Un oeil au beurre noir pour le baseball majeur

Le no 99 des Dodgers de Los Angeles ratera 50 matchs et perdra près du tiers de son salaire de 2009, évalué à 25 millions $US.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le no 99 des Dodgers de Los Angeles ratera 50 matchs et perdra près du tiers de son salaire de 2009, évalué à 25 millions $US.

En fait de gros noms, c'en est tout un. Les dirigeants des ligues majeures ont révélé hier que l'une des principales têtes d'affiche du baseball, le voltigeur des Dodgers de Los Angeles, Manny Ramirez, avait échoué à un test antidopage, et une suspension de 50 matchs lui a aussitôt été imposée.

La nouvelle, qui vient montrer que si l'ère des tests avec sanctions a certes contribué à faire diminuer le nombre de joueurs qui transgressent les règles elle n'a pas complètement éliminé le problème, a eu l'effet d'une bombe dans le monde du sport aux États-Unis. Bien que le baseball ait connu sa part de scandales liés à la drogue au cours des dernières années, le nom de Manny Ramirez, un prolifique frappeur, n'avait jamais été sérieusement évoqué.

Le bureau du commissaire du baseball est tenu, par la convention collective qui lie propriétaires et joueurs, de ne pas révéler la nature de la substance détectée, mais selon les informations diffusées hier par le réseau ESPN, Ramirez aurait consommé de la gonadotrophine chorionique humaine (hCG), un produit prescrit aux femmes qui éprouvent des problèmes de fertilité (il s'agit d'une hormone sécrétée par le placenta chez les femmes enceintes). La hCG peut être utilisée seule et provoquer une amélioration du rendement sportif, mais des athlètes masculins qui prennent des stéroïdes anabolisants y ont souvent recours pour relancer la production naturelle de testostérone de leur corps à la fin d'un cycle de consommation.

«J'ai consulté récemment un médecin pour une question de santé personnelle. Il m'a donné un médicament, qui n'est pas un stéroïde, qu'il pensait être correct pour moi», a déclaré Ramirez par voie de communiqué. «Malheureusement, le médicament est banni par notre politique relative au dopage. En vertu de cette politique, l'erreur est ma responsabilité. On m'a conseillé de ne rien dire de plus pour le moment.»

«Et je veux ajouter une chose: j'ai passé avec succès une quinzaine de tests antidopage au cours des cinq dernières saisons.» Il a poursuivi en présentant ses excuses à l'organisation des Dodgers, à ses coéquipiers et aux fans. «Je suis désolé de ce qui arrive.»

La Dre Christiane Ayotte, directrice du laboratoire de contrôle du dopage de l'INRS-Institut Armand-Frappier qui procède aux tests pour le baseball majeur, s'est dite «contente d'un point de vue scientifique» que Ramirez n'ait pas contesté les résultats, mais elle prévient qu'il pourrait ne pas s'agir de hCG. «Les cas de dopage à la hCG sont rares. C'est très facile à détecter: il suffit de faire passer un test de grossesse à un homme.» La question demeure: si c'en est bien, pourquoi donc un médecin aurait-il prescrit cette substance à un sportif de pointe?

Ramirez est le deuxième joueur de renom à être suspendu depuis l'imposition de sanctions pour une première offense par les ligues majeures en 2005. Cette même année, Rafael Palmeiro avait été mis à l'écart pour 10 jours. Il y a deux mois, un autre joueur étoile, Alex Rodriguez, a reconnu avoir pris des stéroïdes de 2001 à 2003, mais c'était lorsqu'il n'y avait pas de politique antidopage dans le baseball. Une politique qui prévoit une suspension de 50 matchs en cas de première offense, de 100 matchs pour une deuxième et un bannissement à vie pour une troisième infraction.

C'est la première fois que les ligues majeures épinglent elles-mêmes un joueur vedette. Dans les autres cas, ceux de Rodriguez et de Jason Giambi par exemple, l'information avait été dévoilée à la suite de fuites dans les médias.

Après consultation avec l'Association des joueurs du baseball majeur et ses conseillers personnels, Ramirez a décidé de ne pas porter la suspension, qui entrait en vigueur hier, en appel. Ce faisant, il demeurera sur la touche jusqu'au 3 juillet au moins et perdra près du tiers de son salaire de 2009, évalué à 25 millions $US.

Au fil des saisons, Ramirez, un Dominicain qui aura 37 ans à la fin du mois, s'est fait connaître par ses exploits sur le terrain, mais aussi par sa personnalité excentrique et son tempérament imprévisible, qui a donné naissance à l'expression «Manny Being Manny», une manière de dire qu'il ne fallait pas trop se demander pourquoi il agissait comme il le faisait. En mars dernier, sa biographie autorisée était publiée, intitulée Devenir Manny: la vie du cogneur le plus énigmatique du baseball. Après qu'il eut été échangé aux Dodgers, l'été dernier, son ancien coéquipier chez les Red Sox de Boston, le releveur Jonathan Papelbon, avait déclaré dans une interview que Ramirez était un «cancer» au sein de l'équipe.

Après son acquisition par les Dodgers, le 1er août, Ramirez, qui a remporté la Série mondiale à Boston en 2004 et 2007, les a conduits à une participation aux séries éliminatoires en maintenant un rythme infernal: prodigieuse moyenne au bâton de ,396 avec 17 circuits et 53 points produits en 53 matchs. Cette saison, Ramirez présentait une fiche de ,348 avec 6 circuits et 20 points produits en 27 matchs. Avant son match d'hier soir, Los Angeles avait remporté ses 13 premiers matchs à domicile en 2009, établissant de ce fait un record des temps modernes. Les Dodgers devront maintenant se passer de leur puissant frappeur de troisième rang pendant presque deux mois.