Le surf déferle sur le Québec

Les surfeurs et kayakistes prolifèrent dans la région de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Les surfeurs et kayakistes prolifèrent dans la région de Montréal.

Le Québec, nouvelle Mecque du surf de rivière? Le titre, déjà à moitié gagné grâce aux vagues éternelles du fleuve Saint-Laurent, pourrait bien prendre sa pleine mesure sous peu puisqu'un collectif d'ingénieurs québécois adeptes des sports aquatiques projette de développer de nouvelles ondes propices à la glisse à partir des sites naturels actuels.

«Il y a une quinzaine de sites autour de Montréal qu'on a ciblés et qu'on s'est fait conseiller par les autorités environnementales», a expliqué Ala'a Hayek, un des trois ingénieurs de My Wave Creation, fondé en septembre dernier. «On les a en priorité et on les traite un par un pour voir lequel sera optimal pour une première installation.»

Certaines vagues, «défrichées» par les kayakistes précurseurs — car le surf de rivière dérive en fait du rodéo en kayak —, sont déjà bien connues des surfeurs, pros comme amateurs. La vague derrière Habitat 67 demeure la plus connue et la plus fréquentée par les Montréalais à cause de son accessibilité et de sa puissance. La rivière des Prairies a également des sites potentiels. À l'extérieur de Montréal, Chambly compte un site exceptionnel sur la rivière Richelieu.

Avec Big John au milieu des rapides de Lachine — réputée de par le monde, mais pour experts seulement! — et «la vague à Guy», ou Bunny Wave, située en amont des rapides, «LaSalle a un gros potentiel», note Hugo Lavictoire, surfeur-vedette des nouvelles publicités de MasterCard, qui a fondé son école de kayak et de surf, KSF, à LaSalle. Un protocole d'entente avec l'arrondissement a permis de développer des liens de confiance avec les adeptes de l'eau vive. «Il y a une signalisation qui leur est propre pour les encadrer, a indiqué Pierre Dupuis, de l'arrondissement. Ils sont très respectueux, ils savent où se trouvent les sites de descente sécuritaires pour eux et pour l'environnement.»

«Il existe déjà des vagues, mais elles sont souvent difficiles d'accès et dangereuses, et elles varient selon le débit de l'eau et les saisons, alors on veut pallier ce problème», a indiqué M. Hayek. My Wave Creation concentrera d'abord ses efforts sur la création d'une nouvelle vague, dont l'emplacement n'a pas encore été arrêté mais qui pourrait se trouver à proximité des sites connus. Le projet s'harmonise avec le Réseau bleu de Montréal, qui vise à redonner l'accès à l'eau aux citoyens.

Les caractéristiques minimales pour concevoir l'onde parfaite? «Un certain débit d'eau, un profil du fond de l'eau assez particulier», résume l'ingénieur, qui devait plus tard ajouter, par courriel: «La création d'une vague est possible par l'installation dans l'eau d'une structure ou d'une plateforme dont les caractéristiques particulières permettent de créer une vague optimale lors du passage du courant d'eau.» Sur une vague de 100 mètres de large, cette plateforme peut s'étendre sur cinq à dix mètres.

Si rien n'est encore signé avec les autorités, les pourparlers vont bon train avec les diverses instances concernées: la ville et les arrondissements, Environnement Canada, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), Pêches et Océans Canada et des promoteurs privés. «C'est dans nos valeurs d'entreprise: on ne veut pas que ce soit mal vu, on veut respecter tant les citoyens que l'environnement, alors ça prend du temps», a dit M. Hayek. La petite équipe de génie-conseil souhaiterait idéalement que tout soit prêt pour juin 2008, en même temps que le Grand Prix, afin d'attirer l'attention à grande échelle.

«On n'est pas a priori contre ce type de projets, on les voit même d'un oeil favorable», a affirmé Pierre Bilodeau, biologiste adjoint à la Direction de l'aménagement de la faune de Montréal, de Laval et de la Montérégie au MRNF, qui a rencontré les ingénieurs. M. Bilodeau fait toutefois des mises en garde: le mode d'installation et les matériaux utilisés doivent assurer une solidité à l'épreuve des glaces et les travaux d'installation devront se faire en dehors de la période de reproduction des poissons, qui s'étend du printemps à la fin de l'été. Les rapides de Lachine comptent 70 espèces de poissons, dont le doré, la perchaude, le meunier et le chevalier, a signalé le biologiste, qui ne s'est pas suffisamment consacré au dossier pour faire part des sites à retenir.

Loin d'être néfaste, l'installation d'une plateforme pourrait même permettre d'améliorer la qualité du substrat, c'est-à-dire le fond de l'eau. «On pourrait produire un substrat qui favoriserait la colonisation par de petits invertébrés, ça donnerait de la nourriture pour les poissons, a indiqué M. Bilodeau. La structure elle-même pourrait servir d'abri de courant qui deviendrait une niche pour certains poissons.»

Le projet de My Wave Creation rejoint tout à fait la vision de l'Association de surf du Québec (ASQ, www.surfquebec.org), mise sur pied depuis septembre mais lancée officiellement aujourd'hui, à l'occasion de la Journée internationale de surf. La création de cette association permettra de mieux encadrer et de faire reconnaître la pratique du surf, qui reste pour l'instant tolérée par les propriétaires des rives où elle se déploie.

