Dopage - Jeanson, Aubut et le Dr Duquette sont punis par le CCES

Geneviève Jeanson a reçu une suspension de dix ans, ce qui s’avère une sanction plutôt symbolique puisque celle-ci a annoncé sa retraite du cyclisme en 2007.
Photo: Jacques Nadeau Geneviève Jeanson a reçu une suspension de dix ans, ce qui s’avère une sanction plutôt symbolique puisque celle-ci a annoncé sa retraite du cyclisme en 2007.

L'entraîneur André Aubut et le docteur Maurice Duquette ont tous deux été suspendus à vie par le Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES) parce qu'ils ont incité la cycliste Geneviève Jeanson à consommer de l'érythropoïétine (EPO) à répétition au cours de sa carrière.

La nouvelle a été annoncée hier par le CCES.

Jeanson a quant à elle reçu une suspension de dix ans, ce qui s'avère une sanction plutôt symbolique puisque celle-ci a annoncé sa retraite du cyclisme depuis qu'elle est passée aux aveux sur les ondes de la Société Radio-Canada, en septembre 2007.

Toutefois, les suspensions imposées à Aubut et Duquette priveront ceux-ci de leur droit de travailler pour tout club cycliste ou cycliste sanctionné par l'Association cycliste canadienne (ACC).

L'ACC et la Fédération québécoise des sports cyclistes (FQSC) ont fait savoir qu'elles «appuyaient entièrement» les sanctions imposées par le CCES.

«L'ACC et la FQSC sont unies dans la lutte contre le dopage. Nos organisations étudieront toutes les sanctions supplémentaires et examineront tous les résultats et tous les titres obtenus par Mlle Jeanson», a indiqué John Tolkamp, président de l'Association cycliste canadienne, par voie de communiqué.

C'est la première fois au Canada, selon les dispositions du code mondial antidopage, qu'un entraîneur et un membre du personnel de soutien sont sanctionnés, indiquent l'ACC et la FQSC dans leur déclaration commune.

«Ces sanctions lancent un message aux personnes qui occupent un poste d'encadrement, à savoir qu'elles sont également passibles de sanctions dans les cas où on peut établir qu'elles ont eu un rôle à jouer dans le comportement des athlètes», a déclaré Louis Barbeau, directeur général de la FQSC, lors d'un entretien avec La Presse canadienne.

Selon Barbeau, l'influence d'Aubut et du Dr Duquette est d'autant plus évidente dans le cas de Jeanson que celle-ci n'était qu'une adolescente lorsqu'elle a commencé à consommer des substances interdites.

«À 23 ou 24 ans, on peut dire qu'une athlète, au bout du compte, a pris sa décision seule, a souligné Barbeau. Mais à un si jeune âge [comme dans le cas de Jeanson], c'est évident que d'autres gens lui ont conseillé de faire ce qu'elle a fait.»

Barbeau a même avancé que si le CCES avait eu le pouvoir de le faire, il aurait dû imposer des sanctions semblables aux parents de Jeanson. Et tout particulièrement à son père, Yves Jeanson, a-t-il avancé.

«Au minimum, M. Jeanson a manqué de vigilance, a dit Barbeau. Ce n'est pas parce qu'on confie son enfant à un entraîneur ou à un club sportif qu'on se dégage de ses responsabilités parentales.»

Enquête de 12 mois

Le CCES a annoncé les suspensions après une enquête qui a duré 12 mois. Celle-ci a été entreprise après que Jeanson eut admis avoir utilisé de l'EPO pendant sa carrière au cours d'une entrevue accordée à l'émission Enquête de la SRC. Celle-ci a été diffusée les 20 et 27 septembre 2007.

Le CCES en est venu à la conclusion qu'Aubut avait «directement administré une substance interdite à Mme Jeanson durant sa carrière en cyclisme et a incité, contribué et porté assistance à l'administration d'EPO à Geneviève Jeanson».

Selon l'arbitre Michel Picher, qui a ordonné la peine, Aubut «a directement administré de l'érythropoïétine [EPO] à Mme Jeanson alors qu'il était son entraîneur».

«De plus, l'arbitre doit conclure que M. Aubut a incité, contribué et porté assistance à l'administration de substances interdites à Mme Jeanson, toujours alors qu'il était son entraîneur», a ajouté Picher, tout en soulignant que la violation commise par Aubut «implique notamment l'administration de substances interdites à une mineure».

En réponse à la conclusion du CCES, Aubut a choisi de se prévaloir de son droit à une audition.

Au sujet du Dr Duquette, le CCES a conclu qu'il avait «commis une violation des règles antidopage en administrant une substance interdite à une mineure [Geneviève Jeanson]», en plus d'avoir «incité, contribué et porté assistance à l'administration d'une substance interdite [...] à cette athlète».

L'organisme a par ailleurs souligné que le Dr Duquette a «admis la violation et renoncé à son droit à une audition».

Parce qu'elle a aidé à établir que l'entraîneur Aubut et le Dr Duquette avaient violé les règles antidopage, Jeanson a vu sa sanction réduite à dix ans de suspension, assortie de «sa non-admissibilité à vie à toute forme d'aide financière du gouvernement fédéral», a indiqué le CCES. Jeanson a renoncé à son droit à une audition.

L'enquête du CCES sur le rôle du personnel d'encadrement d'un athlète est la première réalisée par cet organisme en s'appuyant sur le nouveau code mondial antidopage, qui reconnaît maintenant que les analyses ne sont pas les seuls moyens d'éradiquer le dopage dans le sport.

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