La France ne pourra se reposer sur ses lauriers contre le Portugal

Munich — L'euphorie créée par l'élimination du Brésil tenant du titre ne doit pas masquer la réalité. Les Français n'auront pas le loisir de se reposer sur leurs lauriers contre un Portugal revanchard aujourd'hui à Munich s'ils veulent atteindre l'échéance fixée par Raymond Domenech: la finale du Mondial, le 9 juillet à Berlin.

«Si nous perdons l'humilité qui fait notre force, cela pourrait devenir très difficile, a averti Lilian Thuram avant cette demi-finale explosive face aux coéquipiers de Pedro Pauleta. Le plus dur commence.»

Thurmam, un Guadeloupéen de 34 ans qui ajoutera une 120e sélection à son record national sur la pelouse de l'Allianz-Arena, est bien placé pour savoir que l'avant-dernière marche est souvent la plus difficile à gravir.

En 1998, les Français d'Aimé Jacquet avaient été menés par la Croatie au Stade de France en début de deuxième période, avant de remporter cette demi-finale à l'arraché 2-1 grâce à deux buts de Thuram. Les seuls de sa carrière.

«C'est complètement fou. Si quelque chose comme ça devait encore arriver, alors il faudrait se poser des questions», souligne Thuram, qui a confirmé lundi à Hamelin qu'il arrêterait sa carrière internationale après ce Mondial allemand.

«On veut aller au bout», a sobrement déclaré de son côté Zinédine Zidane, étincelant lors du succès 1-0 signé en quart de finale contre les quintuples champions du monde brésiliens.

Le «Schlauchboot» (canot pneumatique), surnom du stade ultramoderne de Munich, pourrait porter chance aux Français. Sa façade, composée de près de 3000 panneaux de tétrafluo-éthylène, est bleu-blanc-rouge, selon les circonstances: rouge quand le Bayern y joue, bleue quand c'est Munich 1860 et blanche pour les matchs internationaux. Fabien Barthez n'a pas oublié non plus que c'est dans la capitale de la Bavière qu'il a conquis la Ligue des champions en 1993 avec Marseille.

Reste que le Portugal conjugue le bloc-équipe de l'Espagne que les Français ont éliminé 3-1 en huitième de finale avec le talent individuel des Brésiliens. Ce mélange donne une solidité remarquable à l'édifice des vice-champions d'Europe en titre. Ils n'ont encaissé qu'un but dans le Mondial allemand et ont éliminé, en gardant la cage de Ricardo inviolée, les Pays-Bas en huitième de finale (1-0) puis l'Angleterre aux tirs au but en quart de finale.

«Le Portugal est une équipe plus en place que le Brésil», prévient Franck Ribéry, détonateur de la mise sur orbite des Bleus quand il avait égalisé contre l'Espagne en huitième de finale. «Défensivement, c'est costaud, et ils possèdent les bons joueurs que l'on connaît: Luis Figo, Cristiano Ronaldo, Pauleta et Deco.»

Pauleta cumule tous les honneurs: meilleur buteur de Ligue 1 avec le Paris SG, meilleur buteur de la zone Europe des éliminatoires du Mondial, meilleur buteur portugais de tous les temps (47 buts en 86 sélections).

Il y aura forcément de la revanche dans l'air face aux Bleus. Le Portugal a perdu deux demi-finales de l'Euro face aux Français. En 1984, quand Michel Platini avait inversé le cours d'une rencontre mal embouchée à Marseille (3-2). Puis en 2000 à Bruxelles, quand Zidane, d'un but en or sur penalty, avait renvoyé les Lusitaniens à un triste constat: leur incapacité de gagner un titre majeur, malgré une formation alors bâtie sur l'ossature de leurs champions du monde juniors 1991.

Ce premier choc des deux nations en Coupe du monde, cette cinquième demi-finale pour la France, la deuxième pour le Portugal, s'annonce donc tendue.

«Ce sera un match fermé, car une place en finale est en jeu», estime Thuram.

Demi-finaliste du Mondial 1966, le Portugal a fait sa révolution après son élimination au premier tour en 2002. Luis Felipe Scolari, le sélectionneur brésilien champion du monde en Asie, s'appuie depuis quatre ans sur les vedettes du FC Porto vainqueur de la Ligue des champions 2004. Maniche, Ricardo Carvalho, Nuno Valente, et Paulo Ferreria, ainsi que Deco désormais champion d'Europe avec le FC Barcelone.

Luis Figo, l'ex-Ballon d'or qui fêtera sa 126e sélection, et le remuant Cristiano Ronaldo seront des dangers permanents.