Les matchs du Tricolore diffusés sur le câble seulement

Toronto — À peine remis d'un lock-out de deux mois, les commentateurs de Radio-Canada impliqués dans «La Soirée du hockey» sont très inquiets de leur sort.

«Ça augure mal», ont confié tour à tour Claude Quenneville, Jean Pagé et René Pothier, qui étaient tous à Toronto pour le sixième match de la série entre les Maple Leafs et les Hurricanes de la Caroline.


Ils craignent sérieusement que cette émission phare de Radio-Canada ne quitte l'antenne.


Selon les informations fournies par leurs patrons, la LNH et le Canadien exigent qu'un même réseau télévise un maximum de 124 matchs, soit les 82 du Canadien — en plus de rencontres des séries éliminatoires.


«On croyait avoir une entente de principe, explique Pothier. Radio-Canada tenait tellement au hockey qu'on avait même accepté de payer plus cher. Mais c'est évident que si on exige la présentation de tous les matchs, c'en est fini du hockey à Radio-Canada.


Le réseau spécialisé RDS est le seul qui serait en mesure de présenter autant de matchs de hockey, mais ce n'est pas un réseau conventionnel et environ 40 % des Québécois ne sont pas câblés.


«Nos moins bonnes cotes d'écoute [environ 400 000 auditeurs] sont meilleures que leurs meilleures», a lancé Pagé.


Il ne s'agissait pas de dénigrer RDS, mais seulement de rappeler qu'il faut le câble pour capter ses émissions.


RDS fait partie de l'empire de Bell Canada, qui est un commanditaire majeur du Canadien, lequel disputera dorénavant ses matchs au Centre Bell.


Que les matchs du Canadien ne soient plus accessibles à toute la population semble impensable aux commentateurs de la société d'État, qui souhaitent l'intervention du gouvernement fédéral et de la ministre du Patrimoine Sheila Copps.


Le vice-président aux communications du Canadien, Donald Beauchamp, a fait savoir que ses patrons n'allaient pas commenter les négociations en cours. Il a toutefois expliqué que, compte tenu des particularités du marché, la LNH a fait une exception dans le cas des droits francophones du Canadien en impliquant l'équipe dans ces négociations, qu'elle mène seule dans le cas des 29 autres formations.


Le propriétaire du Canadien, George Gillett, a engagé un représentant de la puissante firme de marketing sportif IMG pour négocier, ont appris les commentateurs de Radio-Canada. On a même rapporté qu'il s'agirait du même individu qui aurait été engagé par Jeff Loria pour négocier au nom des Expos, avec les résultats que l'on connaît...


Beauchamp a assuré qu'il n'était pas au courant de cette histoire, précisant que c'est le président Pierre Boivin qui dirige les négociations. Mais il est évident que celui-ci doit se rapporter au propriétaire de l'équipe.


Quant à Michel Bergeron, qui vient d'accepter un lucratif contrat du réseau Quatre-Saisons, il affirme avoir signé un contrat en deux volets et qu'il ne perdra rien si ce réseau devait aussi perdre la présentation des matchs de hockey.