Le grand Butch

Butch Bouchard, un capitaine enthousiaste.
Photo: Butch Bouchard, un capitaine enthousiaste.

La tradition n'est jamais bien loin lorsqu'il est question du Canadien de Montréal, et la proximité du centenaire de l'équipe fournit — et fournira au cours des prochains mois — de multiples occasions supplémentaires de ramener au devant de la scène les gloires du passé.

Mercredi soir de la semaine dernière, à l'occasion du match inaugural local de la saison 2008-09, la longue célébration s'est amorcée avec le dévoilement d'un «anneau d'honneur» et le déroulement du tapis rouge pour les deux Glorieux toujours vivants les plus âgés, et ç'a donné lieu à deux moments d'une rare intensité émotive. Quand, apercevant son vieux camarade Elmer Lach, le visage d'Émile Bouchard s'est instantanément éclairé. Et quand, quelques instants plus tard, Bouchard a tenu à se lever de son fauteuil roulant pour procéder à la mise au jeu protocolaire.

Par-delà cette présence, Bouchard, estiment plusieurs, est le grand oublié de toutes ces festivités. L'animateur de radio Ron Fournier mène depuis plusieurs mois une croisade afin que, comme ce fut le cas récemment pour les Dryden, Robinson, Gainey, Savard, Geoffrion, et comme ce sera le cas le mois prochain pour Patrick Roy, l'uniforme numéro 3 d'Émile Bouchard soit officiellement retiré par le Canadien. Tout porte à croire que ce ne sera pas le cas, mais cela n'enlève rien à la dimension de son rôle dans la prestigieuse histoire de la Flanelle.

Cela dit, Butch Bouchard ne fut pas qu'un joueur de hockey, et une exposition présentée par l'Écomusée du fier monde vient à point nommé nous le rappeler. (En passant, ce surnom de Butch lui aurait été donné par son coéquipier Robert Fillion, à la fois anglicisation de son patronyme et évocation de sa robustesse et de l'impression qu'il donnait de toujours vouloir découper l'adversaire.) L'homme, aujourd'hui âgé de 89 ans, réussit également dans les affaires et se montra constamment engagé dans sa communauté.

Certes, c'est par le sport qu'il est devenu célèbre. Remarqué par Paul Stuart, le gérant des 38 équipes qui avaient pour domicile le parc Lafontaine, il est arrivé avec le CH en 1941, alors que l'équipe sort exsangue d'une décennie d'ineptie, il n'a pas tardé à s'imposer comme «le roc de Gibraltar», l'inébranlable pilier défensif qui devait notamment faire de la place pour qu'un certain Maurice Richard, de deux ans son cadet, puisse s'exprimer à son aise. (Le Rocket dirait d'ailleurs beaucoup plus tard que «parmi mes 325 coéquipiers avec le Canadien, Émile est le seul qui soit venu à ma défense».)

Capitaine à partir de 1948, il a surmonté cette année-là une grave blessure à un genou qui a failli mettre fin à sa carrière, et poursuivi sa route jusqu'en 1956, remportant au passage quatre coupes Stanley. L'entraîneur Dick Irvin l'avait qualifié de meilleur défenseur de l'histoire et son intronisation au Temple de la renommée en 1966 fut une formalité.

Ce qu'on sait moins, par contre, c'est que Butch Bouchard, pendant les années 1940, gagna aussi sa vie comme... apiculteur, exploitant à un moment donné jusqu'à 300 ruches à Longueuil. «Les abeilles, devait-il raconter, m'ont appris le sang-froid. Le moindre faux mouvement et elles se retournent contre toi.»

Cette occupation lui a d'ailleurs valu de ne pas être soumis à la conscription, le gouvernement considérant que les hommes travaillant dans l'agriculture étaient plus utiles au boulot que sur le front. Ainsi sa carrière de hockeyeur n'a-t-elle jamais été interrompue.

En homme avisé, Bouchard est toujours resté conscient de ce que le hockey ne pourrait éternellement assurer sa subsistance. La blessure de 1948 ne fit qu'accroître sa volonté de protéger ses arrières, et en même temps de donner libre cours à son attrait pour les affaires et à son côté grégaire. Il acquit dès lors un restaurant, sur l'ancienne rue De Montigny (aujourd'hui Maisonneuve), dans le centre-est de Montréal, et, en lui donnant son nom, le transforma en véritable institution qu'allait fréquenter le Tout-Montréal pendant 35 ans.

Il avait l'habitude d'accueillir tous ses clients par un seul mot, «Bienvenue», d'où le titre de l'exposition, Bienvenue chez Butch Bouchard.

Parallèlement, il est resté, après sa retraite de joueur, actif dans le milieu, comme le veut la formule. Baseball — membre de la direction des Royaux de Montréal à la fin des années 1950, fondateur des Ducs de Longueuil —, hockey mineur, engagement communautaire et même... la politique. Il fut conseiller municipal (bénévole) à Longueuil de 1960 à 1962 et refusa par la suite de sérieuses invitations à se présenter à la mairie...

À l'aide d'une impressionnante galerie de photos tirées notamment des archives de la famille, l'exposition de l'Écomusée fait surgir les multiples aspects d'une longue vie bien remplie. De nombreux artefacts sont aussi présentés, dont le chandail qu'il porta lors du tout premier match des étoiles de la Ligue nationale et un autre qu'il endossa à son dernier match en carrière.

À noter, un exemplaire du magazine L'industrie hôtelière qui le présente comme restaurateur, apiculteur et... hockeyiste!

Une exposition à visiter, pour se replonger dans la grande époque...

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Bienvenue chez Butch Bouchard

À l'Écomusée du fier monde jusqu'au 8 mars 2009