Les rois Lions...

L’ailier défensif Brent Johnson, des Lions, rejoint le quart-arrière des Alouettes, Anthony Calvillo, freinant ainsi l’attaque montréalaise au cours de la deuxième demie, hier, à Winnipeg.
Photo: Agence Reuters L’ailier défensif Brent Johnson, des Lions, rejoint le quart-arrière des Alouettes, Anthony Calvillo, freinant ainsi l’attaque montréalaise au cours de la deuxième demie, hier, à Winnipeg.

Les Alouettes de Montréal commencent à être des habitués du match de la coupe Grey, auquel ils prenaient part hier pour la cinquième fois en sept ans, mais on ne peut pas dire que l'exercice leur réussit particulièrement. Aussi ont-ils, à l'occasion de la 94e présentation de la classique de novembre, subi une quatrième défaite dans ces circonstances, s'inclinant par la marque de 25-14 devant les méthodiques Lions de la Colombie-Britannique, la meilleure équipe de la Ligue canadienne de football en 2006.

Dans une rencontre sans grand éclat dans la froidure de Winnipeg, dominée par les escouades défensives et ponctuée de seulement deux touchés, les Alouettes ont été contraints de jouer du football de rattrapage d'un bout à l'autre et, desservis notamment par un échappé critique du demi Robert Edwards au quatrième quart alors qu'ils étaient à la ligne d'une verge ennemie, n'ont jamais été en mesure de s'approcher raisonnablement de leurs rivaux. Preuve qu'il ne s'est pas passé grand-chose en attaque, le joueur canadien par excellence du match a été le botteur des Lions Paul McCallum, qui a égalé un record de la coupe Grey en réussissant six placements, pendant que le joueur du match était le quart-arrière Dave Dickenson, qui s'est toutefois davantage illustré en portant le ballon qu'en le passant.

Pour les Lions, il s'agit d'une conclusion tout à fait appropriée à un parcours exemplaire, qui les a vus se remettre d'un début de saison chancelant pour devenir pratiquement invincibles.

Voici donc à peu près comment les choses se sont déroulées.

Dès leur première série à l'attaque, les Alouettes ont été freinés par deux passes incomplètes, alors que les Lions enchaînaient juste après les premiers jeux, poussant l'imagination jusqu'à utiliser le substitut au quart Buck Pierce pour un jeu. Les Lions ont cependant été incapables de se rendre jusqu'au bout, et ils ont dû se satisfaire d'entrée d'un placement de 34 verges de Paul McCallum qui leur donnait les devants 3-0.

Même chose lors de la deuxième séquence: Jarious Jackson est envoyé dans la mêlée pour convertir un troisième essai lors d'une faufilade du quart, alors que le partant Dave Dickenson trouve systématiquement ses receveurs au-delà de 10 verges. On le remplace quand même par Pierce une autre fois, étonnamment, et celui-ci est victime d'un sac. La Colombie-Britannique appelle de nouveau McCallum à la rescousse et, sur 35 verges, la marque est portée à 6-0.

Série suivante: Anthony Calvillo est plaqué derrière la ligne de mêlée, il échappe le ballon et les Lions recouvrent à la ligne de 23 adverse. Mais les Alouettes résistent en défensive et McCallum en loge un troisième de suite. 9-0. Deux façons de voir les choses pour Montréal: les dégâts sont limités dans les circonstances, mais il va falloir penser à faire quelque chose. Ce qui devra attendre l'engagement suivant, puisque le premier quart-temps est déjà fini. Sans que les Als aient réussi à gagner un seul premier jeu. Temps de possession: 11 minutes et demie contre 3 et demie...

Au deuxième quart, la tendance s'est maintenue. Les Lions ont d'abord reculé l'opposition à sa ligne de 2 sur un dégagement précis de McCallum, puis se sont emparés du ballon en zone des Alouettes. Un attrapé spectaculaire de Paris Jackson plus tard, Ian Smart fonçait sur la gauche et, profitant d'un blocage parfait, parcourait 25 verges jusqu'à l'en-but pour faire 16-0 après transformation. À ce moment-là, messieurs dames, ça commençait vraiment à sentir le match à sens unique. Il fallait d'urgence, comme disait le spécialiste, un gros jeu pour Montréal. Mais la situation était telle qu'Éric Lapointe devait feindre une blessure au sein de l'unité spéciale pour permettre à ses collègues de la défensive de reprendre leur souffle...

Les choses se sont légèrement arrangées pour les Alouettes lors de la série suivante en attaque avec deux premiers jeux et une première pénétration en territoire adverse, mais le tout s'est terminé en forme de queue de poisson lorsque Damon Duval a raté une tentative de placement de 47 verges. Et Calvillo semblait de plus en plus à côté de ses pompes. Pourchassé, passes imprécises, passes rabattues. À un peu plus de deux minutes de la demie, il a néanmoins rejoint Ben Cahoon en plein centre pour un gain de 25 verges, ce qui a ouvert la voie à un placement de 43 verges de Duval, qui venait d'enfin inscrire les Montréalais au tableau. C'était 16-3 et, après une dernière poussée des Lions ayant débouché sur un autre placement (et après que Louis Mackey eut à son tour fait de l'excellent théâtre en mimant une blessure), c'est à 19-3 qu'on s'est rendu à la magnifique prestation de mi-temps de Nelly Furtado.

Au retour, domination assez prononcée des unités défensives puis, pour la deuxième de suite dans le cas des Alouettes, la très incompréhensible réglementation de la Canadian Football League est intervenue lorsque le ballon leur a été attribué après un échappé de Dickenson et alors que le jeu avait été sifflé. Mais ils n'ont pas su en profiter, sauf pour repousser les Lions à leur ligne de 1 sur un dégagement de Duval, ce qui a conduit à la concession d'un touché de sûreté qui portait le score à 19-5 Colombie-Britannique.

Les Alouettes, sans doute fouettés par le revirement et le touché de sûreté ont ensuite enchaîné avec leur toute première percée de la rencontre. Neuf jeux, 75 verges, le tout culminant en un plongeon de deux verges de Robert Edwards pour le touché. Soudain, on se retrouvait avec une marque de 19-12 avec un peu plus d'un quart à faire, et l'on sait qu'au football canadien, il peut s'en passer des affaires au cours d'une pareille éternité...

Mais les Lions, menottés en attaque jusque-là en seconde demie, allaient s'assurer que le vent du Manitoba ne tourne pas que d'un seul côté. Ils ont aussitôt monté le terrain à leur tour, et se sont redonné une priorité de 10 points à la faveur du cinquième placement de McCallum, sur 21 verges à la sixième minute du dernier engagement. 22-12.

Cette avance devait s'avérer suffisante, les Lions fermant la porte en défense en forçant un échappé d'Edwards à la porte des buts pendant que McCallum y allait d'un sixième placement.