle, sans toutefois dévoiler l'identité de leurs partenaires.

«Le club de hockey Canadien représente sans contredit l'une des plus symboliques et des plus prestigieuses franchises de sport au monde. Comme le Club est partie prenante de notre histoire depuis cent ans, il nous apparaissait fondamental qu'un groupe de Québécois puissent saisir l'occasion de rapatrier entre les mains de gens d'affaires d'ici ce joyau de notre collectivité», a déclaré M. Péladeau.

Sa démarche vise clairement à faire du Canadien un élément de contenu important pour la plate-forme de télécommunications développée par Quebecor. «Le futur propriétaire du Canadien devra pouvoir s'assurer que [sa] relation avec les amateurs s'adapte aux nouveaux styles de vie des Québécois, qui souhaitent de plus en plus suivre en temps réel le déroulement d'un événement, peu importe où ils se trouvent, et interagir à cet égard», peut-on lire dans le communiqué.

Les rivaux

Quebecor aura au moins un rival québécois dans sa quête, Geoffrey E. Molson, membre du conseil d'administration du Canadien et de Molson Coors, ayant révélé hier après-midi que lui et les siens entendaient aller jusqu'au bout du processus.

«Nous avons réuni un groupe très solide et crédible d'investisseurs et d'institutions financières pour élaborer notre offre», a-t-il déclaré dans un autre communiqué, lui qui assume la direction de son groupe. «Ils sont tous dédiés au succès du Canadien et ont une solide présence au Québec.»

Avec ses frères Andrew et Justin, Geoff Molson fait partie de la troisième génération de la célèbre famille montréalaise à être liée au Canadien, une association qui remonte aux années 1950. «Nous croyons que notre offre a tous les éléments voulus pour être bien accueillie par le vendeur potentiel et la Ligue nationale de hockey. Nous souhaitons les rencontrer à leur prochaine convenance», a-t-il indiqué.

Les deux offres portent à la fois sur le club de hockey Canadien, le Centre Bell et le groupe de divertissement Gillett.

Il s'agit des deux seuls groupes d'investisseurs à avoir publiquement fait part de leur volonté d'acquérir le Canadien et les autres propriétés québécoises de George Gillett.

Les groupes d'affaires avaient jusqu'à hier pour déposer une offre formelle auprès de BMO Groupe financier, mandaté par M. Gillett pour trouver des investisseurs potentiels. Notons que dans sa seule déclaration publique sur le sujet, le propriétaire du Canadien a simplement mentionné qu'il recherchait des partenaires minoritaires. Jamais un processus de vente n'a été officiellement évoqué.

Bien que la démarche soit strictement confidentielle, des informations ont circulé au fil des jours sur l'identité d'autres acheteurs potentiels. La dernière en date, publiée hier par Le Journal de Montréal, propriété de Quebecor, parle de six groupes: trois en provenance du Québec — les deux susmentionnés et un autre formé de membres en vue de Québec inc. — et trois autres établis aux États-Unis.

Parmi les groupes américains, l'un serait dirigé par l'homme d'affaires W. Graeme Roustan, grand patron de Nike Bauer entre autres entreprises. Originaire de Sherbrooke, M. Roustan réside aujourd'hui en Floride.

La somme à verser fait aussi l'objet d'un mystère. La valeur du Canadien est ordinairement établie autour de 350 millions $US, mais des rumeurs ont circulé qu'une surenchère pourrait amener la vente jusqu'à la hauteur de 600 millions $CAN.

À l'Assemblée nationale

Le dossier de la vente du Canadien a par ailleurs trouvé écho sur la colline Parlementaire à Québec hier. Invité à se prononcer sur la question, le premier ministre Jean Charest a déclaré que l'essentiel consistait à ce que l'équipe «prospère». «Il faut faire en sorte que l'équipe soit en bonne santé financière. C'est d'abord une entreprise de sport, il faut qu'elle soit bien gérée et qu'elle reste à Montréal. Et si c'est des propriétaires québécois, tant mieux!» a-t-il dit.

Le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, a pour sa part déclaré qu'il fallait d'abord dénicher «le meilleur propriétaire possible. Que ce soient des intérêts québécois, si possible, c'est ce que je souhaite. Mais il s'agit surtout d'avoir tous les outils pour que l'équipe gagne l'année prochaine.»

«Ce serait le fun qu'il y ait un match de hockey ce soir à Montréal», a plaisanté M. Béchard. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a également exprimé une «préférence» pour un groupe québécois ou canadien. «Ceci étant dit, M. Gillett a été un très bon propriétaire pour le Canadien»,, a-t-il commenté.

M. Bachand a déjà évoqué que l'État, par le biais de la Caisse de dépôt et placement ou de la Société générale de financement, pourrait revendiquer une participation minoritaire dans le Canadien si le futur propriétaire a ses assises au Québec.

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