«Le but de l'association, c'est de se donner un code d'éthique et un pouvoir de communauté au lieu d'être des "Joe Cool surfers" séparés qui essaient de réaliser des choses.» Son plan d'action: améliorer l'accès aux sites existants, réglementer les écoles afin de former des moniteurs et des sauveteurs, instaurer un système de brevets et développer la pratique.

Ces initiatives traduisent un engouement indéniable pour le surf de rivière ces dernières années. La jeune compagnie My Wave Creation, formée par trois ex-étudiants de l'École de technologie supérieure, s'est d'ailleurs lancée dans la conception de vagues de surf de rivière après avoir constaté l'engouement croissant pour cette activité à travers le monde. Montréal figure parmi les sites urbains les plus intéressants avec Munich et sa rivière Isar. L'Alberta compte aussi son lot de vagues à surf, dont une vague nouvellement créée au printemps dernier. D'autres rivières se prêtent à cette activité aux États-Unis, en Australie et en Zambie, en Afrique, dans la vallée du Zambèze.

Avec l'exploitation des rivières et des fleuves, cette activité autrefois réservée aux beach bums connaît une deuxième vie. Un nouveau magazine canadien de surf a vu le jour au début du printemps. Au Québec, l'ASQ est lancée, les boutiques de plein air s'ajustent et offrent de l'équipement, un magasin spécialisé vient d'ouvrir à Montréal et deux écoles roulent à pleine capacité, soit 2imagine, pilotée par Corran Addison, et KSF, menée par Hugo Lavictoire.
5 commentaires
  • Pierre Véronneau - Inscrite 21 juin 2007 10 h 20

    Il est en effet grand temps de se réapproprier des berges et des eaux

    C'est loin d'être une mauvaise idée, or et bien sûr, tant et aussi longtemps que c'est bien pensé et que ça ne nuise pas à la vie aquatique. Il est vrai que l'installation de structures donne pafois de bons résultats pour abriter de menus fretins qui vont ensuite nourrir les poissons.

    Et puis il est grand temps que les citoyens se réapproprient des berges et de la nature aux abords de nos cours d'eaux.

    On ne peut tous qu'y gagner car, si on utilise nos plans d'eau d'une façon responsable j'ai confiance que nous allons vouloir que ça reste propre et que l'on va vouloir continuer à dépolluer.
    Pierre Véronneau
    V-P AQLPA

  • Raymond Martin - Inscrit 21 juin 2007 11 h 37

    De bonne nouvelle pour les surfers

    Je dois dire que je suis très enthousiasme et en faveur de ce projet. En tant que surfer, je dois dire que le concept de My Wave Creation est vraiment sensationnel pour les amateur de surf du Québec. Je crois sincèrement que les adeptes de ce sport seront davantage allumés et heureux de pouvoir retrouver des vagues un peu partout dans la province afin de pouvoir pratiquer ce sport. J'ai bien hate que ce projet voit le jour...

  • Sylvain Caron - Inscrit 21 juin 2007 12 h 19

    Site Gratuit !!!!!

    Qui va payer pour tout ca?!?

    Moi tant qu'a moi les vagues de la mer sont encore gratuite mais en lisant ce text, tout me laisse a croire que encore des requins vont s'emparer du marcher et rendre les sites payant !!! TK si c'est ça BullShit !!

  • Marc Lavallée - Inscrit 21 juin 2007 21 h 29

    Laissons les rapides de Lachine en paix.

    Le site des rapides de Lachine est un lieu historique; ne devrait-on pas se restreindre de le transformer en terrain de jeux pour sportif en mal de sensation à la mode? On peut tu avoir la sainte paix? Je vais sur l'île aménagé en face des rapides pour admirer le courant et les vagues; je n'ai aucune envie d'y voir des surfeurs s'exhiber. Si on laisse faire, quelle serait la prochaine invasion? Des écolos extrêmes qui rechargent leurs "piles à vagues" en surfant tout nu sur une planche en paille de quenouille aggloméré, parce c'est plus cool que cool? Laissons donc les rapides de Lachine en paix, et allons faire joujou ailleurs, le paysage montréalais est suffisamment "réapproprié" et surexploité comme ça, on a d'abord besoin de conserver le peu de vide ordinaire qui nous reste.

  • Sylvain Castonguay - Inscrit 23 juin 2007 17 h 09

    Plus d'encadrement, moins de pollution

    Le surf captive énormément les jeunes d'aujourd'hui et c'est un bon moyen pour inciter à faire du sport. Donc plus de vagues oui, mais avec un bon encadrement et sans dénaturer l'esprit de cette activité. Ceux qui ont voyagé pour pratiquer le surf savent de quoi je parle.

    L'autre objectif à court terme devrait être la décontamination du Technoparc qui se trouve en amont de Habitat 67. Ce site est l'un des plus toxique au Canada: Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP)et autres produits toxiques se déversent dans le fleuve surtout lors de fortes pluies mais aussi à tout moment. Il est grand temps de faire un ménage dans cette section de Montréal.

    Alors des vagues artificielles oui, mais une décontamination d'abord.