La crise financière entraînera une crise d'identité dans le sport professionnel

New York — L'éclatement de la bulle technologique dans les années 1990 et les scandales comptables du début de la décennie ont forcé les stades et les arénas à travers les États-Unis à changer leur nom. Enron Field est devenu le Minute Maid Park et des noms comme PSINet Stadium et CMGI Field sont disparus.

Maintenant, l'effondrement des marchés boursiers entraîne sa propre crise identitaire pour les installations sportives portant le nom d'une institution financière rayée de la carte ou en détresse.

Le Wachovia Center de Philadelphie, domicile des Flyers de la LNH et des 76ers de la NBA, et les cinémas WaMu du Madison Square et de Seattle font partie de ces installations dont les noms font face à un avenir incertain.

D'un autre côté, les joueurs de la mythique équipe Manchester United en Premier League anglaise portent le logo d'AIG sur leur maillot, offrant ainsi de la publicité à une compagnie qui était tellement en difficulté que le gouvernement américain a dû en prendre le contrôle.

Certains noms du paysage financier — Washington Mutual, par exemple — pourraient complètement disparaître. Dans d'autres cas, le public et les actionnaires se demandent pourquoi ces compagnies en difficulté continueraient à dépenser des millions qu'elles n'ont pas dans ces ententes promotionnelles avec le monde sportif.

On peut donc prévoir que quelques bâtisses changeront de nom.

«On pourrait s'attendre à ce que ce soit le premier item à l'ordre du jour», a déclaré Rob Vogel, président de Bonham Group, une firme qui aide les propriétaires d'immeubles à dénicher de la commandite, notamment en leur vendant les droits du nom de l'enceinte. «C'est dans le meilleur intérêt de tous de changer d'image le plus rapidement possible.»

Quand Enron s'est effondré à la suite du spectaculaire cas de fraude comptable, les Astros de Houston ont rapidement effacé toute trace du nom de la compagnie dans leur stade. Il a été rebaptisé le Minute Maid Park quelques mois plus tard.

La plupart des contrats pour les noms d'édifices comprennent ce genre de clause échappatoire. Bien que chaque entente diffère, les détails — et les coûts — sont habituellement transmis à quiconque achète la compagnie commanditaire, a expliqué Dick Sherwood, président de Front Row Marketing Services, qui aide à la négociation de ce type d'ententes.

Selon Sherwood, si Citigroup — qui a accepté de se porter acquéreur des opérations bancaires de Wachovia lundi — devait modifier le nom du Wachovia Center, cela pourrait leur en coûter près d'un million de dollars américians seulement pour faire installer la nouvelle appellation sur l'immeuble, fournir de nouveaux uniformes aux employés et dessiner un nouveau logo.

Si un nouveau nom devait affubler le Wachovia Center, il s'agirait du quatrième depuis 1994, en raison d'une série de fusions et acquisitions dans le secteur bancaire.

«L'histoire se répète depuis des années en raison du rythme où les banques sont vendues ou fusionnent entre elles», a dit Sherwood, dont les bureaux sont situés dans le Wachovia Center.

Après que le câblodistributeur Adelphia eut déclaré faillite à la suite d'une affaire de corruption, l'Adelphia Coliseum des Titans du Tennessee de la NFL est devenu simplement The Coliseum, avant de devenir le LP Field, après une entente avec la société Louisiana-Pacific.

Les Ravens de Baltimore ont aussi eu à changer le nom de leur édifice — PSINet Stadium à l'époque — après que la compagnie Internet eut déclaré faillite. Le stade se nomme maintenant le M&T Bank Stadium.

Une porte-parole de Citigroup a déclaré qu'il était trop tôt pour spéculer sur ce qui se passerait avec l'aréna de Philadelphie. Et pour l'instant, il semblerait que les joueurs de Manchester United continueront de porter le logo d'AIG sur leur uniforme. Joe Norton, porte-parole pour AIG, a déclaré que rien n'avait changé en ce qui a trait à la commandite.

Les représentants de la Washington Mutual n'ont pas retourné l'appel de l'Associated Press. WaMu a été rachetée par JPMorgan Chase la semaine dernière.

M. Vogel a ajouté que les compagnies allaient prendre le temps nécessaire pour évaluer ces ententes et que certaines allaient certainement tenter de trouver une façon — bien lire: payer — de mettre fin aux contrats.