Chantal Petitclerc est l'athlète féminine de l'année 2008 de La Presse canadienne

Malgré tous les honneurs qu'elle a remportés après une saison exceptionnelle en piste, la sprinteuse en fauteuil roulant Chantal Petitclerc était surprise que La Presse canadienne lui décerne le prix Bobbie-Rosenfeld pour 2008, remis à l'athlète féminine de l'année au Canada, hier.

«Je suis un peu surprise du nombre de prix qu'on peut recevoir dans la même année», a humblement déclaré Petitclerc, qui a également reçu le prix Lou-Marsh du Toronto Star ainsi que les titres d'athlète féminine et d'athlète handisport de l'année de la part d'Athlétisme Canada, en plus d'être honorée aux Lauréats montréalais un peu plus tôt cette année.

D'ailleurs, l'athlète originaire de Saint-Marc-des-Carrières a été très touchée d'être sélectionnée par les différents directeurs des sports des journaux et commentateurs de la radio et de la télévision membres de La Presse canadienne.

«Je trouve cela extraordinaire que ce soit des gens du milieu qui choisissent le lauréat», a-t-elle ajouté.

L'athlète de 39 ans originaire de Saint-Marc-des-Carrières devient la cinquième Québécoise à remporter cet honneur, après Myriam Bédard (1994), Carolyn Waldo (1987 et 1988), Sylvie Bernier (1984) et Jocelyne Bourassa (1972). Elle est la première athlète paralympique à le décrocher depuis qu'il a été créé en 1933.

L'athlète masculin de l'année de La Presse canadienne sera connu demain, tandis que le prix remis à l'équipe de l'année sera annoncé lundi.

Petitclerc loin devant les autres

Qu'elle soit surprise et touchée montre à quel point le succès n'est pas monté à la tête de cette athlète exceptionnelle. Mais, comme elle le fait en piste, Petitclerc a laissé la compétition loin derrière dans ce scrutin qu'elle a remporté haut la main.

Petitclerc a amassé 64 votes de première place, 12 votes de deuxième place et quatre votes de troisième place pour un total de 220 points, devançant par 105 points sa plus proche rivale, la lutteuse de la Colombie-Britannique Carol Huynh. La plongeuse québécoise Émilie Heymans a pris le troisième rang avec 59 points.

«Qui d'autre que Chantal Petitclerc?», s'est demandé Michel Poirier, directeur des sports au Journal de Québec, en déposant son vote pour ce prestigieux prix.

Les résultats de l'athlète québécoise ne laissent en effet planer aucun doute: pour les deuxièmes Jeux olympiques d'affilée, Petitclerc a remporté toutes les courses auxquelles elle a pris part — 100 m, 200 m, 400 m, 800 m et 1500 m — signant au passage deux records mondiaux, sur 200 m et 800 m, alors que la compétition à laquelle elle a fait face était la plus vive. Ces cinq médailles d'or portent son total à 21 médailles paralympiques, dont 14 d'or. Elle a remporté une quinzaine de courses cette saison, ne laissant filer la victoire «qu'au moment de tester de nouvelles tactiques en vue des Jeux de Pékin».

«Ce n'est pas seulement qu'elle ait battu toutes les autres athlètes en fauteuil roulant, mais c'est qu'elle se soit dépassée et obtenu ces résultats sur la plus grosse scène qui soit, a quant à lui déclaré Jim Christie, du Globe and Mail. Plus que tout, elle s'est avérée la figure de proue des personnes handicapées, proclamant haut et fort qu'elles n'ont pas à vivre en marge de la société.»

Petitclerc a abattu trois marques mondiales cette année, devenant notamment la première athlète en fauteuil roulant à franchir le 100 m en deçà de 16 secondes quand elle a stoppé le chrono à 15,91 secondes lors d'une compétition tenue à Atlanta, en juillet. Petitclerc détient actuellement toutes les marques mondiales en sprint.

«C'était mon objectif. Je savais que ce seraient mes derniers Jeux et je voulais détenir tous les records mondiaux au moment de prendre ma retraite.»

C'est d'ailleurs cette domination qui amène Petitclerc à abandonner le sprint pour se consacrer aux courses de fond, soit les demi-marathons et les marathons.

«Depuis six ans, j'ai gagné toutes les médailles paralympiques, je détiens toutes les marques mondiales — certaines que j'ai améliorées plus d'une fois —, alors je ne peux rien faire de plus, ne serait-ce que de recommencer le processus à nouveau. Il faut savoir, quand nous avons accompli tout ce qu'il y avait à accomplir, quand c'est le temps d'aller voir ailleurs.»

Elle a déjà entrepris l'entraînement en vue de prendre part au prestigieux marathon de Boston, au printemps prochain.

«Pour moi, c'est vraiment une année de transition. Je dois complètement changer mes méthodes d'entraînement, la façon de m'alimenter, mes périodes de récupération. Ça me sort de ma zone de confort. Bien que je n'aurai pas à apprendre une nouvelle technique, je devrai apprendre à travailler en peloton, à affronter des pentes et à virer de façon efficace. C'est un défi que j'avais envie de relever.»

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