Série mondiale - Kent et Bonds, un drôle de couple

San Francisco — Dusty Baker, grand amateur de cinéma et psychologue à ses heures, compare Barry Bonds et Jeff Kent à deux hommes à qui on a passé une même paire de menottes. Ils se détestent, mais ont besoin l'un de l'autre.

«Si un gars pousse l'autre dans le ravin, il se dit que si son coéquipier tombe, il tombera lui aussi», a déclaré le gérant des Giants de San Francisco en faisant allusion au film de 1958, The Defiant Ones, qui mettait en vedette Sidney Poitier et Tony Curtis. «Ils se calment à la fin et deviennent même des copains.»

Les équipes championnes se bâtissent sur le terrain. Souvent, les amitiés dans le vestiaire n'ont rien à y voir. Les joueurs de baseball n'ont pas à s'aimer. Ils n'ont même pas besoin de s'apprécier vraiment. Ils peuvent s'éviter le plus possible et plusieurs le font. Et ils peuvent même se sauter à la gorge comme Bonds et Kent l'ont fait à plusieurs reprises.

Lors d'un match à San Diego en juin, Bonds a repoussé Kent dans l'abri quand le joueur de deuxième but s'est mis à enguirlander le joueur de troisième but David Bell et Baker au sujet d'un jeu qui venait de se dérouler.

Moins de 10 minutes plus tard, Kent congratulait Bonds qui venait de claquer un circuit de trois points.

«La plupart du temps, on s'entend très bien, a dit Bonds. Tout le monde croit qu'on se déteste. Ce n'est pas vrai. Tout cela a été exagéré.»

Kent est d'accord et mentionne que leurs relations au travail sont bonnes. Ils ont été élevés de façons bien différentes, Bonds dans une banlieue huppée de la Californie et Kent dans un ranch au Texas. Mais ils partagent la passion des motos et de la vitesse. Ils sont tous deux intenses, têtus et fiers.

«Nous avons tous deux très bien joué, et là nous avons la chance de devenir champions», a dit Kent.

Le contrat de Kent prendra fin après la Série mondiale et le joueur pourrait bien en être à sa dernière semaine avec les Giants. Et Bonds est la dernière personne qui veut voir Kent partir.

«S'ils ne lui donnent pas un nouveau contrat, il vaudrait mieux qu'ils trouvent un gars aussi bon ou meilleur, a dit Bonds avant le match d'hier. Je ne veux pas faire un autre pas en arrière. Je ne veux pas être là s'ils procèdent à une nouvelle reconstruction. J'en ai assez de ces situations.»

Mais le président des Giants, Peter Magowan, ne semblait pas très encourageant quand on lui a parlé des chances de garder Kent avec l'équipe.

«Je dirais que c'est une priorité pour nous, mais je ne crois pas que nous avons beaucoup de chance de succès», a-t-il dit.