Le président de la FIFA est accusé de corruption

Genève — Un document confidentiel accusant explicitement le président de la FIFA de corruption et de mauvaise gestion financière est entré dans le domaine public hier, alors que la guerre qui oppose Sepp Blatter à son ancien bras droit a franchi un nouveau palier.

«La FIFA est aujourd'hui dirigée comme une dictature», a écrit le secrétaire général de la FIFA Michel Zen-Ruffinen en introduction de son rapport de 21 pages remis, vendredi, au comité exécutif de l'organisation.


Dans ce rapport, Zen-Ruffinen explique que la mauvaise gestion de Blatter et la faillite de la société de marketing de la FIFA ISL/ISMM a coûté 549 millions d'euros à l'organisation. Selon lui, Blatter a effectué à plusieurs reprises des paiements non autorisés, incluant un chèque de 25 000 dollars adressé à un arbitre du Niger pour qu'il salisse la réputation de l'un de ses adversaires.


Plusieurs médias se sont procurés ce rapport, classé «strictement confidentiel». Le site Internet du journal de Zurich SonntagsZeitung propose le texte du rapport en intégralité.


Blatter, avant de s'envoler pour une visite en Chine et en Corée du Nord, s'est déclaré outragé.


«Il est évident que la confidentialité ne peut être assurée à l'intérieur de notre organisation, a-t-il déclaré sur le site Internet de la FIFA. Ce développement, pour lequel je n'accepte aucune responsabilité, est un acte d'accusation contre les méthodes de ceux qu'il implique», a-t-il poursuivi à propos de Zen-Ruffinen.


Déterminé à se battre jusqu'au bout, Blatter a demandé aux 204 fédérations de la FIFA de ne pas se laisser influencer par les accusations qui pèsent sur lui, et de lui renouveler leur confiance pour quatre ans supplémentaires.


Le président de la Confédération africaine de football (CAF), le Camerounais Issa Hayatou, sera le seul adversaire de Blatter lors de l'élection du nouveau président de la FIFA le 29 mai prochain à Séoul, à la veille de l'ouverture de la Coupe du monde.


«Votre vote est la seule chose qui compte, en dépit de ce que peuvent penser ceux qui ne veulent pas procéder à une élection», a-t-il poursuivi dans sa lettre aux fédérations.


Des membres influents de la FIFA ont demandé la démission de Blatter. Mais le Suisse, secrétaire général de la FIFA entre 1981 et 1998, dispose d'un large soutien sur les deux continents américains et en Asie. Plusieurs fédérations africaines ont indiqué qu'elles le soutiendraient, et même en Europe, où l'opposition est la plus forte, la France l'a assuré de sa voix.


Dans un entretien accordé au SonntagsZeitung, Blatter, 65 ans, a expliqué que le rapport de Zen-Ruffinen contenait «plusieurs erreurs factuelles». Il devrait répondre aux accusations à son retour d'Asie.


Au chapitre des abus de pouvoir du président, Zen-Ruffinen a accusé Blatter d'avoir effacé en 1999 les 9,75 millions de dollars dus à FIFA par la Fédération de football des Caraïbes, d'Amérique du nord et d'Amérique centrale (CONCACAF), sans véritable raison.


En 2000, il aurait ensuite ignoré les procédures habituelles en autorisant le versement d'un million de dollars à la CONCACAF dans le cadre du programme «Goal» pour la promotion du football dans les pays en voie de développement.


Toujours selon Zen-Ruffinen, Blatter a arrangé le versement de 55 000 dollars à l'ancien président de la FIFA, le Brésilien Joao Havelange.


«On peut se poser des questions sur le vrai fondement de ces paiements», a écrit Zen-Ruffinen.


Le secrétaire général a par ailleurs accusé Blatter d'utiliser le programme «Goal» à ses propres fins, et a ajouté que les fédérations de la zone CONCACAF craignaient de perdre l'aide financière si elles ne le soutenaient pas.