Le stock-car par-delà les frontières

Patrick Carpentier (n° 22) se voit confier un premier volant en NASCAR cette année et espère que cela lui servira de tremplin pour la fin de la saison, voire pour 2008.
Photo: Pascal Ratthé Patrick Carpentier (n° 22) se voit confier un premier volant en NASCAR cette année et espère que cela lui servira de tremplin pour la fin de la saison, voire pour 2008.

Dans sa colonne de «faits statistiques» liés à l'épreuve NAPA Auto Parts 200 de la série Busch qui sera disputée aujourd'hui sur le circuit Gilles-Villeneuve de l'île Notre-Dame, le site web officiel du circuit NASCAR — dont la consultation n'est pas inutile lorsqu'on ne connaît rien à un sujet et qu'on doit en parler — ne manque pas de souligner que Montréal est la deuxième ville de langue française en importance au monde, après Paris. Un peu plus loin, on constate toutefois qu'il reste des tours à faire avant que l'acclimatation linguistique ne devienne réalité. «Bienvenue au Montreal», peut-on lire.

Remarquez, la chose est fort compréhensible. Dans tout l'univers, difficile de dénicher un truc plus authentiquement made in USA que cette organisation sportive, que cette discipline qu'est la course de stock-car, que les traditions et le mode de vie qui l'entourent, que les dizaines de millions de fans qui en suivent assidûment les activités (et qui sont souvent dépeints de manière pas très flatteuse pour toutes sortes de raisons et qui en sont fiers). Né dans le sud, et plus précisément dans le sud-est, des États-Unis et ayant connu son premier essor au temps de la Prohibition, le stock-car cherche maintenant à repousser ses propres frontières. Mais il le fait très tranquillement, avec la clairvoyance de qui sait où se trouvent ses racines et son intérêt.

Mais procédons un peu par ordre. NASCAR, c'est l'acronyme de National Association of Stock Car Auto Racing, un circuit fondé au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale par William France, un mécanicien passionné de course devenu pilote après avoir rallié la Floride pour fuir la misère provoquée par la Crise de 1929. Au fil des ans, NASCAR a pris plusieurs visages et proposé toutes sortes de compétitions, et elle connaît aujourd'hui un tel succès qu'elle vient au deuxième rang des sports professionnels aux États-Unis pour les cotes d'écoute télévisuelles, derrière le football de la Ligue nationale et loin devant le baseball, le basketball et, il va sans dire, le hockey. Les assistances aux courses dépassent régulièrement les 100 000 personnes. Il est toujours périlleux de sous-estimer l'estime du citoyen postmoderne moyen pour le moteur frais qui se donne à fond la caisse.

La principale affiche de NASCAR est la Nextel Cup, la «ligue majeure» du stock-car, qui regroupe les meilleurs pilotes et présente 36 épreuves cette année. Parmi les vedettes de la discipline, des noms qui sonneront peut-être une cloche dans la tête de ceux qui parcourent distraitement les pages sportives: Jeff Gordon, Tony Stewart, Mark Martin, Matt Kenseth, Dale Earnhardt Jr. Quand vous allumez la télé et que vous apercevez des dizaines de bolides pare-chocs à pare-chocs effectuant tour après tour après tour pendant des heures sur une piste ovale, il y a d'excellentes chances qu'il s'agisse de la Nextel Cup — anciennement Winston Cup — à l'oeuvre.

Juste en dessous de la Nextel Cup se joue la série Busch. Qui, en passant, changera de nom l'an prochain puisque la grande brasserie du Missouri a annoncé la cessation de sa commandite à la fin de la présente saison. Créée au début des années 80, la série Busch sert à la fois de lieu de formation et de tremplin pour les jeunes pilotes, de banc d'essai pour les écuries et de parcours de perfectionnement pour les conducteurs de la grande ligue, péjorativement appelés à cet égard buschwhackers par leurs critiques, qui estiment qu'ils volent la place à d'autres lorsqu'ils agissent ainsi. Ses courses sont régulièrement présentées le samedi au même endroit que les épreuves de la Nextel Cup, qui ont lieu le dimanche, mais il arrive qu'elles se produisent dans des lieux différents. C'est ainsi que sept pilotes font ce week-end la navette entre Montréal et Pocono (Pennsylvanie), où se déroulera demain la course Nextel, parmi lesquels Carl Edwards, actuel leader du classement de la série Busch, Robby Gordon et Kevin Harvick, champion en titre de la série Busch.

La différence entre les deux séries? Sans entrer dans des détails qui alourdiraient considérablement ce texte destiné à un public général et qui mettraient à nu les non moins considérables défaillances techniques de son auteur, mettons que les chars sont un peu moins puissants en Busch, où l'empattement — la distance entre les essieux avant et arrière — est moindre.

