Montréal fait son deuil du Grand Prix

Le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, et le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ont annoncé en conférence de presse, hier, à Montréal, que le Grand Prix du Canada n’aurait pas lieu en 2009.
Photo: Jacques Grenier Le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, et le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ont annoncé en conférence de presse, hier, à Montréal, que le Grand Prix du Canada n’aurait pas lieu en 2009.

Les négociations pour réinscrire Montréal au calendrier 2009 de la Formule Un ont achoppé en raison des trop grandes exigences du grand manitou de la Formule 1, Bernie Ecclestone, ont indiqué hier Gérald Tremblay, Raymond Bachand et Michael Fortier.

Ils ont mis un point final aux efforts de sauvetage du Grand Prix du Canada à Montréal. «Je suis très très déçu. [...] Les demandes excessives de la Formule Un ne correspondent pas à la capacité de payer des contribuables», a indiqué le maire de Montréal, Gérald Tremblay.

«Nous avons déployé des efforts constants au cours des dernières semaines pour faire en sorte qu'il y ait un Grand Prix à Montréal tout en demeurant financièrement responsables. Nous ne pouvons rencontrer les demandes irréalistes de M. Ecclestone, a pour sa part affirmé le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation et ministre du Tourisme, Raymond Bachand. À moins que Bernie Ecclestone n'assouplisse ses exigences et démontre moins d'intransigeance, il n'y aura pas de Grand Prix à Montréal en 2009.»

«Les exigences de M. Ecclestone sont déraisonnables pour le modèle économique et les revenues anticipés du Grand Prix de Montréal», a renchéri l'ancien ministre du Commerce international et ministre responsable de la grande région de Montréal, Michael Fortier.

Plusieurs dizaines de millions séparaient la Formule Un et Montréal. En plus de la totalité des profits générés par la publicité sur le circuit et aux loges de l'île Notre-Dame, soit entre 16 et 20 millions de dollars supplémentaires, le président de la Formula One Administration Limited, Bernie Ecclestone, réclamait des redevances de près de 175 millions pour les cinq prochaines années, soit de 2009 à 2013.

Les gouvernements du Canada et du Québec ainsi que la Ville de Montréal s'étaient aussi engagés à assumer des frais annuels oscillant entre 20 et 24 millions, pour un total de plus de 110,5 millions sur cinq ans.

Et M. Ecclestone exigeait que le contrat soit accompagné d'une garantie gouvernementale ou bancaire.

Les gouvernements fédéral et provincial, la Ville de Montréal et Tourisme Montréal avaient aussi consenti à investir 10 millions de dollars.

Le Cirque du Soleil et le Groupe Spectacles Gillett ont analysé la proposition de Bernie Ecclestone et sont arrivés à la même conclusion: le modèle économique qu'il a proposé ne fonctionnerait pas.

Le Grand Prix du Canada a été retiré du calendrier 2009 de la Formule Un le 7 octobre dernier. Un peu plus de deux semaines plus tard, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, et les ministres Raymond Bachand et Michael Fortier se sont envolés pour Londres et ont rencontré Bernie Ecclestone. «Quand on s'est rendus à Londres, moi, j'avais l'impression que M. Ecclestone, maintenant que les gouvernements étaient prêts à s'impliquer financièrement, allait être disposé à avoir une approche plus créative face au dilemme de Montréal. Malheureusement, ce ne fut pas le cas, a indiqué hier Michael Fortier.

Cinq jours plus tard, dans une offre de contrat définitive, M. Ecclestone exigeait une garantie bancaire de près de 175 millions de dollars pour les cinq prochaines années d'un Grand Prix à Montréal. Une nouvelle proposition de contrat est tout de même acheminée à M. Ecclestone le 4 novembre. Elle garantissait à la Formula One Administration Limited une participation financière gouvernementale et du milieu touristique à hauteur de 50 millions sur cinq ans, soit 10 millions par année. Le grand argentier de la F1 l'a rejetée du revers de la main. Il a finalement opposé mercredi dernier une fin de non-recevoir à une proposition bonifiée pour l'édition 2009 du Grand Prix qu'on lui a communiquée verbalement. «Malheureusement, votre proposition révisée, qui ne diffère que légèrement de la dernière proposition envoyée, reçue le 4 novembre, ne règle pas nos principaux problèmes. [...] Il y a un non-sens à débattre [des aspects économiques] malgré l'absence d'un cadre financier crédible», a répondu le grand patron de la F1 à Michael Fortier dans une lettre datée du 12 novembre dernier.

L'arrêt de mort du Grand Prix du Canada était signé. Il serait remplacé par celui de Turquie.

Les retombées économiques du Grand Prix du Canada à Montréal étaient évaluées entre 75 et 80 millions de dollars annuellement. Quelque 300 millions de personnes sont rivées à leur petit écran lors du Grand Prix du Canada alors que plus de 200 000 amateurs de Formule Un prennent d'assaut l'île Notre-Dame. «Notre industrie va connaître une période difficile en 2009. [...] Ça me désole autant que lorque nous avons perdu les Expos, a dit le président-directeur général de Tourisme Montréal, Charles Lapointe. Maintenant, il faut tourner la page et regarder ce qu'on peut aller chercher d'autre.»

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, entend mettre sur pied un fonds de développement pour de nouveaux événements «déclencheurs pour l'économie, le tourisme et l'emploi». Gérald Tremblay veut pallier le manque à gagner créé par le retrait de la course de F1 dans la métropole québécoise. «J'aimerais beaucoup mettre en place un fonds de développement touristique pour financer de nouveaux événements. Ça va nous prendre de l'argent pour les attirer à Montréal», a ajouté Charles Lapointe.

À Rouyn-Noranda, le premier ministre du Québec, Jean Charest, a déploré la rigidité de Bernie Ecclestone. «C'est de l'intransigeance. [...] Demander une garantie de 175 millions de dollars sur cinq ans, c'est de l'argent. On ne parle pas de marge d'erreur ou de marge de négociation», a-t-il affirmé.

Le Parti québécois (PQ) et l'Action démocratique du Québec (ADQ) n'ont pas tardé à commenter la perte du Grand Prix et ont décoché quelques flèches au Parti libéral du Québec.

«Le gouvernement Charest nous a endormis en 2006 en disant avoir négocié de façon ferme pour que le Grand Prix ait lieu jusqu'en 2011. On s'est fait rouler dans la farine par les libéraux, et la métropole écope», a indiqué la candidate du PQ de Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger, par voie de communiqué. La perte du Grand Prix s'ajoute à la longue liste de fiascos libéraux. C'est un autre exemple que quand Jean Charest gère, ça dégénère. C'est pratiquement devenu une garantie que quand il a les mains sur le volant, le Québec prend le champs.»

«Cette nouvelle perte pour Montréal démontre que les lunettes roses du gouvernement Charest sur la situation de Montréal ne constituaient qu'un écran de fumée», a affirmé le président de l'ADQ, Tom Pentefountas.

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