GES 2, Canadien 1

Photo: Agence Reuters

Des écologistes rêvent de faire des joueurs du Canadien les «ambassadeurs» de la lutte contre les changements climatiques puisque ce sport est né sur la glace, une ressource partout menacée par le réchauffement du climat. Mais les écologistes devront s'en tenir pour l'instant à l'emblématique ours polaire.

Le rendement du club de hockey Canadien semble aller de pair cette année avec la ferveur de ses joueurs à réduire leur empreinte climatique.

En effet, seulement 11 des 22 joueurs du Canadien ont acheté cette année des crédits d'émissions de gaz à effet de serre (GES) pour financer quelque part sur la planète des initiatives qui ont soustrait de l'atmosphère terrestre l'équivalent du CO2 émis lors de leurs nombreux déplacements en avion.

Lorsque les spécialistes de la Fondation Suzuki ont calculé l'empreinte climatique des joueurs du Canadien pour la saison 2007-08, ils ont établi les émissions associées aux déplacements de chaque joueur à 10 tonnes de GES, soit les émissions annuelles de trois Honda Civic. Cette année-là, la quasi-totalité des joueurs du Canadien avaient adhéré au plan d'achat de crédits d'émission de qualité «Gold», soit le niveau de certification environnementale le plus élevé sur le marché.

Les joueurs qui ont participé cette année à l'effacement de leur empreinte climatique sont Saku Koivu, le capitaine, Jaroslav Halak, Mathieu Dandenault, Roman Hamrlik, Patrice Brisebois, Guillaume Latendresse, Steve Bégin, Francis Bouillon, Maxim Lapierre, Alex Tanguay et Josh Gorges.

Il y a eu aussi une baisse d'intérêt pour cette initiative au sein de l'Association des joueurs de la Ligue nationale. Dans la première saison de participation au programme volontaire d'effacement de l'empreinte écologique de notre sport national, quelque 570 joueurs sur les 620 membres de l'association avaient déboursé les 290 $ qu'exigeait l'achat de crédits pour effacer les dix tonnes de CO2.

Mais cette année, la participation à ce programme volontaire a diminué sensiblement. Elle s'est en effet limitée à 420 joueurs qui ont accepté de débourser 350 $ chacun pour des crédits de dix tonnes. Le prix a augmenté en raison d'une demande de plus en plus forte à l'échelle mondiale pour des crédits certifiés.

Mais la participation de 420 joueurs à cette initiative de leur association et de la Fondation David-Suzuki pour la saison 2008-09 représente globalement une importante contribution à la lutte contre les changements climatiques, car elle permet de financer par d'autres projets sur la planète la soustraction de quelque 4200 tonnes de l'atmosphère terrestre. C'est l'équivalent des rejets annuels de 1400 petites voitures.

L'engagement des joueurs de la LNH dans la bataille du climat est une initiative d'Andrew Ferrence, un défenseur des Bruins de Boston. Un soir qu'il jouait dans l'Ouest canadien, on lui a demandé ce qui pourrait lui arriver de mieux sur place. Il a répondu que ce serait une rencontre avec l'écologiste David Suzuki. Ce dernier a entendu le commentaire et leur rencontre, qui a finalement eu lieu, a débouché sur le programme d'effacement des GES de l'association des joueurs.

Le porte-parole montréalais de la Fondation David-Suzuki, Karel Mayrand, n'est pas inquiet de la baisse de participation cette année, «beaucoup plus une question de conjoncture qu'un désengagement des joueurs», dit-il. Il semble que la sollicitation a eu lieu lors d'une réunion où il y avait peu de participants, ce qui expliquerait le désengagement apparent des joueurs.

Dans d'autres sports, dit-il, c'est le club lui-même qui adopte une politique de carbo-neutralité. Ainsi, les Alouettes de Montréal ont acheté en bloc du groupe Planetair assez de crédits pour effacer la totalité des GES émis lors des déplacements du club.

Karel Mayrand rêve du jour où les joueurs de hockey, un sport né sur la glace, deviendront les «ambassadeurs de la lutte aux changements climatiques dans les écoles et les arénas», où ils expliqueraient les enjeux du problème et la manière dont chacun peut contribuer à sa solution afin notamment de préserver les glaces extérieures, sur lesquelles ce sport a pris naissance et où se pointe encore aujourd'hui une bonne partie de la relève.

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