Mais évidemment, si on se hasarde à une comparaison avec les compétitions ordinairement présentées sur le circuit Gilles-Villeneuve, à savoir la Formule 1 ou le championnat Champ Car, on aboutit dans un autre monde. Le stock-car met aux prises des voitures à habitacle fermé et à roues couvertes, qui sont beaucoup plus lourdes (3400 livres) et roulent conséquemment un peu moins vite. Dans le cas précis de la course de Montréal, il y a aussi toute la familiarisation avec le parcours qui entre en jeu, de la part de pilotes souvent rompus aux épreuves sur ovale — 14 des inscrits n'ont jamais pris part à une course sur circuit routier — qui doivent négocier des virages à gauche et à droite, des épingles et des chicanes. La stratégie de dépassement s'en trouve modifiée, de même que l'utilisation de la mécanique, notamment des freins, plus sérieusement testés qu'à l'habitude. Ajoutons l'encombrement de la piste puisque plus d'une quarantaine de bolides seront au départ, contre une vingtaine en Formule 1.

Si la série Busch se targue d'une composante internationale croissante avec des pilotes de huit pays différents inscrits à Montréal — dont huit Canadiens —, il s'agit en revanche d'une toute première au Canada. Deux courses NASCAR ont été présentées au pays dans les années 50, mais depuis, le circuit principal s'est replié sur ses terres américaines, et il serait étonnant qu'il en sorte de sitôt. En Busch, après des présentations d'épreuves hors concours au Japon et en Australie, notamment, une première compétition officielle a été tenue en 2005 — et chaque année depuis — à l'Autodromo Hermanos Rodriguez de Mexico. Un deuxième front ouvert au Canada montre, selon les autorités de NASCAR, un désir de percer de nouveaux marchés, mais cela se fera sans doute au compte-gouttes. On ne modifie pas en catastrophe une formule gagnante.

Parmi les Canadiens, on retrouve des habitués de la série Busch comme l'Ontarien Ron Fellows, déjà vainqueur de trois épreuves sur circuit routier en carrière, ainsi que des repêchés de circonstance tel Patrick Carpentier, qui se voit confier un premier volant en NASCAR cette année et espère que cela lui servira de tremplin pour la fin de la saison, voire pour 2008. Par ailleurs, on sait que des rumeurs portant sur la venue de Jacques Villeneuve circulent depuis un bon bout de temps mais que rien ne s'est matérialisé jusqu'à maintenant.

La course démarre cet après-midi à 15h30. Soixante-quatorze tours, pour un parcours de 322 kilomètres. Le spectacle devrait être intéressant, tant par sa nouveauté que par l'intensité proverbiale des pilotes de stock-car.
4 commentaires
  • Line Gingras - Abonnée 4 août 2007 00 h 08

    De mauvaise humeur

    Pour un article sur les courses de stock-car, on me prive de votre chronique du samedi? Non mais, il n'y a pas un petit jeunot qui aurait été tout heureux de faire ses preuves, pendant que vous nous auriez préparé une belle macédoine avec... - je vous fais confiance pour la liste des ingrédients?

    Quel gaspillage de talent. Et quelle déception pour vos lecteurs!

    http://chouxdesiam.hautetfort.com

  • Sylvie Provost - Inscrite 4 août 2007 08 h 09

    Montréal, une ville de langue française?

    Faites moi rire...

  • Richard Dupuis - Inscrit 4 août 2007 16 h 46

    Vive l'ouverture d'esprit.

    Je suis certain que Jean Dion ne verra plus les courses en général - et les courses de stock-car en particulier - de la même façon après avoir écrit ce papier sur l'épreuve NASCAR de ce samedi, disputée sur le circuit Gilles-Villeneuve.

    Certains lecteurs, comme Line Gingras l'a elle-même exprimé, seront déçus que le talent de Jean Dion ait été utilisé pour écrire un article sur cet événement, alors que d'autres, encore plus impétueux, vilipenderont le journal lui-même en déclarant qu'une telle manifestation si dommageable à l'environnement de Montréal - et de la planète au complet, un coup parti, puisse trouver place dans Le Devoir.

    Pour le bénéfice des lecteurs qui, comme Jean Dion, avoueront ne rien connaître de la discipline qu'est le stock-car, spécifions que, malgré l'aspect pro-américain que cette activité suscite, le nom de Busch est, comme l'auteur l'indique dans l'article, la marque de bière, et n'a rien à voir avec le président George W. Notons aussi qu'aucune voiture inscrite n'est commanditée par Greenpeace. Ajoutons finalement que, comme dans bien des secteurs d'activité de l'industrie automobile, le cirque NASCAR est envahi par... les japonais!

    En effet, les voitures qui se feront la lutte sur le circuit de l'Île Notre-Dame seront identifiées à des voitures de production, à savoir les Dodge Charger, Ford Fusion, Chevrolet Monte Carlo, et... Toyota Camry! Après une entrée remarquée en F-1, Toyota a décidé de tenter sa chance en NASCAR, et ce autant dans la série Busch qu'au sein de la coupe Nextel, qui par ailleurs se nommera la coupe Sprint, l'an prochain, question de commandite, encore une fois.

    Bref, merci au Devoir pour l'ouverture d'esprit, et à Jean Dion pour avoir fait connaître l'univers NASCAR aux Montréalais.

  • Jean Poulin - Inscrit 8 août 2007 10 h 23

    Mauvaise humeur 2 par Jean Poulin

    Je renchéris: même Jean Dion ne peut rendre intéressant et/ou drôle ce festival de vroum-vroum pour bouffeurs d'écureuils rôtis. Vraiment pas de quoi sacrifier une chronique.