Carbonneau ne comprend toujours pas

Photo: Jacques Nadeau

Il savait qu'il ne serait pas le premier ni le dernier, mais au dixième jour de son renvoi du poste d'entraîneur-chef du Canadien de Montréal, Guy Carbonneau ne s'explique toujours pas les motifs qui ont amené son patron Bob Gainey à lui montrer la porte.

Pourquoi?, «c'est une question que je continue de me poser. Je ne peux pas dire autre chose. Je pensais vraiment qu'on avait le potentiel pour se sortir» de la série d'insuccès que connaissait alors son équipe, a déclaré hier Carbonneau lors d'une conférence de presse qui a duré près d'une heure au Centre Bell. «Il faut toujours traverser une tempête pour savoir le genre d'équipe qu'on a.»

L'ex-pilote s'est dit persuadé que le Canadien «s'en allait dans la bonne direction» lorsque le couperet est tombé, et que le club avait les ressources nécessaires pour causer des surprises dans les prochaines séries éliminatoires pour l'obtention de la coupe Stanley. Une longue série de matchs à domicile s'annonçait. Leurs blessures guéries, de bons joueurs comme Alex Tanguay et Guillaume Latendresse s'apprêtaient à revenir au jeu.

En tout cas, la surprise a été totale. Invité à la quantifier sur une échelle de 1 à 10, le principal intéressé a répondu «12».

Carbonneau a raconté qu'à la descente de l'avion ramenant le Canadien de Dallas dans l'après-midi du lundi 9 mars dernier, il est passé chercher ses chiens chez le vétérinaire, puis a reçu un appel téléphonique de Gainey. Ce dernier voulait le rencontrer au domicile de l'entraîneur-chef à peine dix minutes plus tard. Carbonneau a songé qu'il devait se passer quelque chose de grave, mais jamais, jamais, a-t-il assuré, la perspective d'être congédié ne lui a même effleuré l'esprit. «Je ne m'y attendais pas du tout», a-t-il affirmé.

La conversation face à face n'a pas dû être riche en détails quant aux motivations de Gainey, puisqu'elle n'a duré qu'une dizaine de minutes. La semaine dernière, le directeur général avait pointé le manque de constance du Canadien, l'incapacité de Carbonneau à obtenir un rendement régulier de ses hommes match après match, période après période.

Cela étant, si on avait clairement affaire hier à un homme qui se sent trahi mais tient absolument à garder la tête haute, celui qui est toujours sous contrat avec le grand club pour les deux prochaines années et est donc tenu à une certaine réserve dans ses propos concernant l'organisation a déclaré: «Je respecte la décision de Bob, et il est temps de tourner la page.»

«Je suis et demeurerai toujours un maniaque de hockey et un fan du Canadien. J'aimais vraiment ce que je faisais. Je n'aurais jamais voulu commencer ma carrière d'entraîneur ailleurs qu'à Montréal. J'ai l'intention de revenir au Centre Bell et de demeurer dans la communauté», a-t-il ajouté, précisant qu'il était fier de son bilan, notamment les 104 points récoltés en saison régulière l'an dernier, et qu'il ne formulerait aucun autre commentaire d'ici la fin de la saison.

Tantôt ému, tantôt légèrement frondeur, dans l'ensemble sobre, Guy Carbonneau s'est aussi présenté en homme persuadé de la justesse de sa cause lorsqu'il a déclaré que si c'était à refaire, il n'agirait pas différemment. Certes, le proverbial problème de «communication» avec ses joueurs a été évoqué, et il a convenu qu'il n'était pas le plus loquace des individus — «j'ai certainement des lacunes» —, raison d'ailleurs pour laquelle il s'était adjoint les services de Kirk Muller, mais qu'«une communication, ça se fait à deux».

«Aucun entraîneur ne fait l'unanimité», a-t-il poursuivi, évoquant à plusieurs reprises le célèbre adage des trois tiers: dans une équipe de hockey, un tiers des joueurs aiment le coach, un tiers le détestent, et l'entraîneur doit se débrouiller pour avoir le troisième tiers, formé de joueurs qui sont encore indécis, de son côté.

Et s'il refuse de faire «le procès des joueurs sur la place publique», Carbonneau n'a pas nié qu'il puisse y avoir — le mot n'est cependant pas de lui mais d'un journaliste — des «pommes pourries» au sein du Canadien. «Ce sera à Bob et à l'organisation de les trouver. Il y aura 11 joueurs autonomes sans compensation à la fin de la saison. Ce sera le temps de s'en débarrasser.»

Au sujet de son ancien capitaine Saku Koivu, qui a lui aussi blâmé l'entraîneur-chef pour son manque de communication, il a répondu: «Je ne suis pas ici pour déblatérer sur les joueurs. Un joueur doit jouer, peu importe qui est derrière le banc. Je ne m'attendais pas à recevoir des marques d'affection.»

Plus loin, il devait ajouter, de manière sibylline: «Un jour, la vérité sortira.»

Quant à ses projets d'avenir, Guy Carbonneau partira d'abord en vacances. Plus tard, il n'écarte pas un retour derrière le banc d'une équipe de la Ligue nationale de hockey. «J'aimerais retourner dans la LNH comme entraîneur, mais il faudra que la situation soit bonne pour moi.»

En tout cas, en commençant par Montréal, il se sera blindé contre les projecteurs les plus nombreux et les plus chauds.

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