France - Portugal - L'épée de Damoclès des cartons jaunes

Le joueur Willy Sagnol reçoit un carton jaune lors du match de samedi contre le Brésil.
Photo: Agence Reuters Le joueur Willy Sagnol reçoit un carton jaune lors du match de samedi contre le Brésil.

Hameln, Allemagne — Dix titulaires probables de la demi-finale du Mondial 2006 de football demain à Munich, cinq Français et cinq Portugais, vont jouer avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête: un simple carton jaune les priverait du match de leur vie, la finale de Berlin.

C'est pour Zinédine Zidane que le danger est le plus terrible: un avertissement de l'Uruguayen Jorge Larrionda signerait purement et simplement l'arrêt de sa carrière. Zidane, 34 ans, serait alors suspendu pour la finale ou le match pour la 3e place et ses adieux définitifs au football auraient alors un goût très amer, même si les Bleus devaient aller à Berlin.

Pour Lilian Thuram, 34 ans aussi, les adieux seraient gâchés par un carton jaune. Portugal-France serait alors le dernier match en équipe de France du joueur qui a pris sa toute première licence de football aux... Portugais de Fontainebleau (région parisienne).

Willy Sagnol, Patrick Vieira et Franck Ribéry complètent le quintet de titulaires bleus sous le coup d'un avertissement. Côté portugais, les joueurs en question sont aussi des pièces maîtresses de l'équipe: Maniche, Figo, Ricardo Carvalho, Nuno Valente et le gardien Ricardo. Stigmates douloureux, pour cinq d'entre eux, d'un 8e de finale Portugal - Pays-Bas (1-0) incontrôlable (16 cartons jaunes, 4 exclusions).

«Exclusion temporaire»

«On a six joueurs [en comptant Louis Saha] qui sont menacés d'une suspension, ça peut plomber la suite», reconnaissait ainsi dimanche le sélectionneur français Raymond Domenech, qui, jamais avare d'idées, proposait une «solution de rechange»: «l'exclusion temporaire directe», qui ne pénalise pas l'équipe gagnante au match suivant.

Hier, deux Bleus sous la menace ont voulu donner tort au sélectionneur de la Tunisie et ancien patron des Bleus, Roger Lemerre, qui estime que «un joueur qui prend un carton jaune en Coupe du monde n'est plus le même».

«Je ne vais pas y penser, a tranché Franck Ribéry. Si je dois jouer, je vais le jouer comme j'ai fait contre l'Espagne [3-1 en 8e] et le Brésil [1-0 en quart].»

«Si les joueurs se mettent en tête qu'il faut faire attention, alors il y a de grandes chances que l'équipe de France n'aille pas en finale parce qu'on ne jouera pas à notre niveau», a prévenu de son côté Thuram.

«L'important, ce n'est pas qui va peut-être jouer la finale. L'important, c'est que l'équipe de France fasse tout pour aller en finale», a ajouté celui qui réfute la thèse du «match pourri».

«Tout le monde me parle en ces termes du match, mais je ne pense pas. Ce sera très fermé, bien sûr, parce qu'il y a une finale au bout et que personne ne va vouloir se risquer à faire des choses pour mettre l'équipe en déséquilibre, mais c'est un match qui va se dérouler dans un bon état d'esprit.»

Main lourde

L'Uruguayen Larrionda, 38 ans, a déjà arbitré l'équipe de France lors de la Coupe du monde, contre le Togo au premier tour. Claude Makelele avait été averti, ainsi que trois Togolais. Mais lors du match Italie-États-Unis, l'arbitre sud-américain avait eu la main nettement plus lourde: quatre avertissements et trois exclusions, dont deux directes, pour la quatrième rencontre de l'histoire de la Coupe du monde à compter trois joueurs exclus.

La prestation de l'arbitre va être particulièrement scrutée, chacune de ses décisions pouvant être lourde de conséquence.

D'autant que la France et le Portugal restent sur un petit contentieux en matière de football. En novembre 2003, l'équipe Espoirs du Portugal était allée battre son homologue française, alors dirigée par Raymond Domenech, et se qualifier aux tirs au but pour l'Euro-2004, dans une ambiance délétère.