Hockey junior - Tolérance zéro pour la «violence gratuite»

La Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) a décidé de serrer la vis aux joueurs qui en viennent aux poings sur la patinoire en adoptant une réglementation plus sévère pour prévenir les bagarres, sans toutefois les interdire. La ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport et ministre de la Famille, Michelle Courchesne, s'est dite «satisfaite» des nouvelles dispositions, admettant du même coup qu'«on ne peut pas empêcher deux jeunes de jeter les gants».

«Nous n'allons rien accepter qui dépasse le cadre normal d'un match de hockey, a résumé hier le commissaire de la ligue, Gilles Courteau. Nous voulons changer la culture du hockey. Des situations de débordement, nous n'en voulons plus.» Ce sera donc «tolérance zéro» pour toutes les formes de violence gratuite, a-t-il assuré.

Les nouvelles sanctions prévoient notamment l'expulsion et la suspension, pour un match, d'un joueur reconnu comme étant l'instigateur d'une bagarre de routine, sans débordement. Dans ce cas, son adversaire devra passer cinq minutes sur le banc des punitions. Une bataille dans les cinq dernières minutes de la partie entraînera aussi une suspension automatique d'un match. Si un hockeyeur s'en prend à un gardien de but, il sera à l'écart du jeu pour cinq matchs. S'il a envie d'en découdre dès l'échauffement d'avant-match, ce sera 10 rencontres.

Pour ce qui est des gardiens de but, en plus de recevoir une punition majeure avec extrême inconduite de partie, ceux qui participeront à une bataille avec un joueur ou un autre gardien recevront une suspension automatique de deux matchs. Si le gardien est jugé agresseur envers un joueur ou un autre gardien, il recevra une suspension automatique de cinq à dix parties.

Les entraîneurs auront un dossier disciplinaire qui, selon les incidents qui y figureront, leur occasionnera des comparutions devant le préfet de discipline, des amendes et des suspensions automatiques. Par exemple, en cas d'une mêlée générale, un entraîneur devra débourser 5000 $, en plus de ne pouvoir se présenter derrière son banc pour deux matchs.

Pour toutes les manifestations de violence gratuite, les préfets de discipline pourront également imposer des sanctions plus sévères en cas de récidive, selon une gradation établie par la LHJMQ. Le commissaire de la ligue a aussi indiqué que l'organisation était prête à apporter des ajustements supplémentaires à sa réglementation «en cours de route», si cela devait s'avérer nécessaire.

M. Courteau a précisé que si la nouvelle réglementation avait été en place à l'occasion des incidents survenus le printemps dernier entre les Remparts de Québec et les Saguenéens de Chicoutimi, le gardien des Remparts, Jonathan Roy, aurait écopé une suspension automatique de 15 matchs, s'il avait été déclaré comme étant l'agresseur. Ce dernier avait roué de coups Bobby Nadeau, le gardien de l'équipe adverse, au cours d'une mêlée générale. C'est en fait cet événement qui a mené aux mesures annoncées hier.

Il y a trois semaines, le coprésident du comité consultatif, Jacques Letellier, avait dévoilé un rapport de 40 pages contenant 31 recommandations ayant pour but d'enrayer la violence gratuite au hockey. Il y proposait différentes mesures pour arriver à l'objectif espéré. Essentiellement, les seules recommandations du rapport initial qui n'ont pas été retenues dans la nouvelle réglementation sont celles concernant l'affectation de deux arbitres à tous les matchs de la LHJMQ et l'imposition de pénalités majeures de 10 minutes à deux joueurs impliqués dans une bagarre de routine, sans débordement.

M. Courteau a déclaré que la LHJMQ avait décidé d'aller au-delà du cadre des simples bagarres pour mettre plutôt l'accent sur tous les gestes de violence gratuite, tels que les coups de bâton et les coups derrière la tête. «Si un joueur se bat sous le coup de l'émotion et que ça dure 10 secondes puis il se rend au banc, cet aspect-là des bagarres n'est pas un problème majeur, a dit Gilles Courteau. Les débordements qui en découlent, c'est ça, le problème. Notre but, c'était de mettre en place des règles qui seront plus sévères à l'endroit de ce qui peut arriver après un combat.»

Il s'est tout de même dit confiant que ces dispositions auront «un effet dissuasif sur la violence gratuite». Elles seront d'ailleurs appliquées dès ce soir, puisque la 40e saison régulière s'amorcera, alors que les Tigres de Victoriaville seront à l'aréna Robert-Guertin pour y affronter les champions en titre de la Coupe du président, les Olympiques de Gatineau.

Devant les inquiétudes à l'effet que la réglementation laisse encore beaucoup de place à l'interprétation et au jugement des officiels, M. Courteau a répondu que «toutes les règles seront très claires pour les arbitres et les équipes». Plusieurs équipes ont d'ailleurs réagi positivement hier à cette annonce, tout comme Hockey Québec.

Michelle Courchesne satisfaite

La ministre Courchesne a visiblement mis un peu d'eau dans son vin, elle qui avait plaidé au cours des derniers mois pour une interdiction pure et simple des batailles dans la ligue. Hier, elle s'est dite satisfaite de la nouvelle réglementation, admettant désormais qu'«on ne peut pas empêcher deux jeunes de jeter les gants». Elle a tout de même jugé que la sévérité des mesures devrait avoir l'effet voulu sur les joueurs de la LHJMQ, saluant entre autres l'idée d'appliquer une gradation des sanctions qui soit dissuasive pour les bagarreurs récidivistes.

«La ligue a fait un travail important par rapport à ce qui existait auparavant, a estimé Mme Courchesne à Québec. Cela dit, nous allons suivre très assidûment la situation.» La ministre a en outre dit être en contact avec ses homologues des autres provinces sur ce sujet, jugeant que des mesures de la même ampleur devraient être prises ailleurs au pays d'ici deux à trois ans. Le porte-parole de l'opposition officielle en matière de loisir et de sport, Sylvain Légaré, a pour sa part jugé que la LHJMQ avait pris la «bonne décision».

Tous ne crient cependant pas victoire. Même s'il s'agit d'un «effort louable de la ligue», les nouvelles mesures disciplinaires démontrent qu'«il n'y a pas cette volonté politique de mettre fin aux batailles au hockey», a ainsi fait valoir Gaston Marcotte, professeur associé au département d'éducation physique de l'université Laval.

«C'est comme si le hockey avait de la difficulté à s'extirper de sa mentalité "Cro-Magnon" pour dire qu'on fait partie d'une société qui vise à faire respecter la dignité humaine, surtout dans une ligue qui encadre des jeunes de 20 ans et moins, a-t-il ajouté. Théoriquement, elle devrait être un milieu d'apprentissage et de socialisation. Elle ne devrait donc pas tolérer des agissements qui vont complètement à l'encontre de la dignité humaine.» Selon lui, on s'accroche toujours à la «vieille mentalité» qui veut que la violence soit rentable. Il faut dire que les spectateurs n'ont pas tendance à détourner le regard lorsque des joueurs en viennent aux poings, bien au contraire.

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Avec La Presse canadienne

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